Dépli

Installation, 2013

Installation, 2013
En dialogue avec le film Last Room de Pierre Carniaux

À partir du même tournage au Japon, le réalisateur Pierre Carniaux et Thierry Fournier ont créé le film Last Room et la pièce interactive sur iPad Dépli : un dialogue entre cinéma et arts plastiques qui propose une expérience inédite.

Tourné au Japon par Pierre Carniaux, le film Last Room est une fiction et un documentaire. Les occupants de love hotels et d’hôtels capsules se racontent à travers des histoires à la fois intimes et rêveuses, entremêlées de voyages à travers les paysages de l’archipel… Bientôt, ces récits personnels résonnent avec une histoire collective : celle de Gunkanjima, île fantôme à l’abandon au large de Nagasaki, puis avec celle du Japon tout entier.

Dépli propose une expérience de navigation sensible à travers le film Last Room. Un cinéma « jouable » où le spectateur peut recréer une infinité de parcours dans le film en choisissant et en mélangeant les plans, leur sens, leur vitesse… Jouée sur iPad seul, avec un écran, dans une salle de cinéma ou une exposition, Dépli propose l’expérience inédite de réécrire un film par le toucher.

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Publications et prix

Shellac et Pandore Édition ont édité un coffret spécial trilingue Last Room / Dépli comprenant à la fois l’application iPad de Dépli, le DVD de Last Room et une publication réunissant des textes critiques de Philippe Avril, Nicolas Feodoroff, Jean-Pierre Rehm, Anne-Lou Vicente, Pierre Carniaux et Thierry Fournier.

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Last Room / Dépli a été sélectionné pour le festival Hors-Pistes (Centre Pompidou 2013), le ZKM App Art Award en 2013 et a obtenu le prix spécial du jury au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal en 2013. Voir également le numéro spécial de la revue Archée consacré au projet.

Développement informatique : Olivier Guillerminet et Jonathan Tanant. Production : Lux scène nationale de Valence – Pandore – DICRéAM – Scène nationale d’Evreux Louviers

Open Source

installation, 2008 – 2011

Installation, 2008-2011
Bassin, pupitre, dispositif vidéo et informatique, dimensions 700 x 400 x 450 cm

L’installation Open Source est composée d’un bassin en forme d’ellipse, devant lequel se trouve un pupitre qui permet aux visiteurs de dessiner directement avec la main. Dès qu’un dessin est terminé, il apparaît à la surface du bassin et dérive avec les autres, pouvant être à son tour touché et déplacé par les visiteurs présents autour du bassin. Une surface d’eau devient un espace de temporalités et de relations, chargé de projections irréversibles et éphémères.

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Usual Suspects

installation, 2011

Installation, 2011
Caméra, ordinateur, projection ou écran LCD

Une caméra est braquée sur un espace public. Un programme analyse son image et cerne d’un rectangle rouge toute personne ou objet en mouvement. Extrêmement sensible, le système réagit à n’importe quelle activité : passants, oiseaux, variations de la lumière ou des feuilles, etc. L’hyper-sensibilité du dispositif et son manque de discernement lui confère un caractère subjectif ou robotique, à l’image d’un regard vigile qui ne cesserait de scruter – en vain – son environnement.

Hotspot

installation, 2011

installation, 2011

Sous les pas des visiteurs, des débris de verre jonchant l’ensemble de l’espace d’exposition craquent sur le sol. Amplifié et déformé, leur son est retraité par un programme qui les associe à des de bandes-son de films- catastrophe, choisis au hasard dans une banque de données. L’installation forme un « théâtre d’opérations » dérisoire, dans un environnement porteur de menaces dont les spectateurs sont à la fois observateurs et protagonistes actifs : un storytelling en expérimentation. Associant matériaux bruts, vidéo, son, interactivité et cinéma, elle engage le corps et le spectateur et prolonge une réflexion sur les relations entre art et politique, fiction et documentaire, déployée ici dans une pratique in situ.

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Hotspot a été créé en 2011 à Contexts, en collaboration avec l’atelier de recherche et création Electroshop (Ensa Nancy) et Jean-François Robardet. Réunissant trois professionnels de la médiation (Pierre Marsaa, Anastassia Makridou – Bretonneau, Mari Linnman), Contexts propose dans un même lieu un bureau d’études, une agence de production / diffusion et un espace d’exposition.

