Ultima Thulé

série de 4 installations vidéo, 2013

Série de 4 installations vidéo, 2013
Jean Cristofol, Thierry Fournier et Jean-François Robardet
Création dans le cadre de Fenêtre augmentée 03, Marseille, 2013

La série Ultima Thulé est composée de quatre boucles tournées en plan-séquence dans des quartiers Nord de Marseille : le Ravin de la Viste ; l’Oppidum du Castellas ; la Tour Sainte ; les rues de Lyon et Zoccola, avec l’église Copte et les vendeurs à la sauvette du marché aux puces. Le spectateur épouse momentanément le parcours d’un regard parmi ces espaces.

Ultima Thulé est le nom donné en 320 avant JC par Pythéas, explorateur Grec de Marseille, aux îles inconnues du Nord, au-delà de la Grande-Bretagne. Depuis Virgile et jusqu’au Moyen-Age, le mot désigne les confins de l’Europe et, par extension, les terres les plus éloignées que l’on puisse rejoindre.

Production : Zinc / Friche de la Belle de Mai, avec le soutien de Dominique Poulain pour Höfn et de Hôtel du Nord.

Sirène

installation, Samuel Bianchini et Thierry Fournier, 2005-2010

Installation, 2005-2010
Samuel Bianchini et Thierry Fournier
avec la voix de Maryseult Wieczoreck

Sur un écran noir figure un point blanc qui suit le toucher du spectateur. Sans activité, le dispositif diffuse un son de souffle humain à peine perceptible. En déplaçant le point, une voix féminine se manifeste ; les sons qu’elle émet se déploient selon les mouvements de la main, s’accélèrent ou ralentissent, circulent ou stationnent.

La voix passe du souffle au murmure, du chant au cri ; explorée dans sa matière même par le geste, elle réagit à lui et, dans le même temps, l’appelle. Cette navigation à l’aveugle ouvre un dialogue qui appelle à la fois le geste instrumental et la caresse. Un corps sonore se déplie et s’étend selon l’exploration tactile qui en est faite, mais dont l’interprétation, tant sensuelle qu’intellectuelle, est offerte au spectateur.

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Sentinelle

texte de Juliette Fontaine, 2009

Juliette Fontaine, 2009

A propos de la performance Sentinelle, série Conférences du dehors, 2008

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« Nous n’aimons guère considérer les animaux que nous avons transformés en esclaves comme nos égaux »
(Charles Darwin)

Notre relation à l’animal a changé profondément, et inéluctablement. Cette modification questionne notre rapport au monde, lui aussi modifié. Les traces de cette modification vont bien au-delà de la domestication de l’animal par l’homme et de toutes autres exploitations violentes du monde animal. Par ailleurs, poser la question de l’animal engage une pensée de ce que veut dire vivre, parler, mourir, être au monde, c’est un profond questionnement de ce que Derrida appelle successivement « être-dans-le-monde, être-au-monde, être-avec, être-après, être-suivi et être-suivant ». Penser la question de l’animal élargit la pensée que nous pouvons avoir du monde, et de notre rapport avec lui.

Le mot sentinelle a une étymologie latine éloquente, au-delà de son sens militaire. Le mot vient du verbe sentire qui signifie « percevoir par les sens ». Le titre convoque un des éléments importants du projet, la notion d’Umwelt, un environnement perceptif, ce monde vécu par l’animal étudié par Jacob Von Uexhüll, car dans l’immense diversité de la nature, chaque animal a son propre monde plus restreint. Ce monde est un monde de signaux, signaux que l’animal capte avec son système sensoriel particulier, signaux auxquels il réagit. De plus, le mot est au singulier alors que le film met en présence deux bêtes. Par là, il devient la qualification d’un symptôme ou d’un état : l’être-sentinelle. Il souligne un comportement stigmatisé par l’enfermement, la captivité d’un zoo, rendant à peu près identiques les deux animaux du couple, deux clones muselés, qui, pour cette fois-là, nous révèlent une première version, 1.0, de cette charge que l’on donne communément aux soldats, de faire le guet. Ce sens suggéré est bien sûr symbolique, une sorte d’allégorie d’un état de guerre possible, plus largement d’une menace, d’une situation périlleuse, inquiétante. De même, la formulation 1.0 met en évidence que le couple des deux carnivores constitue lui-même un dispositif qui produit une protection mais aussi une surveillance. Tout comme deux soldats en faction qui, pour reprendre l’étymologie militaire du terme sentinelle, protègent un territoire et peuvent être amener à le défendre par une stratégie offensive.

