Pariétale

Création muséographique, table interactive, 2010

Pariétale est une table interactive multitouch et multi-utilisateurs de grandes dimensions (480 x 120 cm) créée pour Nestploria, Centre d’interprétation numérique des Grottes de Gargas (Hautes-Pyrénées) et consacré aux « mains négatives » préhistoriques.

Le terme de « mains négatives » désigne la technique de peintures pariétales pratiquées à partir du Paléolithique Supérieur, consistant à pulvériser une matière colorée (soufflée ou frottée) autour d’une main posée sur la paroi, laissant ainsi une trace en négatif de son contour. Les grottes de Gargas constituent un des premiers sites européens de mains négatives – pour le nombre et la qualité des empreintes qu’il rassemble – et un des derniers sites ouverts au public. La datation des empreintes est estimée à -27000 ans environ (période du Gravettien). La table interactive réalisée pour Nestploria permet aux visiteurs de consulter collectivement ou individuellement seize empreintes remarquables, et d’en explorer les caractéristiques historiques et techniques. Elle est associée à d’autres dispositifs interactifs proposés par le musée, créés par d’autres équipes, permettant des approches complémentaires aux plans historiques, géographiques et techniques.

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Projet : conception et design

Aborder les « mains négatives » préhistoriques à partir d’un dispositif tactile innovant constituait un raccourci remarquable en même temps qu’un enjeu à la fois muséographique, esthétique et technologique. La table est traitée comme un « cadrage » : une fenêtre de 4,80 x 1,20 m que les visiteurs peuvent déplacer en la faisant glisser, le long d’une très grande image des parois de la grotte, à l’échelle 1. Ils découvrent alors progressivement 16 empreintes préhistoriques, inscrites et repérées dans leur contexte. Lorsqu’on touche l’une d’entre elles, un « plan de travail » apparaît, qui permet d’accéder à un ensemble d’informations et d’actions autour de l’empreinte sélectionnée : composition et application de la couleur, technique employée, hypothèses historiques, examen de détail avec une loupe dynamique. Les visiteurs peuvent également apposer leur propre empreinte sur le plan de travail, en regard de la main préhistorique. L’ensemble de l’interface est intuitive, développée à partir de simples cercles blancs qui s’apparentent au graphisme du Braille : le visiteur découvre les informations « en tâtonnant », au fil de son toucher.

L’ensemble des images (parois, images des mains, empreintes des hommes préhistoriques et des visiteurs) est représenté à l’échelle 1 : les dimensions inhabituelles de la table, propres à un usage collectif, sont inscrites dans un contexte spatial réel – celui de la grotte et de ses parois – qui devient palpable et comparable au corps. L’ensemble des actions des visiteurs s’effectue par le toucher et l’effleurement, dans une référence constante au geste originel des empreintes préhistoriques. Ces deux dimensions – échelle et toucher – actualisent et matérialisent la présence de ces traces multi-millénaires, en même temps qu’elles offrent une proximité d’examen impossible dans la grotte elle-même.

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Image de travail : développement de la table à l’Ensad, juin 2010

Équipe de création

Conception et direction artistique : Thierry Fournier
Comité scientifique et textes : Jean Clottes, Christina San Juan Foucher, Pascal Foucher, Yannick Le Guillou, Yoan Rumeau
Ingénierie, direction technique et collaboration au design : Jean-Baptiste Droulers
Programmation informatique et collaboration au design d’interface : Mathieu Chamagne
Pilote d’acquisition de caméra : Antoine Villeret
Construction : Grégoire Chombard
Collaboration muséographique : Transfaire
Photographies : Gilles Cohen, Yoan Rumeau
Traductions : David Beytelmann et Damien Bright
Projet produit par la Communauté de Communes de Saint-Laurent de Nestes, sous la direction de Josette Durrieu
Production déléguée : Orphaz
En collaboration avec le programme de recherche DRii (axe « Surfaces sensibles ») d’EnsadLab (Laboratoire de l’École nationale supérieure des arts décoratifs) – étudiants : Marie-Julie Bourgeois, Anahita Hekmat, Tomek Jarolim, Antoine Villeret.