Sous-ensemble

installation, 2015

Installation (2015)

Dans un espace semblable à un studio de musique déserté (pieds de micros, enceintes, câbles…), la présence des spectateurs fait apparaître le son d’un orchestre symphonique qui s’accorde, instrument par instrument. L’accordage ne s’arrête jamais : l’orchestre peut parfois se reconstituer lorsqu’un groupe est présent mais le son demeure en suspens, naissant et disparaissant au gré du comportement des spectateurs.

Dans cette relation en miroir entre les visiteurs et les musiciens absents, on expérimente l’apparition d’un moment collectif, à travers l’archétype qu’en constitue un orchestre. D’autres visiteurs pourraient entrer, la musique pourrait commencer, mais elle reste au seuil. Le collectif demeure « en formation ».

Avec la collaboration de l’Orchestre national de Lille. Ingénierie, son et collaboration artistique : Jean-Baptiste Droulers. Programmation informatique : Mathieu Chamagne. Dispositif de captation : Alexandre Saunier. Tournage trailer : Emmanuel Simiand. Production : Bipolar / Mathieu Argaud. Production déléguée : SMartFr / illusion & macadam. Coproduction : Lille3000 / Festival Renaissance, Orchestre National de Lille, Pictanovo. Avec le soutien du DICRéAM (Ministère de la Culture et de la Communication / CNC) et du Fresnoy – Studio National des arts contemporains. Photographie orchestre © Ugo Ponte 2015

Noli me tangere

installation, 2013

installation, 2013

Un mur de hauts-parleurs et un microphone génèrent un larsen massif et saturé, au fur et à mesure que les visiteurs s’en approchent, passant progressivement d’une masse vibratoire d’infrabasses vers des fréquences plus aigües.

Comme un organisme vivant, le dispositif répond au moindre déplacement des visiteurs par une intense réaction sonore ; le comportement du spectateur devient la source même de ce qui le repousse.

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Hotspot

installation, 2011

installation, 2011

Sous les pas des visiteurs, des débris de verre jonchant l’ensemble de l’espace d’exposition craquent sur le sol. Amplifié et déformé, leur son est retraité par un programme qui les associe à des de bandes-son de films- catastrophe, choisis au hasard dans une banque de données. L’installation forme un « théâtre d’opérations » dérisoire, dans un environnement porteur de menaces dont les spectateurs sont à la fois observateurs et protagonistes actifs : un storytelling en expérimentation. Associant matériaux bruts, vidéo, son, interactivité et cinéma, elle engage le corps et le spectateur et prolonge une réflexion sur les relations entre art et politique, fiction et documentaire, déployée ici dans une pratique in situ.

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Hotspot a été créé en 2011 à Contexts, en collaboration avec l’atelier de recherche et création Electroshop (Ensa Nancy) et Jean-François Robardet. Réunissant trois professionnels de la médiation (Pierre Marsaa, Anastassia Makridou – Bretonneau, Mari Linnman), Contexts propose dans un même lieu un bureau d’études, une agence de production / diffusion et un espace d’exposition.

Avec la collaboration de Vanessa Hérault (student at the École nationale supérieure des Mines de Nancy), Florent Camus, Léa Chambe, Thibault Dumontet, Elsa Gauthier, Laure Goujard, Marie Laurent, Benoît Le Quan, Maxime Pellerin, Deborah Ruffinoni, Pauline Soudier, Lucile Villeneuve (ICN Business School), et les étudiants de l’atelier de recherche et création Electrohop. Coproduction: Artem, École nationale supérieure d’art de Nancy, Contexts, Pandore Production.

Set-up

installation sonore, 2011

Installation sonore, 2010-2014

L’installation délivre des ordres aux visiteurs par l’intermédiaire d’une voix semblable à celle d’une compagnie aérienne : « tout va bien se passer, merci », « tous à terre, merci », etc. En jouant sur l’ambiguïté entre œuvre, médiation inutile et message de service, l’œuvre évoque ironiquement le fantasme d’un contrôle des spectateurs.




Les textes comprennent de citations proposées par Jean-François Robardet.
voix : Juliette Fontaine.

