La Sonde

Projecteur lumineux, caméra, écran, diffusion sonore, ordinateur, programme, câbles
Création dans le cadre de L’Art dans les chapelles, chapelle Notre-Dame du Moustoir, Malguénac, 18 juillet – 22 septembre 2020.

Un dispositif robotisé semblable à un projecteur tourne sur lui-même, lentement, explorant l’espace autour de lui. Il projette un rectangle très intense de lumière blanche qu’il déplace sur toutes les parois et les objets. Il porte aussi une caméra, qui filme exactement ce qu’il éclaire. Son image est retransmise sur un grand écran, posé à proximité contre un mur, comme une peinture : on voit ce qu’il voit.

Il parle, d’une voix de synthèse, comme pensant à voix haute et tentant de décrire ce qui l’entoure. Il cherche, s’arrête sur les détails, essaie de comprendre l’espace et les objets, s’interroge sur ce lieu et sa signification mais aussi sur son propre statut et sa perception. Parfois, il semble réagir à la présence des humains.

La Sonde installe ainsi dans un espace la fiction d’une entité non humaine et vivante qui l’habiterait, comme une force artificielle et panoptique. Le dispositif peut aussi évoquer l’attente d’ordre religieux que nous entretenons à l’égard des technologies, et notamment de l’intelligence artificielle, dont le motif récurrent est le dépassement des capacités humaines.

Le langage de l’œuvre convoque plusieurs registres, des dispositifs de surveillance aux images d’apparitions miraculeuses dans la peinture classique, où l’irruption d’un rai de lumière représente souvent le surgissement du divin ou une révélation. Ici, la direction de la lumière est inversée : au lieu de venir de l’extérieur, elle surgit de l’intérieur, comme si l’espace s’était retourné pour devenir le théâtre d’une apparition et d’une interrogation sur le visible.

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Production l’Art dans les chapelles
Avec la collaboration d’Etienne Landon, ingénierie et programmation informatique. Merci à Ben Kuperberg.

Entretien avec Camille Martel pour L’Art dans les chapelles

Pouvez-vous nous parler de votre pratique ?

Mon travail s’intéresse principalement à des questions d’altérité, au sens large. Je mets parfois en jeu des relations entre les personnes, mais surtout, nos relations avec le reste du vivant et au-delà : tout ce que nous percevons comme étant doté de conscience, voire d’intention. Cela comprend aussi les formes non-vivantes ou technologiques auxquelles nous sommes confrontés, et à qui nous pouvons parfois prêter aussi une intentionnalité. Je m’intéresse à l’ethnologie, à la pensée d’un environnement beaucoup plus large autour de nous, aux formes comme l’animisme qui prête une conscience à tous les êtres vivants, aux objets et aux éléments.

Mais je travaille toujours à partir de l’humain, et de sa perception. A partir de la relation que nous entretenons nous-mêmes avec ces choses. Cela veut dire que certaines de mes pièces sont dotées de comportements, et font appel pour cela à des programmes. Ces dispositifs peuvent être très simples comme l’installation Just in case qui est exposée en ce moment aux Bains-Douches à Pontivy, où un écran se demande en permanence si ceux qui le regardent sont humains (il les remercie lorsqu’il semble avoir vérifié), ou plus complexes, comme ici à Malguénac.

Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec la chapelle ?

Je travaille beaucoup in situ. Je suis architecte de formation, j’ai une relation très forte avec cette question. Ma première visite à la chapelle, s’est passée lors de l’édition 2019 de l’Art dans les chapelles, car je savais que j’étais invité l’année suivante, mais sans savoir où. J’avais été plutôt intéressé par les chapelles ayant des espaces assez dénudés, dont la présence spatiale est très forte. C’est le cas de Malguénac, avec ses grandes voûtes blanches qui forment comme une coque.

Ensuite, dès le mois d’octobre, j’ai conçu l’idée principale du projet, qui s’est imposée comme une évidence. J’ai tout de suite pensé à l’idée d’une entité, qui occuperait le centre de la chapelle, et qui l’explorerait pour tenter de la comprendre – un peu comme je l’aurais fait moi-même. Ensuite l’installation a trouvé son langage et sa forme, au fur et à mesure du travail, toujours à partir de cette idée initiale.

Pouvez-vous décrire l’installation ?

La Sonde se présente sous la forme de dispositifs posés sur des socles noirs, au sol, comme un appareil scientifique qui aurait atterri là, ou que l’on aurait posé pour faire des mesures. Elle comprend trois éléments principaux : un projecteur lumineux qui scrute l’espace, avec un rectangle de lumière très forte, et une caméra ; un écran qui diffuse l’image captée par la caméra ; et enfin une voix, diffusée sur une enceinte.