Avec la collaboration de Vanessa Hérault (student at the École nationale supérieure des Mines de Nancy), Florent Camus, Léa Chambe, Thibault Dumontet, Elsa Gauthier, Laure Goujard, Marie Laurent, Benoît Le Quan, Maxime Pellerin, Deborah Ruffinoni, Pauline Soudier, Lucile Villeneuve (ICN Business School), et les étudiants de l’atelier de recherche et création Electrohop. Coproduction: Artem, École nationale supérieure d’art de Nancy, Contexts, Pandore Production.

Entrelacs

création vidéo interactive pour la scène, 2010

Création vidéo interactive
Spectacle de danse Entrelacs de Lionel Hoche, 2010

Entrelacs transpose les codes et les figures du fantastique dans le champ chorégraphique. Cinq danseurs interprètent la pièce, en dialogue avec une création vidéo interactive. Jouée au plateau, la musique est composée principalement de pièces contemporaines pour orgue. Une écriture de la dualité – spectres, disparitions, dédoublements – se déploie ainsi dans une étroite mise en relation des corps, de l’espace, de l’image et de la musique.

La relation entre le visible et l’invisible constitue le point de départ de la création vidéo interactive d’Entrelacs. Ses formes héritent notamment du cinéma fantastique, tout en déployant un travail plus large sur les ambiguités de la perception : apparitions, oscillations, glissements temporels, changement d’échelle, perte de consistance des corps… Ces phénomènes visuels sont générés par les mouvements des danseurs, qui sont analysés par caméras. Travaillés exclusivement en noir et blanc, utilisant les aspects organiques, ils créent un rapport étroit entre le geste, l’espace et la temporalité. Les danseurs deviennent tour à tour les instigateurs, les interlocuteurs ou les adversaires des phénomènes auxquels ils sont confrontés. L’interactivité de l’image devient ainsi le vecteur de relations multiples entre animé et inanimé, présent et passé, immanent et absent, vivant et mort, corps et espace.

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Sirène

installation, Samuel Bianchini et Thierry Fournier, 2005-2010

Installation, 2005-2010
Samuel Bianchini et Thierry Fournier
avec la voix de Maryseult Wieczoreck

Sur un écran noir figure un point blanc qui suit le toucher du spectateur. Sans activité, le dispositif diffuse un son de souffle humain à peine perceptible. En déplaçant le point, une voix féminine se manifeste ; les sons qu’elle émet se déploient selon les mouvements de la main, s’accélèrent ou ralentissent, circulent ou stationnent.

La voix passe du souffle au murmure, du chant au cri ; explorée dans sa matière même par le geste, elle réagit à lui et, dans le même temps, l’appelle. Cette navigation à l’aveugle ouvre un dialogue qui appelle à la fois le geste instrumental et la caresse. Un corps sonore se déplie et s’étend selon l’exploration tactile qui en est faite, mais dont l’interprétation, tant sensuelle qu’intellectuelle, est offerte au spectateur.

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Point d’orgue

installation, 2009

installation, 2009

Dans la vitrine d’une galerie, une caméra filme la rue. Son image est projetée dans la salle, sur un écran derrière elle. Au repos, cette image n’est qu’un miroir de l’extérieur. Cependant, lorsqu’un visiteur pénètre dans la galerie, la vitesse de la vidéo et du son s’ajustent à la sienne propre, jusqu’à se geler entièrement s’il s’arrête ; si le visiteur se remet en mouvement, la vidéo déroule alors les évènements écoulés et se resynchronise progressivement avec l’extérieur. L’ensemble se déroule sous le regard des passants eux-mêmes pris dans l’image, et observateurs de ceux qui manipulent leur propre temporalité. A travers une expérience de « profondeur de temps » et l’illusion de pouvoir suspendre le cours du réel, s’instaure une boucle généralisée d’interaction collective.

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Point d’orgue a été créée en octobre 2009 dans le cadre d’une résidence à Kawenga (Montpellier).