Le choix de l’animal est important : ce n’est pas un singe ou un primate, le symbole aurait été trop fort et aurait réduit le sens de la proposition. Mais la mangouste se dresse sur ses pattes, elle sait la station debout, elle est en devenir-bipède. Elle peut regarder plus loin, observer à l’horizon l’apparition inattendue d’un danger, ou celle de sa nourriture. Cette question du regard rehaussé, élargi, nous rappelle aussi le « partage du visible entre les créatures du monde » (Jean-Christophe Bailly) qui est un des points de départ de ce travail. Le monde est regardé par d’autres êtres que les hommes, qui ne sont qu’un fragment d’une vaste unicité du vivant.

Sentinelle est le plan fixe d’un couple de mangoustes mis en boucle cinq fois. Il s’agissait tout d’abord de filmer l’animal comme le définit Gilles Deleuze : « l’être aux aguets », l’être qui émet des signes et qui réagit à des signes. L’animal est sauvage mais, même si volontairement aucun indice d’enfermement n’est visible à l’image, il est dans un zoo. Les mangoustes réagissent donc à des signes sonores qui ne sont pas issus de leur environnement naturel : le grondement sourd et lointain du métro parisien, le murmure urbain, le gloussement étrange d’un autre animal du zoo, les ricanements stridents de corneilles qui se disputent le territoire d’un arbre à proximité, les piaillements beaucoup plus discrets de moineaux. L’animal nerveux à l’affût, intranquille, se dresse, regarde de tous côtés, s’assoie gardant relevée une de ses pattes avant frémissante. Elle semble vouloir fuir ou se protéger à tout moment d’un prédateur potentiel. Puis la deuxième mangouste entre dans l’image. Elle rejoint l’autre, tourne sur elle-même pour s’asseoir à son tour, touche de sa queue touffue la queue de l’autre bête, tourne sur elle-même une seconde fois en repoussant doucement son compagnon qui quitte l’image. Elle a pris la relève de la garde du territoire. Le territoire est un sol de pierres et de sable blanc, une métaphore visuelle de la neige en pleine nature. Cette part de désert a été circonscrit et imposé par l’homme, même si le mammifère semble dans son comportement manifester tout son être réactif, instinctif. Un seul signe pourtant de déviance : tourner sur soi-même avant de s’asseoir, tourner en rond comme le fauve dans sa cage, comme l’homme dit fou répétant un geste compulsif, ruminant inlassablement une ritournelle. Le plan mis en boucle cinq fois vient souligner ce trouble.

J’ai longuement observé le déplacement de ces deux viverridés dans leur territoire contraint pour choisir le cadre de l’image, lui conférant un sens précis : entrer et sortir d’une image comme d’un territoire. Au cours de mon observation, j’ai d’abord été stupéfaite par leur « chorégraphie » écrite, presque ritualisée comme on ritualise dans un espace dans lequel on n’est pas chez soi, pour inscrire ses repères, même si cette image reste anthropocentriste. Puis, à un moment, ce que je regardais m’a mise mal à l’aise. La répétition obsédante de cette « danse » élégante dans les mouvements et les déplacements m’a paru désolante. Elle m’évoque clairement aujourd’hui quelque chose de la survie, et de la survivance.

De la survivance d’un instinct malgré la perte du territoire natif, la délocalisation forcée. Si toutefois, ce comportement est peut-être le vestige d’un langage, ou d’un code gestuel entre les deux bêtes, que reste-t-il vraiment de l’instinct à un animal sauvage enfermé dans un zoo, dans un constant contact avec l’animal politique qu’est l’homme ? Et dans cette réclusion, lorsqu’il arrive que l’animal croise le regard de l’homme, comment perçoit-il ce dernier ? Comme un prédateur possible ? Un être étrange, imprévisible, déréglé ? Quel regard porte-t-il sur ce dernier ? Car je crois, comme l’écrit Jacques Derrida, que l’animal qui me regarde a un point de vue sur moi.

L’animal a été sur terre avant l’homme, il s’en souvient. Il me semble que l’on peut percevoir cet avant quand on rencontre le regard d’une bête, ce qui crée un trouble étrange, difficile à expliquer, comme si devant cette sorte mémoire archaïque, la bête nous « rappelait » que nous descendions d’elle, que ce qui nous différencie d’elle n’est qu’une question de degré. En filmant avec attention les deux mammifères, même s’il n’y a pas eu vraiment d’échange de regard, j’ai ressenti très fortement être en face de cet avant, de cette précession. C’est pour cette raison que j’ai filmé volontairement sans pied. De cette manière, mon corps qui portait la caméra était le prolongement de mon propre regard, avec les ondulations ténues des mouvements de ma respiration. Autrement dit, ce fut un face à face, paisiblement déroutant, augurant, naïvement peut-être, la possibilité d’une rencontre. Le cadre de l’image, qui est aussi un regard, a été pensé à l’amont, de manière à ce que lorsque l’une des deux mangoustes se dresse, elle apparaisse au milieu de l’image, et qu’elle sorte de l’image lors de la relève de l’autre sentinelle. Mais l’image a été recadrée par la suite pour le bouclage, pour que la « soudure » soit quasiment invisible, en d’autres termes, pour que la relève de la deuxième bête se fasse au même endroit que l’apparition de la première au début du rush. Cet aspect du travail est important. Si dès le départ, j’ai voulu ne pas montrer à l’image des signes de la captivité (barreaux, encadrement délimité de l’espace…), le bouclage recrée un enferment et une mise à distance. Ceci pour éviter tout d’abord l’empathie et sa contagion, pour objectiver ce qui se joue à l’image, mais aussi, en manipulant la répétitivité de l’animal, en l’instrumentalisant comme une machine, un mécanisme, la vidéo devient un dispositif de jeu de pouvoir, comme les autres dispositifs de Conférences du dehors. Le public qui regarde, espérant peut-être un croisement de regard avec les animaux, devient également l’humain qui a enfermé la bête.