Le projecteur robotisé tourne sur lui-même, lentement. Il projette un rectangle de lumière blanche très intense qu’il déplace tout autour de lui, sur les parois, les voûtes, les objets, comme s’il essayait de comprendre le lieu, mais aussi de comprendre qui il est, et ce qu’il fait.

Il est accompagné d’une caméra, qui filme exactement ce qu’il éclaire, et dont l’image est retransmise sur un grand écran, posé contre le mur, juste à côté. Donc, on voit sur l’écran exactement ce que voient le projecteur et la caméra. Cet écran a un rôle assez particulier. Du fait qu’il est détaché ainsi, posée contre le mur, son image prend déjà une autonomie. Et comme elle est extrêmement détaillée, qu’elle voit beaucoup plus que nous, elle évoque souvent une peinture, très figurative lorsqu’on passe sur les sculptures ou les décors, et parfois très minimale lorsqu’on parcourt les murs ou les voûtes. C’est une peinture, mais qui serait en quelque sorte surhumaine, qui verrait là où nous ne pouvons pas voir, et qui verrait, aussi, davantage que nous.

Il parle, aussi ?

Oui, il parle, avec une voix de synthèse. Il pense à voix haute, comme si il essayait de décrire ce qu’il est, et ce qui l’entoure. Ce sont plutôt des interrogations, comme s’il était équipé pour tout voir et tout examiner, mais que cela ne fonctionnait jamais complètement. Comme un être vivant et pensant, il a sa part de dysfonctionnement, d’incompréhension, qui lui donne elle-même à réfléchir.

Il s’interroge beaucoup sur les figures, les sculptures humaines qu’il voit tout autour de lui. Il a compris qu’elles représentent davantage que des humains, mais il ne sait pas exactement quoi. Il a souvent l’impression qu’elles le regardent. Un peu comme s’il percevait lui-même qu’il y avait une autre présence dans la chapelle, ou que ces sculptures s’adressaient à la fois aux visiteurs et à une autre entité que lui.

Donc c’est aussi une interrogation sur le visible, sur ce qui peut exister derrière ce que l’on voit, et qu’une technologie, même très sophistiquée, ne verrait pas. Cela évoque aussi des questions de surveillance, qui serait exercée par une machine autonome. Parfois, elle donne l’impression de sentir que des humains sont entrés dans la chapelle, mais là aussi elle n’en est pas sûre.

L’installation renvoie aussi aux images d’apparitions miraculeuses dans la peinture classique, dans lesquelles c’est souvent l’irruption d’une lumière qui représente le surgissement du divin, ou une révélation. Ici, la direction de la lumière est inversée : au lieu de venir de l’extérieur, elle surgit de l’intérieur. Comme si l’image classique que l’on avait du divin, comme une force panoptique, omnisciente, qui voit tout, s’était tout à coup retournée comme un gant, et devenait une sorte d’alien, installé au cœur de la chapelle, qui regardait tout, qui surveillait tout, et qui pense devant nous. Cela peut aussi évoquer l’attente quasi religieuse que l’on nourrit vis-à-vis des technologies et notamment de l’intelligence artificielle, dont la perspective est toujours le dépassement de l’humain.

Pouvez-vous décrire le processus de création du projet ?

J’ai travaillé avec un ingénieur et développeur qui s’appelle Etienne Landon, avec qui j’ai réalisé la majeure partie de l’installation, et qui a adapté un logiciel. On est allés chercher un projecteur de spectacle qui tourne sur lui-même à 360 degrés. On a ajouté un cadre rectangulaire sur son objectif, au format de la caméra et de l’écran, un 16/9e vertical. On lui a greffé une caméra sur le front, comme un troisième œil, que l’on a enveloppé d’une coque noire que l’on a dessinée, et qu’Etienne a imprimée en 3D.

Les autres éléments visuels sont plutôt des « objets trouvés » : un ampli, et une enceinte sphérique noire, qui peut elle aussi faire penser à un oeil, un ordinateur, tous les câbles qui sont laissés à vue, en assumant leur caractère organique. C’est vraiment un corps.

Tous les éléments sont posés sur des socles noirs très bas, qui les protègent de l’humidité de la chapelle et qui en même temps leur confèrent cet aspect de dispositif technique, un peu comme ce que l’on ferait atterrir sur une autre planète pour effectuer des mesures, filmer, etc. Ensuite on a un logiciel adapté là aussi par Etienne, qui m’a permis d’enregistrer les mouvements du projecteur dans l’espace au fur et à mesure, en travaillant in situ, et en écrivant le texte, pendant ma semaine de résidence. J’étais seul, dans cette chapelle, et j’écrivais le comportement de cette entité, ce qu’elle disait, c’était une expérience assez incroyable.

Pourriez-vous nous parler aussi des références qui vous auraient accompagnées pendant votre démarche, ou même en amont ?