Step to step

installation, 2008

Installation, 2008

Face à un cours de step donné par un coach en musique, un socle blanc disposé dans la salle invite à en imiter les gestes. Cependant, dès qu’un visiteur pose un pied sur le socle, la vitesse de la vidéo se ralentit, jusqu’à se geler presque entièrement s’il y monte de tout son corps. Un bouclage s’instaure, dans la double contrainte d’une imitation impossible. L’action se transfère vers le spectateur, « mis en œuvre » sur son socle, conduit à une perception aigüe de sa propre temporalité.

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A domicile

performance, 2008

performance, 2008
Série de performances Conférences du dehors, avec Emmanuelle Lafon.

La circulaire du 21 février 2006, éditée par le Ministère de l’intérieur, fixe les conditions d’arrestation légale des étrangers en situation irrégulière. Ces arrestations devant se dérouler à l’extérieur, elle légifère sur ce qui peut être considéré comme un domicile ou non : cour d’immeuble, yacht de plaisance, bloc opératoire… Une vidéoprojection fait dérouler le texte de la circulaire comme le générique d’un blockbuster, accompagné d’une musique caractéristique du genre. L’interprète se place face à la projection et en répète le texte. Son visage apparaît en surimpression, pixellisé comme pour un témoignage anonyme qui dégénère dans une confrontation avec le dispositif. L’ensemble met à jour la fiction guerrière qui nourrit la pensée des auteurs du texte : violence qui contamine progressivement celle de l’interprète, jusqu’à l’explosion.

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Pour consulter le PDF intégral de la circulaire (950 Ko) : Circulaire du 21-02-2006. La particularité de ce texte est que, ces arrestations devant se dérouler à l’extérieur, elle légifère donc sur tout ce qui peut être considéré comme un domicile ou non : appartement, cour d’immeuble, yacht de plaisance, logement détruit par un incendie, bloc opératoire, etc. C’est dans cette perspective qu’ont été sélectionnés ses extraits qui mettent en évidence cette distinction.

L’interprète déroule ainsi la lecture du texte, dans une disposition de « circuit fermé » au sens littéral du terme, comme si l’ensemble constitué par l’ordinateur, le micro, l’ampli et la projection générait l’ensemble du contenu, sa transformation et sa propre fiction. Le texte est traité comme le générique d’un blockbuster qui aurait nourri la pensée de son auteur, et contamine progressivement l’interprète jusqu’à l’extrême violence. La voix de l’actrice se transpose lentement dans les graves au fur et à mesure que le texte énumère les lieux possibles d’arrestation, et l’équilibre se rompt à l’instant où, dotée d’une voix de monstre ou de Dark Vador, attaque littéralement l’ampli à coup de micro, la transposition du larsen produisant des sons extrêmement violents d’explosions et de grenades. Après une attaque brève et intense, la musique quitte le domaine du champ de bataille pour aborder le registre de la rédemption caractéristiques des finales de films de guerre, et la lecture de la circulaire s’achève avec ses deux dernières parties : l’énonciation qu’un bloc opératoire est éligible comme lieu d’arrestation, et la liste des destinataires administratifs de la circulaire.

Photographies par Frédéric Nauczyciel et Alexandre Nollet.

Conférences du dehors

série de performances et commissariat, 2008

Série de 7 performances, 2008, avec Emmanuelle Lafon
Création en résidence et produit par La Chartreuse, Centre National des Ecritures du spectacle.

Conférences du dehors comprend les performances : Circuit fermé, Ministère de l’extérieur (auteur invité David Beytelmann), La Bonne Distance (auteure invitée Noëlle Renaude), Ready mix (artiste invitée Esther Salmona), A Domicile, Frost (artiste invité Jean-François Robardet), Sentinelle 1.0 (artiste invitée Juliette Fontaine).

La notion d’accès (aux richesses, aux frontières, au travail, à l´éducation, à l’image…) traverse toutes les situations contemporaines, intimes et collectives. Le libéralisme généralisé ne permet plus de se tenir hors de son champ, et l’une des conséquences paradoxales de ce “monde sans dehors” est que la notion même de dehors est devenue omniprésente. Réunissant plusieurs artistes et auteurs invités pour une seule interprète aux statuts multiples, la série de performances Conférences du dehors explore cette notion en modèle réduit, dans une proposition à la fois noire, électrique et burlesque. Ce “théâtre d’opérations” s’inscrit dans une démarche générale d’interrogation sur les rapports entre écriture, arts plastiques et formes performatives : notion de dispositif, mise en jeu du spectateur, choix critique des espaces de représentation.