Sirène

installation, Samuel Bianchini et Thierry Fournier, 2005-2010

Installation, 2005-2010
Samuel Bianchini et Thierry Fournier
avec la voix de Maryseult Wieczoreck

Sur un écran noir figure un point blanc qui suit le toucher du spectateur. Sans activité, le dispositif diffuse un son de souffle humain à peine perceptible. En déplaçant le point, une voix féminine se manifeste ; les sons qu’elle émet se déploient selon les mouvements de la main, s’accélèrent ou ralentissent, circulent ou stationnent.

La voix passe du souffle au murmure, du chant au cri ; explorée dans sa matière même par le geste, elle réagit à lui et, dans le même temps, l’appelle. Cette navigation à l’aveugle ouvre un dialogue qui appelle à la fois le geste instrumental et la caresse. Un corps sonore se déplie et s’étend selon l’exploration tactile qui en est faite, mais dont l’interprétation, tant sensuelle qu’intellectuelle, est offerte au spectateur.

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Frost

performance, Thierry Fournier et Jean-François Robardet, 2008

Performance, 2008
Thierry Fournier (dispositif interactif et protocole de performance) / Jean-François Robardet (sculpture et texte). Cycle de performances Conférences du dehors.

Frost consiste à parcourir une sculpture composée d’un ensemble de blocs de polystyrène avec un micro, face à un amplificateur en limite permanente de larsen. Traité par un programme qui en amplifie les détails, le son est joué par le geste du performer qui le module et en excite les résonances en parcourant la sculpture. Les son que provoque le performer deviennent la métaphore sonore d’un paysage polaire et d’une architecture. Le geste résulte à la fois du jeu et de la résistance indispensable aux menaces sonores du dispositif, comme une survie en milieu hostile.

La performance est née d’une légende urbaine transmise par Pauline Cunier-Jardin à Jean-François Robardet, relatant que de jeunes chômeurs finlandais choisissaient d’aller garder les rennes dans la toundra pour trouver du travail. Certains, ne résistant pas à la solitude, se suicidaient en partant marcher la nuit, nu dans la neige.

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Point d’orgue

installation, 2009

installation, 2009

Dans la vitrine d’une galerie, une caméra filme la rue. Son image est projetée dans la salle, sur un écran derrière elle. Au repos, cette image n’est qu’un miroir de l’extérieur. Cependant, lorsqu’un visiteur pénètre dans la galerie, la vitesse de la vidéo et du son s’ajustent à la sienne propre, jusqu’à se geler entièrement s’il s’arrête ; si le visiteur se remet en mouvement, la vidéo déroule alors les évènements écoulés et se resynchronise progressivement avec l’extérieur. L’ensemble se déroule sous le regard des passants eux-mêmes pris dans l’image, et observateurs de ceux qui manipulent leur propre temporalité. A travers une expérience de « profondeur de temps » et l’illusion de pouvoir suspendre le cours du réel, s’instaure une boucle généralisée d’interaction collective.

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Point d’orgue a été créée en octobre 2009 dans le cadre d’une résidence à Kawenga (Montpellier).

Step to step

installation, 2008

Installation, 2008

Face à un cours de step donné par un coach en musique, un socle blanc disposé dans la salle invite à en imiter les gestes. Cependant, dès qu’un visiteur pose un pied sur le socle, la vitesse de la vidéo se ralentit, jusqu’à se geler presque entièrement s’il y monte de tout son corps. Un bouclage s’instaure, dans la double contrainte d’une imitation impossible. L’action se transfère vers le spectateur, « mis en œuvre » sur son socle, conduit à une perception aigüe de sa propre temporalité.

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Ready mix

performance, Thierry Fournier et Esther Salmona, 2008

Performance, 2008
Esther Salmona et Thierry Fournier – Série de performances Conférences du dehors. Avec Emmanuelle Lafon

L’interprète joint par téléphone Esther Salmona, artiste et auteur. Celle-ci suit un protocole qui consiste à ne rien modifier de son emploi du temps habituel, et à répondre quelle que soit son activité. Peu de paroles sont échangées : Esther Salmona communique en continu les sensations et perceptions immédiates de la situation dans laquelle elle se trouve. Sa voix est retransmise sur un haut-parleur. L’actrice construit sa propre intervention en écho avec ce dialogue : déplacements, interpellations, mises en relation entre l’espace de jeu et l’espace de son interlocutrice.