Je pense souvent à des réalisateurs comme Jonathan Glazer, David Cronenberg, Andrei Tarkovski. Au moment de travailler sur La Sonde je relisais Le Gai Savoir de Nietzsche. Je découvrais Les Métamorphoses d’Emanuele Coccia, et aussi Représenter la vision de Guillaume Cassegrain, qui traite justement de la manière dont on a figuré les apparitions miraculeuses dans la peinture italienne de la Renaissance.

Pour revenir à ce dernier point, c’est vraiment la question de la vision qui est au centre de ce projet, aux deux sens du terme, propre, et figuré. Qu’est-ce que le visible, qu’est-ce que l’on voit avec nos yeux humains, ou que pourrait-on voir avec d’autres yeux, que serait un umwelt radicalement différent du nôtre. Comment peut surgir une altérité fondamentale, qui me semble être une question centrale en art.

Penser voir

Pièce sonore (mp3, 9’47″, en boucle) sur le flux d’une webcam en temps réel (2018)
Voir la pièce en direct : www.acousticcameras.org/thierryfournier

Une caméra de surveillance filme une plage en direct. On imagine qu’elle est dotée d’une intelligence artificielle, pensant à haute voix et s’exprimant par une voix de synthèse. Son niveau de perfectionnement l’aurait conduit à douter et elle ferait part de ses questionnements : que doit-on regarder ? comment reconnaître la mer, les passants ? Qu’est-ce qu’un comportement suspect ? À quoi sert-elle ? Comme en situation de burn-out, elle se compare alors aux micro-travailleurs exploités sur le web, interrogeant le sens de son travail, dans un anthropomorphisme qui soulève la dimension politique de ces dispositifs.

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Pièce créée à l’invitation du projet Acoustic Cameras, projet d’annexion sonore, qui invite des artistes et compositeurs à annexer les flux en temps réel de webcams situées dans différents lieux à travers le monde.

Sirène

installation, Samuel Bianchini et Thierry Fournier, 2005-2010

Installation, 2005-2010
Samuel Bianchini et Thierry Fournier
avec la voix de Maryseult Wieczoreck

Sur un écran noir figure un point blanc qui suit le toucher du spectateur. Sans activité, le dispositif diffuse un son de souffle humain à peine perceptible. En déplaçant le point, une voix féminine se manifeste ; les sons qu’elle émet se déploient selon les mouvements de la main, s’accélèrent ou ralentissent, circulent ou stationnent.

La voix passe du souffle au murmure, du chant au cri ; explorée dans sa matière même par le geste, elle réagit à lui et, dans le même temps, l’appelle. Cette navigation à l’aveugle ouvre un dialogue qui appelle à la fois le geste instrumental et la caresse. Un corps sonore se déplie et s’étend selon l’exploration tactile qui en est faite, mais dont l’interprétation, tant sensuelle qu’intellectuelle, est offerte au spectateur.

Sirene-lille-01

Circuit Fermé

performance, 2007-2015

Performance, 2007-2015
Série de performances Conférences du dehors. Avec Emmanuelle Lafon.

Placée avec un casque devant une télévision à l’heure des publicités et du journal, la performeuse doit respecter un protocole consistant à répéter exhaustivement tout ce qu’elle entend et décrire tout ce qu’elle voit, ce qui est physiquement impossible. Le flux de parole et les bégaiements qui en résultent expriment directement la tension entre la masse d’informations délivrées et un « cerveau disponible » en saturation permanente.

Documentation vidéo actualisée, à l’occasion de la présentation de la performance dans le cadre de l’exposition Overflow à Lux Scène nationale de Valence :

Enregistrement et retranscription du 25 octobre 2008 – TF1 en direct de 19h50 à 20h03