Circuit fermé, performance, avec Emmanuelle Lafon, Lelabo, Paris, 2007

Photographies par Frédéric Nauczyciel et Alexandre Nollet.

Reanimation

création scénique interactive, Samuel Bianchini, Thierry Fournier, Sylvain Prunenec, 2008

Création scénique interactive pour danseur et spectateurs, 2008
Samuel Bianchini, Thierry Fournier, Sylvain Prunenec

Réanimation est à la fois une performance et une installation : un danseur et des spectateurs partagent le même dispositif. Une aire de jeu rectangulaire et sombre est divisée en deux par un écran sur lequel est projetée l’image d’un brouillard dense. De part et d’autre, danseur et spectateurs se font face. Le brouillard est opaque, mais la présence des spectateurs fait apparaître sur l’écran des silhouettes noires et mobiles qui permettent de voir à travers elles. Le danseur explore cet espace partagé et ces conditions de visibilité variables. Il entretient une relation étroite avec les spectateurs autant qu’avec la musique qui est générée en temps réel, par ses mouvements : confrontation active dans laquelle la performance est autant le fait des spectateurs que du danseur.

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Coproduction : École nationale supérieure d’art de Nancy (atelier de recherche et de création ElectroShop) / Alliance Artem, Espace Pasolini Théâtre international (Valenciennes). Avec le soutien de la Région Lorraine, du Groupe ICN et de SFR-Cegetel. Photographies Samuel Bianchini et Thierry Fournier.

Feedbackroom

installation interactive, 2007

Installation interactive, 2007

Feedbackroom forme à la fois une installation interactive et un espace de performances. Un micro sur pied, au centre d’une salle obscure, réagit par des larsens hurlants et saturés à la présence et aux mouvements des visiteurs. Chaque geste ou déplacement module le son, instaurant à la fois une sensation accrue de son propre corps, et celle d’un organisme dangereux habitant l’espace. La salle est intégralement noire : seuls les corps qui la traversent sont accompagnés de leurs ombres en négatif, blanches, vibrantes et pixellisées, trace électronique du son qu’ils génèrent. Le dispositif évoque à la fois une “poursuite” de spectacle et un dispositif de surveillance et de conflit.

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Coproduction Ecole nationale supérieure d’art de Nancy / Atelier de recherche et création Electroshop / Alliance Artem. Feedbackroom a donné lieu à la publication d’un DVD, édité en 2009 par les Éditions du Point d’exclamation et les Éditions du Parc / ENSA Nancy.

Ce qui nous regarde

installation, Emmanuel Berriet et Thierry Fournier, 2005

Installation, 2005
Emmanuel Berriet et Thierry Fournier

L’installation Ce qui nous regarde propose un dispositif à travers lequel le public laisse des traces de son passage, interroge des mots et des images, et se voit questionné en retour. Face à un écran panoramique, la présence et le mouvement des spectateurs provoque l’apparition d’un très grand nombre de questions et de fragments de textes.

Par les textes et citations qu’ils font apparaître, et par la cohabitation qu’ils génèrent entre les éléments, ils commentent et interrogent douze vidéos faites d’images quotidiennes, de citations de films, d’écrivains, autour de la question du développement et des équilibres politiques. L’ensemble constitue un dispositif hybride entre projet de curatoriat, cinéma et installation interactive.

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Electric Bodyland

installation sonore, 2003

installation sonore, 2003

L’espace de Electric Bodyland est vide. Chaque mouvement ou déplacement d’un visiteur produit une navigation à l’intérieur d’une pièce musicale électronique qui se compose, se mixe et se spatialise au gré des manifestations du corps. Individuellement ou collectivement, les spectateurs explorent et jouent leur propre version d’une partition ouverte, dans une sculpture sonore qui se parcourt dans le vide, par le milieu, et de l’intérieur.