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Captation du 26 octobre 2008

Oui?
(oui Esther t’es ou?) oui je suis à Marseille à Grand Littoral
est-ce que tu sais
(où ça?) ce que c’est que
(oui) Grand Littoral Grand Littoral c’est un des plus grands centres commerciaux d’Europe ça veut dire que là je suis sur le parking de grand littoral et ça veut dire que devant moi derrière moi sur les côtés partout il y a des piliers j’ai une forêt de piliers tout autour de moi des piliers qui sont bleus d’un côté et orange de l’autre (mais c’est dans la ville?)
là je suis en fait
(c’est en plein centre ville?) à l’é…à l’extérieur de la ville là je suis en fait
il y a un no man’s land tout autour pour y arriver et là je suis dans un parking immense
(tu es venue en voiture?)
et en bas en bas d’un pilier il y a euh des hauts-parleurs
(en bas d’un pilier il y a des hauts-parleurs? tu es là?) (tu m’entends?)
(allo?)
il y a une espèce de musique sucrée orientale en fait et et tout à l’heure c’était euh c’était du flamenco en fait il pleut et il faut super froid eueueuh voilà y a un étage au dessus il y a deux étages de parking
et il y a la pluie qui tombe sur des plantes euh des des plantes tropicales qui sont complètement trempées et je vois les les rafales de de vent là c’est assez c’est assez violent il fait super froid il y a des il n’y a plus beaucoup de voitures en fait là eueueueueh à peu près moins de la moitié du parking tout le monde s’en va et les magasins sont en train de fermer
y’a des néons blancs des néons qui clignotent en fait il y a des voitures, il y a des types qui quand ils… quand ils partent du parking on voit des des qui clignotent des voitures qui clignotent toutes seules en fait parce que les types ils sont à trente quarante mètres et ils appuient sur le bouton et ça fait ça fait ça ouvre la voiture en fait ouh, il y a des flaques d’eau il y a une voiture qui arrive
alors là j’arrive euh près du bâtiment c’est marqué C et A
assez grand et assez haut euheuh il y a des marques des des logos de marques en fait des des espèces de de petits euh de petites passerelles qui passent de la de la surface supérieure du parking aux aux entrées du centre commercial là j’arrive il y a des enfants qui sortent jeuheuheuh
alors il y a une porte il y a une double porte en fait c’est des portes qui s’ouvrent toutes seules là celle qui est devant moi il y a des gardiens trois gardiens sur le côté j’ai super chaud il y a un vent chaud je je rentre dans le dans le centre commercial il y a trois trois gardiens là qui discutent les magasins sont à peu près fermés oh là là là alors là je rentre je vois les deux étages en fait et il y a un plafond rose rose saumon euh et
(tu es au rez-de-chaussée?)
voilà je suis je suis au rez-de-chaussée ouais ouais il n’y a rien en dessous en fait ça donne sur la colline c’est assez large c’est une grand euh une grande rue et donc le plafond est blanc et rose saumon et il est percé en fait au premier étage et il y a des palmiers et des euh, c’est des fleurs en plastique ça ? euh ah non c’est des ficus et des palmiers vraiment la végétation tropicale là un super haut palmier qui va jusqu’ alors là au dessus ça se reflète en fait il y a des il y a des vé des vérandas voilà mais il fait complètement nuit donc du coup je vois mon reflet là euh au plafond et euh donc il y a un quick là un quick qui est encore ouvert il y a des gens qui attendent il n’y a presque plus personne en fait euh ça c’est un magasin de chaussures a une nana qui passe qui passe l’aspirateur ah elle le range c’est c’est terminé alors il y a des grands euh alors là c’est énorme mais je suis vraiment toute seule en fait dans cette ah si y’a un type qui arrive tout au loin là il y a des escalators qui marchent il y a les magasins avec pas mal de fringues euh euh grises avec des des bijoux ça brille dans dans tout les sens et c’est des trucs pour nanas avec des petits cœurs partout alors là c’est fermé mais la musique en fait que t’as entendu à l’extérieur elle continue à l’intérieur c’est les les le même euh