L’homme a perdu une intimité avec le monde animal comme la perte d’une provenance, d’une souche. Malgré cette rupture, il demeure un côtoiement possible. Ce côtoiement est l’expérience d’un seuil, d’un lien ténu mais survivant. « L’intimité perdue est indiquée par un seuil où la perte s’inaugure ». Ce seuil est évoqué par la projection du film en boucle sur un mur de l’espace. C’est une fenêtre sur un dehors mais c’est aussi un espace autre, inaccessible, dans lequel on ne peut pas rentrer physiquement. Durant la projection, la comédienne se déplace dans la salle au milieu des spectateurs, comme cherchant son propre territoire ou un refuge dans cet intérieur qu’elle partage avec eux. Deux espaces se frôlent à distance. Car s’il y a encore côtoiement, il y a une fracture, une limite abyssale entre l’homme et l’animal. Cette frontière n’est pas une et indivisible, mais elle est multiforme. Elle ne peut être dessinée, tracée. Elle ne peut donc être objectivée. L’ignorance de la vidéo par la comédienne est une nouvelle fois importante car regarder les mangoustes projetées dans l’espace aurait annulé la complexité de la frontière entre les deux territoires.

Cette tension entre les deux espaces (la vidéo et la salle de représentation) met en évidence la survivance de ce côtoiement avec l’animal, voisinage complexe fait d’évitements, de dissimulation et de méfiance réciproques, et non plus de continuité homogène. Par ailleurs, s’il n’y a pas d’échange de regard entre l’animal filmé et la comédienne, c’est aussi pour une autre raison. Si comme l’écrivait Nietzsche, l’homme est un animal indéterminé, l’animal devient l’Autre absolu, allogène, inconsolé d’un monde sauvage perdu et autrefois partagé paisiblement avec l’homme. Lorsque Derrida parle du regard de l’animal sur l’être humain, il écrit que son point de vue sur l’homme est celui de l’Autre absolu. Cet Autre absolu est peut-être une rencontre impossible, même s’il éveille justement le désir d’aller à sa rencontre – le désir n’est-il pas en soi ce qui tend vers tout autre chose, vers l’absolument autre, nous mettant en rapport avec l’invisible, c’est à dire avec ce dont on n’a pas idée ?

La posture choisie selon laquelle la comédienne ne tourne jamais son regard vers les animaux filmés, ignorant totalement la projection durant ses déplacements, soulève cette question de l’altérité. Elle se déplace parmi les autres, pose sa tête sur l’épaule d’autrui, s’appuie sur celle ou celui qui lui est étranger. De plus, l’autre est celui avec lequel on partage, on agence un territoire, dans lequel on dessine des limites. Les déplacements dans le public de la comédienne sont ambivalents, car si elle recherche un refuge dans l’espace, elle le contrôle aussi, tout comme elle choisit de s’allonger près d’une personne en imposant la proximité de sa présence, de son corps. On retrouve cette ambiguïté dans la projection du film Sentinelle 1.0, car l’ignorance des regards est réciproque, les animaux ne regardent pas la caméra, et par extension ne regardent ni la comédienne manifestant son indifférence à leur égard, ni le public qui les regarde. Ce dehors qu’ils surveillent, qu’ils traquent est une partie du zoo, mais c’est aussi l’espace de la représentation.

Parce qu’il tend à disparaître de la surface de la terre, « par rapport à cette direction qui semble inéluctable, tout animal est un commencement, un enclenchement, un point d’animation et d’intensité, une résistance ». Autour de la question centrale de l’accès, le projet de Conférences du dehors parle également de résistance. Celle autant d’un positionnement politique (Ministère de l’intérieur de David Beytelmann, A domicile de Thierry Fournier), que celle purement physique d’une performance dans laquelle le corps éprouve ses limites, se met en risque. L’espace de la représentation, un espace physique, devient un espace politique, ce dans quoi la question du pouvoir autoritaire se pose et se joue.