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L’Ombre d’un doute

installation, 2003

installation, 2003

L’installation L’ombre d’un doute constitue un “espace de controverses” : un ensemble de points de vue sur la science, la politique et les médias, mis en confrontation par la présence et les parcours des visiteurs. Le dispositif est constitué par une paroi circulaire sur laquelle sont projetées un grand nombre de phrases, et devant laquelle se déplacent les visiteurs. Ceux-ci apparaissent au mur sous la forme de « fantômes » blancs, qui font apparaître des séquences vidéos : 17 interviews de personnalités ou d’anonymes, une série d’achives TV, et un ensemble de lectures de textes par des comédiens autour des relations entre politique, science et médias. Chacun est confronté à deux formes simultanées de collectivité : celle qui se dessine à travers le contenu des séquences, et celle qui se construit en temps réel dans l’espace même de l’oeuvre.

Interviewés : activistes et membres d’associations (François Desriaux, Christophe Gérard, Anne-Laure Morin, Christophe Noisette), philosophes et sociologues (Marc Augé, Bernard-Marie Dupont, François Ewald, Pierre Lascoumes, Isabelle Stengers), un fermier (Hervé Touraquet), fonctionnaires et personnalités politiques (Bernard Bachelier, Alain Claëys, Martin Hirsch), chercheurs (Olivier Godard, Pierre-Henri Gouyon, Guy Riba, Jacques Testart). 

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Extraits des textes : Giorgio Agamben (Moyens sans fins), Gilles Châtelet (Vivre et penser comme des porcs), Gilles Deleuze et Félix Guattari (Qu’est-ce que la philosophie ?), Georges Didi-Huberman (Ce que nous voyons, ce qui nous regarde), Bernard Kourilsky et Geneviève Viney (Rapport au premier ministre sur le principe de précaution), Bruno Latour (Du principe de précaution au principe de bon gouvernement), Maurice Merleau-Ponty (L’oeil et l’esprit), Francis Ponge (Le Parti pris des choses), Armand Robin (La Fausse Parole), Clément Rosset (Principes de sagesse et de folie), Isabelle Stengers (Sciences et pouvoirs – la démocratie face à la technoscience), Paul Watzlawick (La Réalité de la réalité : confusion, désinformation, communication), Ludwig Wittgenstein (De la certitude).

Photographies Patrick Ageneau 2003.

Les Paravents

création musicale pour la scène, 2003

Pièce de Jean Genet / mise en scène de Frédéric Fisbach, 2003
Création musicale, son, spatialisation, dispositif temps réel

Pièce monstrueuse prenant pour cadre l’Algérie coloniale avec ses quatre-vingt-seize personnages, la mise en jeu de plans successifs, la simultanéité de certaines scènes, le survol d’un territoire en guerre, Les Paravents ont été mis en scène en 2002 par Frédéric Fisbach avec trois acteurs, deux vociférateurs, un interprète musical et le théâtre de marionnettes japonais Youki-za.

Les Paravents apparaît comme une proposition pour un théâtre total, une fête comme l’écrit Genet, où le texte, dit ou chanté, accompagne l’action poétique qui se déroule sur des scènes, des paravents et des écrans. Les Paravents sont porteurs d’un rêve ou d’une vision du théâtre – une comédie et aussi une fête grave, destinée aux vivants comme aux morts. Un poème pour la scène, et c’est bien cette dimension poétique qui ravive le politique – en ce sens qu’il offre aux regard, à l’esprit et au talent du spectateur, une vision du monde” (F. Fisbach). La partition musicale et sonore est interprétée en direct par Jean-Baptiste Droulers, intervenant à la fois sur la diffusion des voix et des espaces sonores, et l’interprétation de la pièce musicale.