(ah oui à l’extérieur c’est pour ça ?)
le même morceau
(est-ce que tu peux nous la faire écouter un peu plus?)
ah oui oui oui alors je suis dessous un
un haut-parleur en même temps ils sont super haut parce que pareil hein on est à la même hauteur que euh que le que le parking
j’essaye de t’en trouver un là je vois aussi mon reflet au au plafond là il y a deux types que j’ai croisé tout à l’heure il y a un point info
alors « Petits Petons » c’est encore ouvert c’est des chaussures pour enfants
là il n’y a plus de musique du tout en fait il n’y a plus de haut-parleurs ah j’arrive alors là j’ai fait un petit euh un petit détour c’est c’est bizarre on se perd beaucoup en fait on perd la notion de de l’espace il y a encore des ouvertures dans le premier étage avec des palmiers super hauts il y a très peu si il y a du monde là j’arrive oh là là alors ça c’est Carrefour c’est énorme quoi alors c’est plus sous le même éclairage c’est que des néons c’est énorme
(tu peux rentrer ou c’est fermé?)
il y a un gardien qui arrive ouais je pense non il y a encore du monde il n’y a pas beaucoup de monde aux caisses mais euh mais je vais rentrer je vais passer par le je sais pas si je vais me faire choper par le par le gardien je vais passer par dessus la le la rambarde ah non je vais passer par là
bonsoir (bonsoir)
(t’es passé par où?)
alors là j’arrive dans les fromages rapés et là je suis passée en fait dans une caisse euh mais dans le sens inverse
il y a un petit garçon qui attend euh sur le il y a du vico des patates il y a pas mal de trucs en plastique dans dans son dans le caddie il y a sa maman qui s’est acheté des soutiens-gorges ah j’arrive là j’arrive dans le rayon fromage et il faut super froid il y a des gens qui qui se tâtent là ils hésitent entre le entre le le président ou le le rustique j’arrive il y a encore du monde en fait à la à la coupe alors ça fait c’est aussi grand que le parking en fait
(ouais
il faut que tu maintiennes bien le micro devant……..toi)
ah pardon pardon il y a plein de fromages rapé en promotion et il y a des des tonnes des tonnes de de bière là euh ah ça monte aussi au au premier étage ah j’arrive au champagne je je ressors du des cubis des cubis énormes ça n’arrête pas
(et comment tu montes avec euh un escalator?)
oh c’est c’est trop loin en fait l’escalator il est en pente ouais il monte au premier étage en fait tu sais le carrefour il est sur deux étages je ressors là devant le gardien ça va il me voit pas il n’y a plus de musique du tout même dans carrefour le sol c’est une imitation de de faux marbre avec une reprise des des motifs où il y a les plantes en fait en noir une espèce d’amande comme ça au sol ah il y a un une nana qui est en train de manger quelque chose il y a Paul elle travaille chez Paul là un morceau de tout est rangé les tables sont sur les les chaises sont sur les tables
ah il y a il y a il y ah il y a quelqu’un qui fait dérouler quelque chose là il y a trois flics qui passent police
ils sont en train de vérifier là il y a une femme des hommes il y a un gars qui lui dit quelque chose il fait des gestes avec les doigts il désigne par là où je suis
l’autre il ouais il part vers là où je suis non il fait la bise à la nana en fait
enfin j’arrive devant euh Mac Donald là c’est encore ouvert par contre il y a vache de monde
il y a il y a un caddie mais plein devant là complètement plein c’est que des sacs des sacs partout il y a des gardiens encore à la sortie là
(Esther)
il y a une dame qui fait la mendicité et toi Emmanuelle tu es où?
(moi je suis là) ok je coupe.