Notre monde est un enchevêtrement à la fois de plus en plus complexe et de plus en plus cloisonné, compartimenté ; comme l’évoque David Beytelmann dans ses entretiens, il faut pouvoir rentrer dans un des tiroirs fabriqués par la société capitaliste. Dans cet entrelacement, de plus en plus d’hommes luttent pour survivre et deviennent invisibles. Il y a cette nudité cruelle dans La Bonne Distance de Noëlle Renaude, jusqu’à l’abandon des forces (Frost de Thierry Fournier et Jean-François Robardet) où l’homme se suicide en se rendant à la puissance de la nature. Dans cette continuité, Sentinelle 1.0 réintroduit l’animal dans tous ces mondes humains, résistant et luttant lui aussi contre sa propre disparition.

Frost

texte de Jean-Fran?ois Robardet, 2009

Jean-François Robardet – 2009

Thierry Fournier | Frost 2

Je situe toujours mon point de vue autour de la durabilité des œuvres et de la non-conservation – je ne souhaite pas que l’œuvre soit durable et conservée. Comme mon attention se porte souvent sur le corps humain, ce processus de ne pas conserver l’œuvre m’a toujours paru logique, instinctivement. En lisant L’acteur qui ne revient pas, Journées de théâtre au Japon de Georges Banu, je me suis arrêté sur ces phrases : « Le corps de l’homme apparaît sur scène comme véhicule de l’invisible, mais il n’aura jamais la pérennité d’un corps statuaire. Si aimer le corps humain qui incarne l’irreprésentable c’est légitimer le théâtre comme l’activité du concret, par contre aimer le corps dans ses représentations définitives – sculptures, tableaux – c’est s’éloigner du théâtre et de son essence au nom d’une nostalgie du durable qui lui est étrangère. »

J’ai automatiquement fait un jeu mental en transformant ce passage, qui résume très bien mon travail en général et la sculpture de Frost particulièrement ; puisqu’il s’agit pour moi de l’exploration des cavités d’un corps rejeté à l’extérieur, une structure de vide laissée sur le bord du chemin. En adaptant le texte de Banu, j’obtiens ceci : « Le corps de l’homme apparaît en sculpture comme véhicule de l’invisible, mais il n’aura jamais la pérennité d’un corps statuaire. Si aimer le corps humain qui incarne l’irreprésentable c’est légitimer la sculpture comme activité du concret, par contre aimer le corps dans ses représentations définitives c’est s’éloigner de lui et de son essence au nom d’une nostalgie du durable qui lui est étrangère. » Je pourrais dire ceci autrement, ne pas concentrer mon attention uniquement sur l’infiniment petit, la molécule, et accepter la représentation du corps dans sa « globalité » visible, mais le fait que cela provienne de ce livre, sur le théâtre au Japon et la présence – ou non – des corps en scène, me donne envie d’assumer cette transformation.

Je me rappelle bien les conversations que nous avons eu à propos du ready made, je peux effectivement expliquer la sculpture de Frost comme cela – de toi à moi – ou trouver ici la filiation ou l’appui théorique, mais le ready made est un objet manufacturé sorti de son contexte original et signé comme une oeuvre. Mon intérêt pour les coques de polystyrène vient du fait que, pour celles-ci, c’est quasiment l’inverse : elles sont pour moi, comme pour tout un chacun j’imagine, des non-objets – servant uniquement à être l’espace manquant solide entre l’emballage et l’objet manufacturé. Elles sont conçues pour être de l’air solide et formées en fonction, sans autre exigence dans leur design et n’existent pour rien d’autre qu’afin de remplir ce vide ; elles sont, mis à part leur taille et leur poids, toutes identiques d’un point de vue pratique, à la différence d’un urinoir, d’un porte-bouteilles ou d’une roue de vélo. Voilà ce qui m’intéresse dans ces formes ; en cela elles deviennent le contraire d’un ready made, puisque c’est bien le caractère manufacturé de l’objet qui retenait l’attention de Duchamp.

Pour Frost, nous avons commencé par une collecte. Nous procéderons à l’exploration de la collecte, écouterons les flux de la sculpture et provoquerons la génération des flux, en faisant une performance de la sculpture et la sculpture sonore du lieu où elle se trouve. Nous déciderons de la sculpture autonome dans un lieu de la présence ; le spectacle de la sculpture aura lieu et nous assisterons à la rupture du temps qui possède et conserve. Nous amènerons le corps étranger dans la sculpture et ferons entendre la sculpture du corps étranger. Nous suivrons le bruit de l’approche et découvrirons l’écho de sa dimension, les échos de ses dimensions (approche, toucher, pénétration, flux, reflux). Nous ausculterons le corps de bord de route et le squelette blanc dans l’écho d’un mouvement (début, direction, vitesse, force, fin) ; nous explorerons les interstices blancs et parcourrons la pénombre de la surface.