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Une approche musicale globale, de la voix au son et à la musique

Les Paravents sont construits à l’image d’une fugue, exposant et développant un entrelacs de situations, de plis et de motifs, jouant des temps et des espaces en les faisant se superposer, s’interrompre et parfois se contredire, sans jamais laisser s’installer un propos unique. Face à cette forme, l’exigence constante de Frédéric Fisbach en matière d’écoute, de prosodie et d’équilibre sonore des situations a suscité un travail d’élaboration sonore et musicale ne perdant jamais de vue sa relation au texte. De ce fait, la première singularité de notre approche a consisté à toujours travailler simultanément sur l’amplification et la spatialisation des voix des comédiens, sur le son de la pièce, et sur la composition d’une partition musicale. Ces trois domaines se croisent en permanence au cours du spectacle, ils sont joués en direct par Jean-Baptiste Droulers, qui joue à la fois le rôle d’interprète musical et de régisseur son. Cette notion de jeu et de direct est importante, le suivi des voix et le jeu des musiques se font en parallèle, en relation étroite avec les acteurs et la dynamique de leur jeu. Ce rôle s’apparente en quelque sorte au joueur de shamisen du bunraku – ici, un shamisen électronique.

Nous avons choisi d’amplifier et de spatialiser les voix pour plusieurs raisons. Frédéric Fisbach voulait éviter le plus possible la projection vocale typique du théâtre. L’amplification permet une grande proximité et une plus grande richesse d’intensités.
Mais elle permet également de différencier clairement des plans vocaux distincts, ce qui est le cas par exemple entre les acteurs et les vociférateurs – ou entre le monde des vivants et celui des morts. Ici intervient la spatialisation, qui va dans le sens de la dramaturgie : la pièce se déploie progressivement par un montage de situations alternées, dans lesquelles la différenciation des espaces vocaux prend tout son sens. Les images sonores se développent principalement autour de ce que l’on pourrait appeler “le monde extérieur” (les militaires, les colons, les combattants, les prostituées…), celui des situations et des conflits. Elles évoquent des espaces ou des sons de façon fragmentaire, interrompue – leur statut pourrait être comparé à celui des paravents: évoquer des situations, mais à distance et comme en modèle réduit.

La partition musicale, quant à elle, se déploie autour des deux autres mondes de la pièce que sont les Orties (Saïd, Leila et la Mère), et le monde des morts. Les Orties portent autour d’eux un univers de vibration électronique, une masse pulsatoire qui les accompagne et découpe l’espace autour d’eux, comme pour les isoler. Dans le monde des morts, plus de son, plus de bruits, seule une variation orchestrale de clarinettes, de frottements d’anches et de percussions (lames et gamelans), qui laisse percevoir la suspension du temps, et se déploie au cours des trois derniers tableaux.

Thierry Fournier
avril 2002

La Mue de l’ange

création scénique en réseau, 2000

Création scénique en réseau, 1999-2000
Isabelle Choinière (chorégraphie et scénographie) et Thierry Fournier (dispositifs et musique interactifs)

La performance La Mue de l’ange propose un travail sur les projections et transformations parcourues par le corps à travers le réseau. Deux danseuses évoluent et dialoguent à partir de deux sites distants. Chacune des deux interprètes génére par sa danse l’ensemble des images et des sons de son environnement propre, qui sont également transmis à son interlocutrice. La création musicale de la pièce associe deux partitions entendues simultanément, générées par les danseuses en temps réel, puis échangées via le réseau – chaque site donnant à entendre une hybridation spécifique de ces deux formes.

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Synopsis

Le spectacle se déroule simultanément sur deux sites, reliés en réseau par internet et visioconférence. Sur chacun des deux sites se trouvent à la fois une interprète et un public. En permanence, les deux interprètes génèrent et échangent en temps réel les sons et les images qui proviennent de leur gestuelle. On peut donc voir et entendre chaque interprète, dans l’espace de l’autre. Cet échange les place dans une situation d’interaction constante et immédiate : entre leur corps réels, leurs projections dans l’espace sonore et visuel, et les transferts qui se produisent entre les deux sites. Toute gestuelle a une incidence directe et immédiate sur l’espace et le son qui l’entoure, mais également vers l’espace et le son du site distant – et réciproquement. L’ensemble se comporte comme une matrice, à entrées multiples. L’apparition dans le champ d’un autre acteur distant introduit une perturbation permanente, qui instaure la relation entre les deux interprètes et leur public dans un état d’équilibre instable, parfois sauvage. Ce “double électronique commun” se construit ainsi dans un temps accéléré, bouclé et suspendu. Le temps immobile de l’image se déplie ainsi dans une autre perspective temporelle, où l’accélération produit la trace d’une entropie devenue visible et active.