[on] LES HÉRITIERS DE LA COURONNE DE FRANCE METTENT AUX ENCHÈRES LEUR HÉRITAGE UNE AUBAINE POUR LES COLLECTIONNEURS UN DRAME ils sont à Christie’s il y a un qui tient un truc C’EST DANS LA TAïGA RUSSE L’AVENTURE D’UNE JEUNE FRANCAISE PARTIE POUR SAUVER LES LOUPS elle sourit elle a un RECEVAIT HARRY ROSELMACK DANS 7 À 8 DEMAIN il pose avec moi il a un grand costume noir LES OREILLES ÇA ARRIIIIVE !!! JE VOUS… AURAI PRÉVENU !!! Il se retourne il la regarde elle se c’est dans un écran ON VA LA RETROUVER ils sont devant ils se il elle brille au soleil AH LA PAUVRE ÉVELYNE, ELLE A DU ÊTRE AVEUGLÉE PAR UN REFLET SUR SON COSTUME, LES GARS !! IL Y A QUAND MÊME UNE SUBSTANCE LIQUIDE VERTE QUI COULE DE LA BLESSURE… Il y a le vert sur elle ON DIRAIT DU SANG elle le regarde c’est une piqûre avec du RGARDE DE LA MÊME COULEUR ON EN VOIT DES VERTES ET DES PAS MÛRES demain 20h50 moins dix les Experts N’ALLEZ PAS EN CROIRE VOS YEUX ENCORE UN CADAVRE AVEC DU SANG VERT euh artichaud DEMAIN LES EXPERTS DEMAIN À 20h50 ils sont quatre ils bougent pas ils font la m pause et derrière il y a un grand tube Police Line do not cross 118 712 en orange RETROUVEZ LES EXPERTS AVEC WWW.118712.COM A OUUUUU TF1 avec les spots lumineux POUR PRÉSERVER elle chasse les papillons c’est un film d’animation elle est verte elle avance vers la AVEC GTS SUEZ ACTEURS ENGAGÉS POUR L’ENVIRO c’est une tache bleue c’est heu c’est le globe à l’intérieur de la tache bleue avec de la mé OÙ JE T’EMMÈNERAI avec des oiseaux blancs qui traversent le le L’ENDROIT QUE J’VOUDRAIS PRÉSERVER Natasha Saint-Pierre l’île de ma bulle Malaisie C’EST L’ÎLE EN MALAISIE C’EST DANS LA MER DES SÉLÈNES c’est sur pilotis on est dans les pilotis avec des sur la mer des y a y a des montagnes HABITÉES SUR L’ÎLE AVEC TOUT LE RÉCIF y a son image et deeeux hélicoptères les dents troubles lees heu neuu LA FAUNE ET LA FLORE on est dans l’eau SE RECONSTRUIRE AUTOUR DE L’ÎLE ET PUIS IL Y A DES TORTUES GÉN c’est la tortue génie qui ralentit et puis il y a des requins il y a des requins marteaux il y a un requin marteau là avec des poissons qui passent en-dessous de lui on est sous le requin marteau OÙ JE T’EMMÈÈÈNEEERAI les coraux l’île on arrive vers l’île au ralenti c’est comme si l’eau allait très vite et UN ADJECTIF c’est une raie C’EST EUH MAGIQUE PARCE QUE C’EST DES CHOSES QU’ON… AURAIT… C’est un petit peu flou on est dans l’eau les poissons sont bleus il a y des des des des des des des des des DES ESPÈCES D’ANIMAUX QU’ON RETROUVE QUE LÀ ET ENTRE AUTRES c’est son visage en flou et dans la jungle de la mer on est das les fougères et y a un ptit singe qu’est sur une branche il a pas de poils il y en a unnn qui ouvre la bouche il a un gros nez comme ça qui part ET NOS YEUX D’ENFANT et puis il saute du tronc ON EST ÉMERVEILLÉS COMME SI ON REDÉCOUVRAIT POUR LA PREMIÈRE FOIS les oiseaux blancs passent devant LÀ OÙ JE T’EMMÈNERAI avec la natation dorée réalisation musique générique là où je C’ÉTAIT LÀ OÙ JE T’EMMÈNERAI AVEC GDF-SUEZ un ptit peu vert en dessous CE SOIR dans les spots 20H50 un portail ON ARRIVE DANS LE heu PARANORMAL avec Christophe Dechavanne qui se met des oreillettes avec F de 1 heu NEW YORK UNITÉ SPÉCIALE UN CORPS D’ÉLITE ils ont des flingues ils arrivent 20H50 LA SOIRÉE DE L’ÉTRANGE 23H10 NEW YORK UNITÉ SPÉCIALE CE SOIR SUR TF1 un cadre TF1 dans lllles spots quiii va euh un logo à l’intérieur c’est un géant qui lance son boulet il y a un petit garçon qui s’en va hop il lui relance il arrive à tirer