Photographies par Frédéric Nauczyciel et Alexandre Nollet.

A domicile

performance, 2008

performance, 2008
Série de performances Conférences du dehors, avec Emmanuelle Lafon.

La circulaire du 21 février 2006, éditée par le Ministère de l’intérieur, fixe les conditions d’arrestation légale des étrangers en situation irrégulière. Ces arrestations devant se dérouler à l’extérieur, elle légifère sur ce qui peut être considéré comme un domicile ou non : cour d’immeuble, yacht de plaisance, bloc opératoire… Une vidéoprojection fait dérouler le texte de la circulaire comme le générique d’un blockbuster, accompagné d’une musique caractéristique du genre. L’interprète se place face à la projection et en répète le texte. Son visage apparaît en surimpression, pixellisé comme pour un témoignage anonyme qui dégénère dans une confrontation avec le dispositif. L’ensemble met à jour la fiction guerrière qui nourrit la pensée des auteurs du texte : violence qui contamine progressivement celle de l’interprète, jusqu’à l’explosion.

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Pour consulter le PDF intégral de la circulaire (950 Ko) : Circulaire du 21-02-2006. La particularité de ce texte est que, ces arrestations devant se dérouler à l’extérieur, elle légifère donc sur tout ce qui peut être considéré comme un domicile ou non : appartement, cour d’immeuble, yacht de plaisance, logement détruit par un incendie, bloc opératoire, etc. C’est dans cette perspective qu’ont été sélectionnés ses extraits qui mettent en évidence cette distinction.

L’interprète déroule ainsi la lecture du texte, dans une disposition de « circuit fermé » au sens littéral du terme, comme si l’ensemble constitué par l’ordinateur, le micro, l’ampli et la projection générait l’ensemble du contenu, sa transformation et sa propre fiction. Le texte est traité comme le générique d’un blockbuster qui aurait nourri la pensée de son auteur, et contamine progressivement l’interprète jusqu’à l’extrême violence. La voix de l’actrice se transpose lentement dans les graves au fur et à mesure que le texte énumère les lieux possibles d’arrestation, et l’équilibre se rompt à l’instant où, dotée d’une voix de monstre ou de Dark Vador, attaque littéralement l’ampli à coup de micro, la transposition du larsen produisant des sons extrêmement violents d’explosions et de grenades. Après une attaque brève et intense, la musique quitte le domaine du champ de bataille pour aborder le registre de la rédemption caractéristiques des finales de films de guerre, et la lecture de la circulaire s’achève avec ses deux dernières parties : l’énonciation qu’un bloc opératoire est éligible comme lieu d’arrestation, et la liste des destinataires administratifs de la circulaire.

Photographies par Frédéric Nauczyciel et Alexandre Nollet.

Conférences du dehors

série de performances et commissariat, 2008

Série de 7 performances, 2008, avec Emmanuelle Lafon
Création en résidence et produit par La Chartreuse, Centre National des Ecritures du spectacle.

Conférences du dehors comprend les performances : Circuit fermé, Ministère de l’extérieur (auteur invité David Beytelmann), La Bonne Distance (auteure invitée Noëlle Renaude), Ready mix (artiste invitée Esther Salmona), A Domicile, Frost (artiste invité Jean-François Robardet), Sentinelle 1.0 (artiste invitée Juliette Fontaine).

La notion d’accès (aux richesses, aux frontières, au travail, à l´éducation, à l’image…) traverse toutes les situations contemporaines, intimes et collectives. Le libéralisme généralisé ne permet plus de se tenir hors de son champ, et l’une des conséquences paradoxales de ce “monde sans dehors” est que la notion même de dehors est devenue omniprésente. Réunissant plusieurs artistes et auteurs invités pour une seule interprète aux statuts multiples, la série de performances Conférences du dehors explore cette notion en modèle réduit, dans une proposition à la fois noire, électrique et burlesque. Ce “théâtre d’opérations” s’inscrit dans une démarche générale d’interrogation sur les rapports entre écriture, arts plastiques et formes performatives : notion de dispositif, mise en jeu du spectateur, choix critique des espaces de représentation.

Circuit fermé, performance, avec Emmanuelle Lafon, Lelabo, Paris, 2007

Photographies par Frédéric Nauczyciel et Alexandre Nollet.

Feedbackroom

installation interactive, 2007

Installation interactive, 2007

Feedbackroom forme à la fois une installation interactive et un espace de performances. Un micro sur pied, au centre d’une salle obscure, réagit par des larsens hurlants et saturés à la présence et aux mouvements des visiteurs. Chaque geste ou déplacement module le son, instaurant à la fois une sensation accrue de son propre corps, et celle d’un organisme dangereux habitant l’espace. La salle est intégralement noire : seuls les corps qui la traversent sont accompagnés de leurs ombres en négatif, blanches, vibrantes et pixellisées, trace électronique du son qu’ils génèrent. Le dispositif évoque à la fois une “poursuite” de spectacle et un dispositif de surveillance et de conflit.