Tu le sais, le fait-divers qui est à l’origine de Frost m’a été raconté par l’artiste Pauline Curnier Jardin, lors d’un voyage Norrköping-Stockholm et cette histoire m’a immédiatement fasciné, autant qu’effrayé. A quelle réflexion peut bien m’amener de traiter de cette histoire ?

Je ne crois pas en la crainte de la nature selon des critères mythologiques, ni en la peur à laquelle nous sommes invités depuis des millénaires et je refuse de m’y soumettre. La nature – la Mère Nature – ne créé pas des phénomènes intentionnellement pour rivaliser avec les êtres humains et ne prévoit en aucun cas de les affronter. Je crois en le fait que les êtres humains ont un besoin cruel de rivaliser avec ce qui les entoure et qu’ils inventent un lien paranoïaque avec leur environnement pour en souffrir volontairement. Je crois que les êtres humains nécessitent de se sentir supérieurs, d’avoir le contrôle, et que cela passe par un rapport anthropomorphique à tout ce qui les entoure et par la création des légendes et la croyance dans les légendes. Je ne crois pas en l’existence du mal et du bien dans la nature, ni en des concepts tels que celui du monstre, qui ne sont que des concepts élaborés selon un système de valeurs humain. Je crois en le fait que le monde s’est généré de lui-même à partir d’un hasard – ni heureux ni malheureux – et qu’aucune volonté ou force supérieure n’en est à l’origine.

Par conséquent, je ne crois pas en la crainte inspirée par une averse de grêle selon une décision prise par une entité X dans le but d’ordonner, de punir, de corriger ou afin qu’elle se sente respectée, je ne crois pas en l’aspect bénéfique et rédempteur d’une avalanche de neige ou de scories, je ne pense pas qu’une vague contienne en son mouvement une légion d’ennemis dressée à mon encontre, ni que l’océan sévisse en prise avec une colère calquée sur les colères des hommes et des femmes. Je ne crois pas en le fait que certains animaux représentent une conspiration à l’égard des hommes tandis que d’autres ne veillent qu’à la bonne entente entre les peuples. En somme, je refuse de me soumettre à la dictature de ce qui est sacré et symbolisé dans la nature, ainsi qu’à ce qui est néfaste par croyance ou encore ligué dans notre pensée pour inspirer le mal.

Je trouve que tout ce que je viens de décrire manque d’humilité et souligne le besoin qu’ont les êtres humains de s’attitrer une place centrale dans le monde, de régisseurs eux-mêmes régis par ce qu’ils auront choisi (un père, un architecte ou un horloger), en décidant de ce qui est bon ou mauvais, ou supérieur et inférieur, noble ou méprisable, pour se rassurer et mieux installer leur suprématie sur tout, aussi inadaptée et illusoire soit-elle.

Je reconnais dans cela l’utilité à explorer le cerveau humain. Toutes ces inventions nous renseignent sur le fonctionnement de la pensée, mais j’abhorre le fait que la nature ait à en subir les conséquences. Je n’aime pas qu’elle n’existe pour les humains que par le crible de cette conception, car notre pensée s’en trouve teintée, influencée et par-là même restreinte. Je ne crois pas en l’existence d’une âme humaine, ceci découle d’une conception religieuse – je suis sûr de l’existence du cerveau et cela me semble suffisant. Je ne crois pas en la fuite du monde pour un monde meilleur après la mort.

Frost décrit un abandon à la nature quand elle nous a vaincu. Non – la nature n’a pas le but de nous vaincre, elle n’a pas d’autre but que d’exister et elle ne forme pas une unité adverse. Il s’agit d’un abandon à la nature quand nous pensons ne plus pouvoir nous y tenir ou y avancer. L’homme de l’histoire de Frost retire ses vêtements, ce qui couvre son corps pour lui tenir chaud et ce qu’on a défini comme étant son intimité – nos intimités – puis il va à l’extérieur et périt. J’imagine qu’une fois la morsure du froid passée, les muscles cessent de répondre aux ordres du cerveau, les organes s’éteignent les uns après les autres, l’anesthésie progresse le long du corps, par zones, ou de façon plus uniforme, le froid entre dans tout jusqu’à ce que le cerveau cesse de fonctionner. Il se trouve là un rapport à la nature qui m’est étranger, par le fait que je suis venu au monde dans une région au climat tempéré et où la population à la possibilité luxueuse de s’abriter dans des habitations confortables, sans avoir, la plupart du temps, à redouter un impact mortel du climat ou des phénomènes naturels. Je peux sortir dans la rue et ne pas avoir à m’en soucier pour d’autres raisons, je peux retirer mes vêtements dans la rue sans que cela me soit fatal instantanément. Je ne connais pas le jour permanent ni la nuit permanente. Je n’ai aucune idée de ce que signifient et impliquent une nuit de deux mois ou un jour de trois mois, ni ce que cela génère sur le fonctionnement de mon cerveau et sur mon physique en général. Au regard d’autres régions du monde, je n’ai pas idée de la terreur que peut causer un cyclone, une éruption volcanique ou un tsunami. Je n’ai ressenti que de légers séismes et je n’ai pas à m’en soucier, la probabilité pour que de tels phénomènes – destructeurs – s’abattent sur la région où je vis le plus fréquemment demeure (encore) très faible. J’ai fait l’expérience de deux typhons en Chine et cela m’a donné à penser dans ce sens, en comprenant la situation protégée dans laquelle j’ai vécu jusque-là, à l’abri d’une violence qu’ici peut de manifestations naturelles suggèrent. J’ai aimé arpenter Naples, au pied du volcan, visité les vestiges de Pompei et saisi que la vie peut être stoppée en un instant, car elle située dans la nature et par le fait toujours vulnérable à elle.