un trait il y a l’aspirateur qui lui passe sous ses pieds il a des baskets blanches il soulève le c’est les chaînes il arrive à tout tirer il fait sa musculation il il ouvre des grands yeux dans le steak LE PLUS DUR POUR UN SUPER-HÉROS LES ENFANTS ne CESSEZ D’ÊTRE SUPER NORMAL les indestructibles ils ont tous habillés avec une grosse main comme ça c’est celle qui tient un bébé là ils sont tous masqués un couple dans le info rose AVEC SWISS LIFE RÉFÉRENCE et… dans le même rose en fait c’est plus rouge SWISS LIFE et… ET PATRIMOINE toutoutoutou hé Mééétéééooo ça arrive en entier TF1 bleu blanc heu BONSOIR C’ÉTAIT UN BEAU SAMEDI. AVEC BEAUCOUP DE SOLEIL Catherine Laborde PRESQUE PARTOUT le globe tourne derrière elle on voir l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord ON VOUS PARLE SOUVENT DE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE la mété IL FAIT SE FÉLICITER elle croise les mains LA QUASI UNANIMITÉ DES DÉPUTÉS QUI ONT VOTÉ POUR LE GRENELLE elle ponctue tout ça avec ses genoux UN AVENIR À LA PLANÈTE IL Y AVAIT AUSSI CETTE BELLE PERTURBATION en haut c’était devant CE N’ÉTAIT PAS ENCORE LE CAS AUJOURD’HUI C’ÉTAIT LE VA la carte de la France qui est plutôt ocre avec des NE FONDUE COMME NEIGE EUH AU SOLEIL ET DONC LA PLUPART DES RÉGIONS ÉTAIENT SUR LE SOLEIL MAIS VOICI elle a une robe noire avec deeeeees des petits trucs des ptits des 988 1030 elle est P’TIT À TIRE VERS L’EST et les flèches jaunes et les flèches rouges et puis des petits… Demi-cercles rouges TOUS EN PETIT À PETIT ! C’est l’Europe et maintenant c’est la France elle se met à gauche APRÈS, CE SERA FINI DONC DEMAIN MATIN BEAUCOUP DE NUAGES BAS elle SAUF PEUT-ÊTRE DANS L’EXTRÊME SUD elle est sur l’Espagne JUSQU’À L’ITALIE 50 70 60 50 CELA POUR LA la PERTURBATION elle lit en fait sur la droite elle pousse un petit peu vers la LA PERTURBATION TOUJOURS ACCOMPAGNÉE PEUT tê tê tê elle plonge un petit peu… S’orienter À L’OUEST DES PLUIES RÉGULIÈRES ET PUIS il y a des petits carrés noirs et puis deux grandes… Lignes… Rouges qui… Différencient les couleurs VAL DE SAÔNE ET POUR UNE JOLIE MOITIÉ SUD BEAUCOUP DE SOLEIL des flèches rouges sous sa LES TEMPÉRATURES PRÉVUES PAR MÉT 4 4 4 6 10 7 4 DOL PAS SI MAL POUR NICE 15 13 12 22 MAIS DANS L’APRÈS-MIDI ENCORE EN c’est rouge 22 22 22 21 19 18 18 15 15 14 17 17 16 16 16 16 15 16… 16… C’est la Bretagne elle se remet devant… Euh… 16 PRÈS DE LA MÉDITERRANÉE EEEHH OUIII CA VA CHANGER VOUS AVEZ VU CETTE PERTURBATION elle se met au centre et il y a c’est la carte de lundi qui vient… De de DE GOLFE DE GASCOGNE JUSQU’À L’ALSACE À L’AVANT LE CIEL VA SE À L’ARRIÈRE QUELQUES ÉCLAIRCIES DU VENT DU NORD ET SURTOUT SURTOUT DES TEMPÉRATURES elle pointe le exéc LE MARDI ARRIVE LE MATIN 800 mètres 900 mètres 900 mètres 70 70 avec des flocons de neige OUI OUI SEULEMENT 3 DEGRÉS REGARDEZ LA LIMITE PLUIE – NEIGE PARFOIS EUH 800 MÈTRES JUSQU’À 1200 MÈTRES POUR LE SUD DES ALPES… ALORS MÊME S’IL Y A DES ÉCLAIRCIES ON VA VRAIMENT AVOIR L’IMPRESSION DE PLONGER elle a les cheveux courts elle me regarde EH BEN NON CE SERA SIMPLEMENT elle SUI SE RAPPROCHE DE LA TOUSSAINT ! VOILA N’OUBLIEZ PAS le globe va un petit peu derrière elle VOS DANS PASSAGE À L’HEURE D’HIVER ennn… orange et rouge et MOINS TROIS MINUTES ET… LE CLAIRE CHAZAL ET BON APPÉTIT À TOUT A L’HEURE dimanche 26 octobre vingt et uoooo dans des paravents transparents c’est bleu ciel le logo TF1 bleu blanc euh Swiss Référence Retraite c’était dans la croix blanche qui vient dans