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Coproduction Ecole nationale supérieure d’art de Nancy / Atelier de recherche et création Electroshop / Alliance Artem. Feedbackroom a donné lieu à la publication d’un DVD, édité en 2009 par les Éditions du Point d’exclamation et les Éditions du Parc / ENSA Nancy.

Ce qui nous regarde

installation, Emmanuel Berriet et Thierry Fournier, 2005

Installation, 2005
Emmanuel Berriet et Thierry Fournier

L’installation Ce qui nous regarde propose un dispositif à travers lequel le public laisse des traces de son passage, interroge des mots et des images, et se voit questionné en retour. Face à un écran panoramique, la présence et le mouvement des spectateurs provoque l’apparition d’un très grand nombre de questions et de fragments de textes.

Par les textes et citations qu’ils font apparaître, et par la cohabitation qu’ils génèrent entre les éléments, ils commentent et interrogent douze vidéos faites d’images quotidiennes, de citations de films, d’écrivains, autour de la question du développement et des équilibres politiques. L’ensemble constitue un dispositif hybride entre projet de curatoriat, cinéma et installation interactive.

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Vers Agrippine

pièce musicale et performance, 2004

Pièce musicale et performance, 2004
Avec les voix de Hiromi Asaï et Véronique Gens.

Vers Agrippine prend pour point de départ l’opéra Agrippina de Haendel. Elle déploie un principe de “profondeur de temps”, à travers une navigation physique dans la temporalité de la musique. Un geste extrêmement lent de la main dessine un parcours parallèle sur trois têtes de lecture : les trente premières secondes de l’ouverture de l’opéra, la première phrase parlée (récitatif) et la première phrase chantée. Ce parcours au ralenti dans la matière de l’orchestre et de la voix laisse apparaître une autre musique, qui se déploie à la fois dans un intérieur microscopique et comme dans l’approche aérienne d’un paysage.

Commande musicale du Studio-Théâtre de Vitry et de Frédéric Fisbach en 2004. Photographie Frédéric Nauczyciel.

Electric Bodyland

installation sonore, 2003

installation sonore, 2003

L’espace de Electric Bodyland est vide. Chaque mouvement ou déplacement d’un visiteur produit une navigation à l’intérieur d’une pièce musicale électronique qui se compose, se mixe et se spatialise au gré des manifestations du corps. Individuellement ou collectivement, les spectateurs explorent et jouent leur propre version d’une partition ouverte, dans une sculpture sonore qui se parcourt dans le vide, par le milieu, et de l’intérieur.

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La Mue de l’ange

création scénique en réseau, 2000

Création scénique en réseau, 1999-2000
Isabelle Choinière (chorégraphie et scénographie) et Thierry Fournier (dispositifs et musique interactifs)

La performance La Mue de l’ange propose un travail sur les projections et transformations parcourues par le corps à travers le réseau. Deux danseuses évoluent et dialoguent à partir de deux sites distants. Chacune des deux interprètes génére par sa danse l’ensemble des images et des sons de son environnement propre, qui sont également transmis à son interlocutrice. La création musicale de la pièce associe deux partitions entendues simultanément, générées par les danseuses en temps réel, puis échangées via le réseau – chaque site donnant à entendre une hybridation spécifique de ces deux formes.

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Synopsis

Le spectacle se déroule simultanément sur deux sites, reliés en réseau par internet et visioconférence. Sur chacun des deux sites se trouvent à la fois une interprète et un public. En permanence, les deux interprètes génèrent et échangent en temps réel les sons et les images qui proviennent de leur gestuelle. On peut donc voir et entendre chaque interprète, dans l’espace de l’autre. Cet échange les place dans une situation d’interaction constante et immédiate : entre leur corps réels, leurs projections dans l’espace sonore et visuel, et les transferts qui se produisent entre les deux sites. Toute gestuelle a une incidence directe et immédiate sur l’espace et le son qui l’entoure, mais également vers l’espace et le son du site distant – et réciproquement. L’ensemble se comporte comme une matrice, à entrées multiples. L’apparition dans le champ d’un autre acteur distant introduit une perturbation permanente, qui instaure la relation entre les deux interprètes et leur public dans un état d’équilibre instable, parfois sauvage. Ce “double électronique commun” se construit ainsi dans un temps accéléré, bouclé et suspendu. Le temps immobile de l’image se déplie ainsi dans une autre perspective temporelle, où l’accélération produit la trace d’une entropie devenue visible et active.