C’est de là que vient ma fascination pour le récit qui sert de motif à Frost : après avoir enduré toute la rudesse de ce que la nature peut représenter, l’homme de l’histoire choisira de mourir par elle. Il ne tentera pas de s’en extraire ou de lui « échapper » par un autre moyen (comme on échappe à un agresseur), il ira jusqu’au bout de la logique de cette situation. Dans ce cas précis, mourir d’une autre façon ? Je présume que ce serait comme s’exclure du système. Ici il s’agira de mourir à l’intérieur du système nature et d’y bénéficier d’une dernière ressource, définitive, et d’une dernière douceur, car la croyance, avérée ou non, veut que cette façon de se donner la mort – ou d’obtenir la mort – prodigue un enivrement.

Est-ce là ce que je reçois, à force de voyages, comme indice d’une pensée scandinave ? Organiser la paix, la fluidité d’un système et son ergonomie, décider du progrès de la société avec le plus grand nombre et respecter la nature ? Choisir de finir sa vie ainsi, cela participe-t-il d’une esthétique romantique, ou serait-ce respecter le système dans lequel on se trouve ? Sans faire de vagues, dans le silence et la solitude, vers la nature, tout au dedans.

Electroshop

atelier de recherche et création, ENSA Nancy, 2004-2016

Atelier de recherche et création
École nationale supérieure d’art de Nancy / Artem, 2004-2016
Co-coordination Thierry Fournier et Jean-François Robardet

Cet atelier de recherche et création a été initié par Samuel Bianchini en 2000, rejoint par Thierry Fournier en 2004 qui en a repris la coordination en 2007 avant d’être rejoint à son tour par Jean-François Robardet en 2008. L’atelier fait partie du dispositif ARTEM, spécifique à Nancy : une association entre l’École nationale supérieure d’Art, l’Ecole des Mines de Nancy et ICN Business School, dont le campus commun ouvrira en 2017. Comme les autres « Arcs » Artem, l’atelier accueille donc des étudiant-e-s des trois écoles, au niveau master.

Axes de recherche

Electroshop traite des pratiques numériques en art, en proposant au fil du temps des terrains d’expérimentation différents. Il explore notamment la question des dispositifs interactifs, dans le contexte d’installations, de créations scéniques ou performatives. Cette recherche se caractérise par trois directions principales : la notion de geste, la relation entre spectateurs et interprètes, et les mutations de la notion d’écriture. La question de l’interactivité dans un contexte scénique (théâtre, danse, performance) est nécessairement liée à la relation entre le corps et le geste de l’interprète ou du spectateur, et leur environnement. Le terme de geste est alors à comprendre dans son sens le plus large, de l’action corporelle à l’acte de langage : tout mouvement humain qui peut être « capté » par un dispositif réagissant en temps réel à ses variations. Les objets de la recherche portent donc sur l’invention de ces dispositifs, la conception du geste dans ces conditions, et la production de représentations multimédias à partir de la relation entre geste et dispositif en temps réel.

Les dispositifs interactifs peuvent donc concerner tout aussi bien les spectateurs que les interprètes, qui peuvent non seulement partager le même espace, mais aussi entrer en interaction avec les mêmes dispositifs. Les questions ouvertes par cette direction sont nombreuses : enjeux d’une mise en scène ou mise en jeu du spectateur, relations entre installation et performance, exploration des différences de pratique des dispositifs par les spectateurs et par les interprètes.