Nous avons construit une écriture composée, où les corps et leurs espaces se répondent et se stimulent à un niveau à la fois formel et organique. Il ne s’agit pas d’une écriture composite, constituée de niveaux chorégraphiques / musicaux / visuels / lumineux, mais plutôt d’une “construction de synthèse”, élaborée à partir des traces produites par le corps dans les situations de média que nous avons mises en oeuvre. Dans ce contexte, les domaines disciplinaires perdent de leurs contours. Le geste relève à la fois d’un mouvement dans l’espace, de l’organisation d’un flux lumineux, d’un geste instrumental, et de la composition d’une forme vidéo, transformée lue à distance. Nous parlons donc d’interprètes, au sens ouvert du terme. L’écriture se construit en parallèle, dans un ralenti permanent des situations de feedback produites par le dispositif.

La partition musicale et sonore est construite à partir d’éléments vibratoires et rythmiques, et des différentes manifestations du corps, de la voix et du souffle dans le mouvement. L’ensemble – oscillations, synthèse, traitement vocal – est à la fois généré et transformé par le geste, via un programme écrit spécifiquement pour le spectacle : la production sonore, ses timbres, ses intensités, sont dépendants de la gestuelle des interprètes dans l’espace, et de leur dialogue via le réseau. Les voix et le geste sont captés par un ensemble de micros placés sur le corps. Ces données sont échangées en temps réel entre les deux sites. Dans ce système, le geste contrôle à la fois la production des matériaux sonores, mais également le traitement et la spatialisation de la voix même de l’interprète. La visioconférence prend en charge pour sa part l’échange des traitements vidéo des images, ainsi que la diffusion en duplex du son et de la musique.

Ce système d’interrelations se déploie progressivement au cours du spectacle, commençant par un ensemble de traces vocales dans un espace indéterminé, pour se terminer par une section où le seul matériau instrumental est constitué par les feedbacks sonores produits entre les micros des interprètes et les hauts-parleurs qui les entourent – situation où le mouvement et la position dans l’espace constituent l’origine unique de la production sonore : la relation entre le corps et l’espace devient ici un instrument. A l’issue du spectacle, c’est le son du public lui-même qui est capté et mis en boucle entre les deux sites, rendant sensible l’espace sonore de la transmission.

La structure de la musique est parcourue singulièrement par les interprètes à chaque représentation. Ce qui est entendu par le public résulte de l’intersection entre cette “partition virtuelle” et de ce qu’en font les interprètes. Nous avons ici fait le choix de maintenir le risque lié au dispositif technologique là où il fait sens pour le spectacle : dans la liberté de jeu donnée aux interprètes. Le choix des micros correspond à cette volonté : extrêmement polyvalents, ils peuvent être utilisés, par l’interprète lui-même, dans une très large palette de situations adaptées au concept d’ensemble. L’élaboration du langage instrumental de la pièce se construit à partir du geste, et des différents détournements possibles du même outil : captation de la vitesse du mouvement, enregistrement des sons du corps, parole, chant, son du geste, résonance de l’espace, feed-back, percussion, etc.

Le mouvement est ainsi capté sous forme de données (lorsque le micro est utilisé en tant que capteur) et simultanément dans ses caractéristiques physiques et sensuelles – via le son transmis par le micro lui-même. Le danseur intervient de la voix, du souffle, il devient attentif au son qu’il produit lui-même, comme s’il jouait d’une “caméra sonore” retranscrivant le mouvement de son corps dans l’espace, et que ce mouvement devienne à son tour partie intégrante de la musique. Les micros sont également utilisés comme canaux de génération sonore, dans le cas des feedbacks produits par leur voisinage avec les hauts-parleurs. La position du corps dans l’espace a alors la double vocation de déclencher le feedback, et de contrôler en permanence sa qualité, son intensité et ses nuances. La gestuelle devient spécifiquement instrumentale, en résultant très finement du mouvement dans un espace chargé de tensions.

Isabelle Choinière et Thierry Fournier, Montréal, 2000