Performance, 2008
Text Noëlle Renaude / Stage direction Thierry Fournier – Series of performances Outside Lectures
The Right Distance develops a wordy discourse by an unknown speaker about a person met in the subway, with laces holding his shoes together, and endlessly repeating the sentence: “I’ve got nothing to eat.” Somewhere between a marketing course for the homeless and a semiological thesis, the delivery chosen is that of a lecture, given by the performer.

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See also the critical texts about Outside Lectures, and a text by Noëlle Renaude, Dedans dehors, relating the work process on the performance.
Cet homme est très pauvre, « je n’ai rien à bouffer », il n’a pas honte d’être pauvre, ni qu’on ne voie tout de suite de lui que ça, qu’il est très pauvre, cet homme, il n’a pas honte de dire « je n’ai rien à bouffer » car sa pauvreté est si grande qu’il est incapable d’imaginer qu’il pourrait faire autre chose que de montrer ce qu’il est, un homme très pauvre plus pauvre que tous les pauvres, et de détacher de lui d’une manière naturelle ce type de phrase « je n’ai rien à bouffer », de dire « je n’ai rien à bouffer » au milieu de ces gens qui en voient tant d’autres, mal arrangés comme lui, fagotés de loques que seuls les très pauvres sont capables de porter sans en rire, de confier de ce ton détaché si particulier à ceux qui sont sûrs que ce qu’ils disent ne sera pas entendu, qu’ils soient trop en avance sur leur temps, qu’ils parlent une langue maudite ou qu’ils n’aient aucune conviction personnelle, personne ne les entend, « je n’ai rien à bouffer », il sait, cet homme très pauvre que dire « je n’ai rien à bouffer » ne changera pas sa route, ne lui donnera pas ce qui lui manque, mais c’est symbolique et salvateur de pouvoir dire tout haut avec un si grand calme « je n’ai rien à bouffer » à personne en particulier, d’avoir encore le droit d’être là au milieu de ceux qui ont le droit eux aussi de ne pas entendre, et de prononcer « je n’ai rien à bouffer », sans la peur qu’un tel énoncé le couvre de ridicule ou déclenche l’hystérie, s’il est là cet homme-là à avouer sans impudeur excessive son extrême pauvreté qui lui fait déclarer au milieu de ceux qui ne l’écoutent même plus « je n’ai rien à bouffer », c’est que des mots au moins il en a encore pour un petit temps, si la bouffe ne se partage pas les mots eux se partagent encore, c’est le seul bien qui lui reste, avec la liberté qu’il a de trier les mots qui lui restent et d’élire ceux qu’il va dire, il a choisi de dire cet homme-là « je n’ai rien à bouffer » et pas « j’ai plus rien à me foutre aux pieds » par exemple, parce qu’aux pieds il n’a pas des chaussures de pauvre, aux pieds il a du papier journal et des bouts de ficelles pour tout faire tenir à peu près ensemble, c’est sûr qu’il a bien fait d’éliminer « j’ai plus rien à me foutre aux pieds » vu que tout le monde le remarque, qu’il n’a en effet plus rien à se foutre aux pieds, en dehors de ces trois quatre feuilles de journal qui lui servent et de chaussettes et de semelles, cet homme pauvre en choisissant de dire « je n’ai rien à bouffer » plutôt que « j’ai plus rien à me foutre aux pieds » évite intelligemment la redondance, l’inutile et enrageante redondance qui pousserait celui à qui un très pauvre aux pieds empaquetés de vieux journal comme lui viendrait dire « j’ai plus rien à me foutre aux pieds » à répliquer « vous en faites trop, on ne voit que ça que vous n’avez rien à vous foutre aux pieds », la tranquille et discrète économie de « je n’ai rien à bouffer » convient bien mieux à la situation, la réplique n’est pas suspecte, elle a l’avantage d’être simple, correctement articulée, avec juste ce qu’il faut de trivial pour la vraisemblance, « je n’ai rien à bouffer », elle est de plus riche de sens, qu’elle soit dite pour elle-même, enchaînée à celui qui la sert, ou qu’elle soit la manifestation verbale d’une vérité intérieure cachée, que l’homme, dans sa pauvreté effarante, n’a pas été capable de retenir (…)