Enfin, l’invention de formes interactives renouvelle profondément la notion d’écriture (texte, chorégraphie, partition musicale) dans la mesure où celle-ci n’est pas fixée linéairement en amont, mais résulte d’une relation réciproque entre protagonistes (public et/ou interprètes) et dispositifs. Se posent alors des questions liées aux enjeux d’une écriture scénique, de l’élaboration d’une temporalité spécifique, et de l’invention de protocoles de production textuels, gestuels, spatiaux, sonores et musicaux.

Méthodologie

Ces projets sont soit des œuvres des artistes coordinateurs auxquels les étudiants sont invités à participer, soit des projets individuels ou collectifs d’étudiants. Dans les deux cas, on déploie une recherche-création par projet qui implique les étudiants sur l’ensemble de la conception et de la réalisation d’une œuvre, sous l’autorité de l’artiste coordinateur. Un tel principe permet d’installer une dynamique d’excellence par l’articulation de la recherche et de la pédagogie, la première faisant levier pour la seconde. Des créateurs professionnels, avec des étudiants, initient, conçoivent, expérimentent, réalisent, dirigent et rendent public un projet artistique. Impliqués sur toutes les phases et registres de la création, les étudiants font l’expérience complète d’un projet d’envergure, pluridisciplinaire, collectif et techniquement prospectif. Tous les étudiants sont invités à participer à la totalité du processus de recherche et création, quelle que soit leur filière d’origine, sans spécialisation de leur intervention.

Diffusion et valorisation

Chaque création donne toujours lieu à une diffusion publique. La finalisation, l’exposition et la diffusion dans un contexte professionnel des œuvres développées dans le cadre de l’Arc inscrit ainsi l’ensemble du processus de travail dans une logique de valorisation et de diffusion de la recherche :

– par une diffusion des créations de l’Arc auprès de contextes professionnels et de publics élargis, faisant connaître les travaux de recherche auprès d’une large audience. Depuis 2004, dix œuvres et expositions ont été réalisées dans le cadre de l’Arc Electroshop. L’ENSAN intervient pour tous ces projets comme coproducteur principal, en partenariat avec plusieurs institutions publiques et privées.

– par des actions régulières de publication sur différents supports. L’ENSAN intervient pour toutes ces publications comme coproducteur et/ou coéditeur (Les Éditions du Parc).

Historique des créations et diffusions

– En 2000-2001, création de l’exposition Hôtel des Beaux-Arts, Hôtel des Beaux-Arts, Nancy.

– En 2002-2003, création de l’exposition Promotion Artem au Centre commercial Cora Houdemont.

– En 2004-2005, première version de la création interactive pour danseur et spectateurs Réanimation, performance interactive pour danseurs et spectateurs de Samuel Bianchini, Thierry Fournier et Nathalie Simon. Diffusion publique le 5 juillet 2005 au Ballet de Lorraine. Partenariats : Centre chorégraphique national Ballet de Lorraine, SFR-Cegetel.

– En 2005-2006, création de l’installation 30×30 – Poursuite de Samuel Bianchini, en dialogue avec la proposition chorégraphique 30×30 de Paul-André Fortier. Présentation publique à Nancy, place de la Gare et tour Thiers le 6 mai 2006. Partenariat : Centre chorégraphique national – Ballet de Lorraine. 30×30 – Poursuite a également été exposée à la Ménagerie de Verre (Paris) dans le cadre du festival « Les Inaccoutumés » à l’invitation de Philippe Quesne. Partenariats : Vivarium Studio, Ménagerie de Verre, CiTu.

– En 2006-2007, création de l’installation Feedbackroom de Thierry Fournier, successivement exposée à l’ENSAN en juin 2007 puis dans le cadre de l’expo-labo OUTLAB organisée par le CiTu à la Bellevilloise (Paris) en novembre 2007. Partenariats : SFR-Cegetel, CiTu, CIDMA, La Bellevilloise, Pandore Production.

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– En 2007-2008, création de la version finale de la création interactive pour danseur et spectateurs Réanimation avec le danseur et chorégraphe Sylvain Prunenec, créée dans le cadre du festival Next à l’Espace Pasolini (Valenciennes). Partenariats : Espace Pasolini – Jeune Théâtre International, avec le soutien du Groupe ICN et du Groupe SFR-Cegetel. En mai 2009, Réanimation est donnée au festival international Rencontres chorégraphiques de Carthage (Tunisie), organisées par Syhem Belkodja et Philippe Baudelot.

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– En 2008-2009, création scénique Seul Richard conçue et dirigée par Thierry Fournier, avec l’ensemble des étudiants de l’Arc. Seul Richard est finalisé ensuite en résidence de création au Théâtre de la Mauvaise Tête (Marvejols, Lozère) puis à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon – Centre national des Écritures du Spectacle, ou sa création a lieu en octobre 2010. Avec Emmanuelle Lafon (actrice), Jean-François Robardet et Juliette Fontaine (co-auteurs scénographie et musique).