le ptit logo CERTAINS ENFANTS SONT SÉPARÉS DE LEURS PARENTS c’est sur un SOS maintenant c’est jaune SOS village DE GRANDIR ENSEMBLE un petit ballon POUR QUE FRÈRES ET SŒURS PARTAGENT LA MÊME ENFANCE ils se lancent c’est un petit dessin SOS en rose V E gr vert de de sept main c’est un petit garçon qui a peuuuuuuu puuuuub qui s’éclate dans de PLAN IS GO COME ON BABY les le multimédia embarqué c’est un drôle de personnage qui appuie sur DVD AAAAHH c’est un film d’horreur écran tactile bluetooth lecteur DVD dixi BÉNÉFICIEZ DÈS MAINTENANT DE 2680 EUROS DE REMISE C’EST de ce DÉCOUVREZ OPEL en rond avec un ptit c’est un policier il y a quatre personnes qui arrivent on est dans un aéroport Maxwelle House il est en train de prendre une cuillèrée il prend son café… Il envoie son… Y a speu descratch leee papier est arrivé sur les chaussures du policier il boit son café il le regarde il est noir il sourit ! Euh eet il est en train de parler il fait du hip-hop maintenant ils font du breakdance en fait il s’envoie la petite euh elle est ils appuient sur son tout le monde danse daans l’aéroport hemm un pas pas c’est un petit peu de la soul il envoie ça avec son chapeau ça arrive dans la MAXWELL CE N’EST PAS LA PEINE D’EN RAJOUTER avec le p’tit piano qu’on connaît tout le monde rigole et tout le monde a une tonne AAAH AH AH HUIT ONT EU elle arrive avec son caddie elle téléphone ah non c’est pas un téléphone c’est une bouteille d’eau J’TE RAPPELLE PLUS TARD ET OUI ! 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JUSQU’À TR… JUSQU’AU 23 NOVEMBRE 4300 4355 EUROS D’ÉCONOMIE FORD FEELS A DIFFÉRENCE donc voilà c’est une famille elle heu laisse passer l’air il y a un igloo dans sa chambre C’EST EMBÊTANT ET POURQUOI PAS UNE GRANDE BAIE VITRÉE SUR MESURE C’EST C’EST SI il y a marqué Lapeyre sur son c’est heu un indien maintenant QU’EST-CE QU’IL PROPOSE LE GRAND CHEF ? Le grand chef regarde le LAPEYRE LA MAISON NOTRE PLUS BEAU PROJET c’est dans un une tête de profil elle regarde ils sont tous très gris il y a son doigt de pied qui bouche dans son platre et elle boit du coc ils dansent avec son c’est une momie qui avec ses yeux qui bougent ils font plein de formes il y a plein de gens en ligne et en fait elle elle est entrain d’accoucher et elle chante et puis l’autre il danse il se relève avec son platre il tombe parterre tout le monde se lève DANCING il continue ah il se relève et… QU’EST-CE QU’ILS ONT CEUX-LÀ ? UNE BONNE MUTUELLE et elle regarde elle revient on voit les voit de dos et ils sont tous entrain de se déhancher 60 ANS D’EXPÉRIENCE PLUS D’UN MILLION D’ADHÉRENTS LA MUTUELLE GÉNÉRALE ÇA VA DÉJÀ MIEUUUUX… C’est noir P-U-B et ça se reforme en fait c’était des geu beu pliés TATATATATATATATATA c’est le globe Bombay Sydney Marseille Prague Toronto Monréal Claire Chazal 20h Mexa Bangkok Long-Kong heu mmm breg Monréa elle est tout en blanc elle a un col roulé MESDAMES MESSIEURS BONSOIR elle a des perles DANS L’ACTUALITÉ 25 octobre 2008 NOUVELLE FRAYEUR DANS L’EUROSTAR CE SOIR un mégot regarde l’Eurostar A BLOQUÉ LE TRAIN ET PROVOQUÉ UN RETARD DE PLUS DE QUATRE HEURES et il ouvre la poubelle BIEN TARD il y a une foule dans la gare gros plan sur… LES DÉPARTS EN VACANCES DE LA TOUSSAINT ET ÇA TOMBE À CE MOMENT LAAA UNE ZONE EST CLASSÉE ORAAANGE LE BEU LEU … La police avec son jaune fluo et regarde une voiture IL NE FAUT PAS L’OUBLIER LES OPÉRATIONS DE CONTROLE SE MULTIPLIENT VIENT EN VECTEUR CES DEUX ils sont en train de souffler dans un truc avec