Nous avons construit une écriture composée, où les corps et leurs espaces se répondent et se stimulent à un niveau à la fois formel et organique. Il ne s’agit pas d’une écriture composite, constituée de niveaux chorégraphiques / musicaux / visuels / lumineux, mais plutôt d’une “construction de synthèse”, élaborée à partir des traces produites par le corps dans les situations de média que nous avons mises en oeuvre. Dans ce contexte, les domaines disciplinaires perdent de leurs contours. Le geste relève à la fois d’un mouvement dans l’espace, de l’organisation d’un flux lumineux, d’un geste instrumental, et de la composition d’une forme vidéo, transformée lue à distance. Nous parlons donc d’interprètes, au sens ouvert du terme. L’écriture se construit en parallèle, dans un ralenti permanent des situations de feedback produites par le dispositif.

La partition musicale et sonore est construite à partir d’éléments vibratoires et rythmiques, et des différentes manifestations du corps, de la voix et du souffle dans le mouvement. L’ensemble – oscillations, synthèse, traitement vocal – est à la fois généré et transformé par le geste, via un programme écrit spécifiquement pour le spectacle : la production sonore, ses timbres, ses intensités, sont dépendants de la gestuelle des interprètes dans l’espace, et de leur dialogue via le réseau. Les voix et le geste sont captés par un ensemble de micros placés sur le corps. Ces données sont échangées en temps réel entre les deux sites. Dans ce système, le geste contrôle à la fois la production des matériaux sonores, mais également le traitement et la spatialisation de la voix même de l’interprète. La visioconférence prend en charge pour sa part l’échange des traitements vidéo des images, ainsi que la diffusion en duplex du son et de la musique.

Ce système d’interrelations se déploie progressivement au cours du spectacle, commençant par un ensemble de traces vocales dans un espace indéterminé, pour se terminer par une section où le seul matériau instrumental est constitué par les feedbacks sonores produits entre les micros des interprètes et les hauts-parleurs qui les entourent – situation où le mouvement et la position dans l’espace constituent l’origine unique de la production sonore : la relation entre le corps et l’espace devient ici un instrument. A l’issue du spectacle, c’est le son du public lui-même qui est capté et mis en boucle entre les deux sites, rendant sensible l’espace sonore de la transmission.

La structure de la musique est parcourue singulièrement par les interprètes à chaque représentation. Ce qui est entendu par le public résulte de l’intersection entre cette “partition virtuelle” et de ce qu’en font les interprètes. Nous avons ici fait le choix de maintenir le risque lié au dispositif technologique là où il fait sens pour le spectacle : dans la liberté de jeu donnée aux interprètes. Le choix des micros correspond à cette volonté : extrêmement polyvalents, ils peuvent être utilisés, par l’interprète lui-même, dans une très large palette de situations adaptées au concept d’ensemble. L’élaboration du langage instrumental de la pièce se construit à partir du geste, et des différents détournements possibles du même outil : captation de la vitesse du mouvement, enregistrement des sons du corps, parole, chant, son du geste, résonance de l’espace, feed-back, percussion, etc.

Le mouvement est ainsi capté sous forme de données (lorsque le micro est utilisé en tant que capteur) et simultanément dans ses caractéristiques physiques et sensuelles – via le son transmis par le micro lui-même. Le danseur intervient de la voix, du souffle, il devient attentif au son qu’il produit lui-même, comme s’il jouait d’une “caméra sonore” retranscrivant le mouvement de son corps dans l’espace, et que ce mouvement devienne à son tour partie intégrante de la musique. Les micros sont également utilisés comme canaux de génération sonore, dans le cas des feedbacks produits par leur voisinage avec les hauts-parleurs. La position du corps dans l’espace a alors la double vocation de déclencher le feedback, et de contrôler en permanence sa qualité, son intensité et ses nuances. La gestuelle devient spécifiquement instrumentale, en résultant très finement du mouvement dans un espace chargé de tensions.