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– En 2009-2010, projet Cohabitation I, création d’œuvres par les étudiants et projet curatorial. Expositions en juin 2010 à l’École nationale supérieure d’art de Nancy puis en février 2011 au Musée des Beaux-Arts de Nancy.

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– en 2010-2011, création de l’installation Hotspot de Thierry Fournier à Contexts, Paris, en collaboration et co-coordination avec Jean-François Robardet.

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– en 2011-2012, Cohabitation II, création d’œuvres par les étudiants et projet curatorial, exposition en avril 2012 à la Galerie NaMiMa, Ensa Nancy.

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– en 2012-2013 Coédition I, création collective d’une édition numérique sur iPad relatant les processus de recherche des 3 ateliers de Andrea Keen / Etienne Pressager / Lauren-Marie Joubert (Marcher), Justin Morin (Do it yourself) et Julien Prévieux (Art de la conjecture).

– en 2013-2014 Coédition II, création du catalogue sur iPad ALUM consacré à 40 artistes diplômés de l’Ensa Nancy (Marion Auburtin, Jean Bedez, Thomas Bellot, Etienne Boulanger, Thomas Braichet, Morgane Britscher, Emilie Brout & Maxime Marion, Dominique Cunin, Cristina Escobar, Elise Franck, Caroline Froissart, Virginie Fuhrmann, Jochen Gerner, Jérémy Gobé, Marco Godinho, Sébastien Gouju, Harold Guérin, Sylvie Guillaume, Paul Heintz, Simon Hitziger, Victor Hussenot, Marie Husson, Guillaume Janot, Marie Jouglet, Yonsoo Kang, Geoffrey Kayser, Benjamin Laurent Aman, Sophie Lécuyer, Heewon Lee, Aurélia Lucchesi, Mayumi Okura, Cécile Paris, Dominique Petitgand, Emmanuelle Potier, Rares Victor, Jean-François Robardet, Vivien Roussel, Aïda Salahovic, Emilie Salquèbre, Atsuki Takamoto, Sarah Vaxelaire).

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– en 2014-2015 création de The Self and the world, long-métrage collectif composé de 15 courts créés par les étudiants de l’Arc. Première projection publique à l’IECA Nancy le 5 mai 2015.

Publications

– Publication Hôtel des Beaux-Arts, Édition ENSA Nancy 2001.
– Publication Promotion Artem / École nationale supérieure d’art de Nancy, projets des Ateliers de recherche et création Artem, Édition ENSA Nancy 2003, avec le soutien de la Communauté urbaine du Grand Nancy et du Ministère de la Culture et de la Communication
– DVD Poursuite de Poursuite coédité en 2008, dans la collection Import, par Les presses du réel / MFC – Michèle Didier, co-édité par l’ENSAN / Les Éditions du Parc
– DVD Feedbackroom édité en 2009 aux Éditions du Point d’Exclamation, co-édité par l’ENSAN / Les Éditions du Parc.
– Publication R & C – Recherche et création, présentant un ensemble de projets de recherche en art, dont les axes de recherche de l’ENSAN. Ouvrage dirigé par Samuel Bianchini, co-édité par les Éditions Burozoïque et l’ENSAN / Les Éditions du Parc, paru en version e-book chez Art Book Magazine en mars 2012.
– Publication du catalogue sur iPad ALUM co-direction éditoriale par Thierry Fournier et Jean-François Robardet, coédition Art Book Magazine / Pandore / Ensa Nancy, 2014.

Ping Pong

Création musicale, 2003

Création musicale, 2003
Juliette Fontaine et Thierry Fournier

Ping-pong a été composée par aller-retours de fragments sonores avec Juliette Fontaine et une performance sur laptop. Tous les gestes de manipulation des processus en temps réel, de l’ordinateur et des instruments sont repris en direct par un micro et amplifiés.

L’architecture du paradis

création musicale, 2000

Création musicale pour quatre voix et électronique, 2000
Interprètes : Armelle Orieux (mezzo-soprano) Laura Gordiani (alto), Vanda Benes et Lyndee Mah (voix parlées).

L’Architecture du Paradis est une pièce musicale en cinq sections créée pour l’installation éponyme de Marie Sester au SFMOMA en 2000. Ecrite pour quatre solistes vocaux et électronique temps réel, elle est fondée sur les extraits du Timée-Critias de Platon décrivant l’histoire et le rôle de l’Atlantide. Le texte est chanté dans sa version anglaise; il est dit par les deux comédiennes, en français et en anglais. Extrait de de son contexte historique spécifique, il évoque des réflexions sur la notion de société idéale, et ses contreparties en matière de domination politique. La pièce se construit dans une tension entre un duo alto et soprano, une lecture du texte par les deux comédiennes, l’écriture électronique et les transformations vocales en temps réel.

Extraits :


Photographie © Marie Sester 2000.