marqué CRS dessus A L’ÉTRANGER DERNIER JOUR DE CAMPAGNE POUR LES CANDIDATS c’est Barack Obama qui est filmé un p’tit peu avec caméra PARTI AU CHEVET DE SA GRAND’MÈRE À SA FEMME MICHELLE Cindy contre Michelle une blanche une noire bien différentes la blanche elle a vraiment des cheveux très blancs blonds platine en fait ÉPOOUUSES DES CANDIDATS RÉPUBLICAINS IMPORTE elles ont toutes les deux des micros ET PUIS UNE MESSE EN L’HOMMAGE DE Sœur Emmanuelle en photo et puis un homme qui est tout le monde prie avec les LA RELIGIEUSE AVAIT SOUHAITÉ UNE avec l’encensoir il passe devant il y a une grosse télé à l’extérieur tout le monde est là et regarde et y en a une elle se baisse avec ses cheveux… Ils sont entrain de prier elle est à genoux LE CHANGEMENT D’HEURE quelqu’un change sa montre et l’autre il ouvre son horloge et UNE HEURE DE SOMMEIL DE PLUS ! Point d’exclamation et de il fait tout le tour du cadran à l’intérieur d’une horloge on voit DEMAIN MATIN IL SERA DEUX HEURES SEULEMENT redrigomontredonc elle regarde son papier on entend sous ti titrage sourds et malentendants TUNNEL SOUS LA MANCHE ÉTAIT DÉJÀ PERTURBÉ après il y a plein d’écrans derrière elle des petits et des grands deux orange et deux orange en p’tits ET PRÈS DE QUATRE HEURES EN RAISON D’UN MÉGOT DE CIGARETTE MAL ÉTEINT AU MOINDRE INR CIDENT elle a du mal à parler LES RÉSULTATS LES PASSAGERS SONT Londres Ashford Calais Lille Bruxelles c’est la carte Royaume-uni Eurostar avec le on est dans la à heu à l’intérieur du train DES PASSAGERS elle est couchée comme un bagage heueu un heu elle se cache dans la voiture-restaurant tout le monde est au restaurant entrain de se de discuter TOUT D’UN COUP JE VOYAIS D’LA FUMÉE PARTOUT L’ODEUR elle sourit elle est assis par terre ÉVACUÉS DU WAGON SANS SAVOIR CE QUI S’Y PASSAIT c’est une jeune avec les UN MÉGOT MAL ÉTEINT c’est le logo heuint interditdefumer heu ttt clocher TOUTE HEUUNE PROCÉDURE à l’intérieur de la poubelle on voit rien LE TRAIN ÉTAIT ENCORE DANS LE TUNNEL SOUS LA MANCHE driver conducteur ET JUSTE EN SORTANT c’est une femme ON A VIRÉ DE BORD ON EST ARRIVÉS SUR UNE VOIE D’URGENCE APRÈS L’INCENDIE là j’vois pas ah oui c’est le tunnel c’est l’entrée du tunnel qui est tout rouge endommagé avec des ambulances C’EST UNE NOUVELLE PÉRIPÉTIE POUR LES CLIENTS DE L’EUROSTAR les gens sont en train de parl SANS GRAVITÉ CETTE FOIS quelqu’un ils sont en train de manger pause cigarette sur le quai à l’extérieur ON VA TOUS SE FAIRE REMBOURSER DONC C’EST MOINS GRAVE AHAHAH ! ON EST TOUS TRÈS CONTENTS D’AVOIR LA COMPENSATION LE RETOUR GRATOS POUR NOËL ils sont tous en train de parler entrain de ET EN BUSINESS S’IL VOUS PLAÎT HÉHÉ ! elle est à l’extérieur le heu on voit la fe leueu laa porte ouverte POUR SE RÉENGAGER quelqu’un est affalé avec son portable EST ARRIVÉE À PARIS AVEC QUATRE HEURES DE RETARD AAAH PARIS !! elle sort avec sa valise ils ont East Pack heu AU MILIEU DE LA NUIT RESTAIT À FAIRE LA QUEUE c’est la heu POUR TROUVER UN TAXI c’est la queue elle regarde elle me regarde UN INCIDENT QUI EST SURVENU AU TOUT DÉBUT DES VACANCES DE LA TOUSSAINT LA JOURNÉE A ÉTÉ CLASSÉE ORANGE POUR CE SAMEDI IL N’Y A PAS EU DE DIFFICULTÉS MAJEURES SUR LES ROUTES MAIS LA POLICE APPELLE À LA VIGILANCE CAR CETTE PÉRIODE DE L’ANNÉE EST TRADITIONNELLEMENT MEURTRIÈRE LES OPÉRATIONS DE CONTRÔLE ONT ÉTÉ MULTIPLIÉES COMME ICI DANS LES AUTOCARS ET LES POIDS-LOURDS SUR L’AUTOROUTE A13 Seine-Maritime Calvados Eure l’A13 en jaune votre reportage de Corinne [off]