Isabelle Choinière et Thierry Fournier, Montréal, 2000

Le Trésor des Nibelungen

installation interactive, avec O. Auber & E. Berriet, 2000

Installation interactive, 2000
Olivier Auber, Emmanuel Berriet, Thierry Fournier
Interprètes : Armelle Orieux (soprano), Laura Gordiani (alto), Jean-François Chiama (ténor), Eric Guillermin (basse).

L’installation interactive Le Trésor des Nibelungen est un des tous premiers exemples d’œuvres reposant intégralement sur l’expérience d’un espace virtuel. Elle a été conçue autour de la Chanson du Nibelungen (XXIIe s.) et du mythe auquel elle a donné naissance, qui constitue un monument invisible de l’histoire allemande et notamment de la ville de Worms où il se déroule. Conçue et réalisée par Olivier Auber, Emmanuel Mâa Berriet et Thierry Fournier, elle faisait partie intégrante du Musée du Nibelungen de Worms en Allemagne (conçu par Olivier Auber et Bernd Hoge) dont elle concluait la visite, et où elle a été exposée de manière permanente entre 2000 et 2008. 

L’installation postule que le trésor des Nibelungen, au-delà de son hypothétique existence matérielle, est plus certainement composé par l’ensemble des représentations auxquelles il a donné lieu pendant l’Histoire : de la littérature à la peinture en passant par la Tétralogie de Wagner. Les visiteurs voient la ville de Worms d’en dessous, comme si le sol était devenu transparent. Cet espace ouvert sous la terre est habité par l’ensemble des images suscitées par la légende et par une représentation des trois talismans principaux du trésor : l’anneau, l’épée et le sceptre – qui renvoient à la tripartition symbolique classique mise en évidence par Georges Dumézil.

L’espace virtuel se déploie par une projection à 360° autour des spectateurs, qui naviguent dans cet espace par l’intermédiaire d’une interface individuelle située au centre de la salle. L’ensemble des images, des sons et des musiques sont dotés de comportements qui réagissent en temps réel à la navigation du spectateur. C’est notamment le cas de la musique créée pour quatre solistes (soprano, alto, ténor, basse), électronique et programme temps réel, dont l’ensemble de la composition se crée intégralement en direct au fil des parcours dans l’espace. Intégralement processuel, le dispositif compose aussi bien l’électronique et la spatialisation des sons que les partitions vocales, à partir de micro-fragments enregistrés avec les musiciens.

À travers ce parcours dans l’espace qui appelle ainsi à un geste instrumental de la part du visiteur, se construit une expérience temporelle et individuelle de circulation continue dans le temps, l’écriture, les images et la musique – et par là même une remise en jeu et en perspective de ces représentations.

Extraits de captations musicales :

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Photographies © Oivier Auber, Emmanuel Mâa Beriet & Thierry Fournier, 2000

Core

Création musicale, 1999

Création musicale, 1999
Avec la voix d’Alyson Wishnousky

Core a été composée à partir d’une série de conversations enregistrées à Montréal avec Alyson Wishnousky (danseuse et performeuse) qui parle de la sensation qu’elle éprouve dans le mouvement. Une écriture s’est élaborée à partir de sa voix et d’un ensemble d’oscillations saturées, filtrées, autour d’une pure notion de mise en vibration et en déplacement, du passage de l’immobilité au mouvement. Core est jouée en concert sur ordinateur et sherman.

(…) it’s all about time and movement and space they all form the same patterns together at the same time so it makes the heart beat faster and the breath speed up and the body warm up and it generates heat like fire so thats where the movement and gestures relate (…) its all about air and breath and breath generates life and allows more space opens up more space in the body in the pores enters air and water and fire they mingle a continuous spiralling of the spine spiral waves waves continuous waves (…)

Extraits


Photographie : performance avec Emmanuel Berriet, ISEA / Divan du monde, 2000