Photographie © Frédéric Nauzcyciel 2008

Vers Agrippine

pièce musicale et performance, 2004

Pièce musicale et performance, 2004
Avec les voix de Hiromi Asaï et Véronique Gens.

Vers Agrippine prend pour point de départ l’opéra Agrippina de Haendel. Elle déploie un principe de “profondeur de temps”, à travers une navigation physique dans la temporalité de la musique. Un geste extrêmement lent de la main dessine un parcours parallèle sur trois têtes de lecture : les trente premières secondes de l’ouverture de l’opéra, la première phrase parlée (récitatif) et la première phrase chantée. Ce parcours au ralenti dans la matière de l’orchestre et de la voix laisse apparaître une autre musique, qui se déploie à la fois dans un intérieur microscopique et comme dans l’approche aérienne d’un paysage.

Commande musicale du Studio-Théâtre de Vitry et de Frédéric Fisbach en 2004. Photographie Frédéric Nauczyciel.

Machine Histoire

installation sonore interactive, 2004

Installation sonore interactive, 2004
Design des objets du jardin : Zarko.
Paysage : Pascale Langrand et François Schelameur.

Le Jardin du Nombril du Monde est un projet collectif construit autour d’une mythologie fictive, qui désigne Pougne Hérisson (200 habitants, Deux-Sèvres) comme le « Nombril du Monde », lieu « d’où sont parties et où doivent revenir toutes les histoires ». Le dispositif de Machine Histoire est composé de plusieurs micros avec lesquels les visiteurs sont invités à déposer des histoires, et d’un ensemble de hauts-parleurs répartis dans l’ensemble du jardin qui diffusent en mouvement toutes les histoires précédemment déposées. Chaque visiteur constitue son propre parcours dans un paysage vocal et sonore auquel il a lui-même contribué. L’espace se construit et s’accumule au fil du temps : nourri, parcouru et interrogé par les visiteurs eux-mêmes.

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L’Ombre d’un doute

installation, 2003

installation, 2003

L’installation L’ombre d’un doute constitue un “espace de controverses” : un ensemble de points de vue sur la science, la politique et les médias, mis en confrontation par la présence et les parcours des visiteurs. Le dispositif est constitué par une paroi circulaire sur laquelle sont projetées un grand nombre de phrases, et devant laquelle se déplacent les visiteurs. Ceux-ci apparaissent au mur sous la forme de « fantômes » blancs, qui font apparaître des séquences vidéos : 17 interviews de personnalités ou d’anonymes, une série d’achives TV, et un ensemble de lectures de textes par des comédiens autour des relations entre politique, science et médias. Chacun est confronté à deux formes simultanées de collectivité : celle qui se dessine à travers le contenu des séquences, et celle qui se construit en temps réel dans l’espace même de l’oeuvre.

Interviewés : activistes et membres d’associations (François Desriaux, Christophe Gérard, Anne-Laure Morin, Christophe Noisette), philosophes et sociologues (Marc Augé, Bernard-Marie Dupont, François Ewald, Pierre Lascoumes, Isabelle Stengers), un fermier (Hervé Touraquet), fonctionnaires et personnalités politiques (Bernard Bachelier, Alain Claëys, Martin Hirsch), chercheurs (Olivier Godard, Pierre-Henri Gouyon, Guy Riba, Jacques Testart). 

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Extraits des textes : Giorgio Agamben (Moyens sans fins), Gilles Châtelet (Vivre et penser comme des porcs), Gilles Deleuze et Félix Guattari (Qu’est-ce que la philosophie ?), Georges Didi-Huberman (Ce que nous voyons, ce qui nous regarde), Bernard Kourilsky et Geneviève Viney (Rapport au premier ministre sur le principe de précaution), Bruno Latour (Du principe de précaution au principe de bon gouvernement), Maurice Merleau-Ponty (L’oeil et l’esprit), Francis Ponge (Le Parti pris des choses), Armand Robin (La Fausse Parole), Clément Rosset (Principes de sagesse et de folie), Isabelle Stengers (Sciences et pouvoirs – la démocratie face à la technoscience), Paul Watzlawick (La Réalité de la réalité : confusion, désinformation, communication), Ludwig Wittgenstein (De la certitude).

Photographies Patrick Ageneau 2003.

Les Paravents

création musicale pour la scène, 2003

Pièce de Jean Genet / mise en scène de Frédéric Fisbach, 2003
Création musicale, son, spatialisation, dispositif temps réel

Pièce monstrueuse prenant pour cadre l’Algérie coloniale avec ses quatre-vingt-seize personnages, la mise en jeu de plans successifs, la simultanéité de certaines scènes, le survol d’un territoire en guerre, Les Paravents ont été mis en scène en 2002 par Frédéric Fisbach avec trois acteurs, deux vociférateurs, un interprète musical et le théâtre de marionnettes japonais Youki-za.

Les Paravents apparaît comme une proposition pour un théâtre total, une fête comme l’écrit Genet, où le texte, dit ou chanté, accompagne l’action poétique qui se déroule sur des scènes, des paravents et des écrans. Les Paravents sont porteurs d’un rêve ou d’une vision du théâtre – une comédie et aussi une fête grave, destinée aux vivants comme aux morts. Un poème pour la scène, et c’est bien cette dimension poétique qui ravive le politique – en ce sens qu’il offre aux regard, à l’esprit et au talent du spectateur, une vision du monde” (F. Fisbach). La partition musicale et sonore est interprétée en direct par Jean-Baptiste Droulers, intervenant à la fois sur la diffusion des voix et des espaces sonores, et l’interprétation de la pièce musicale.

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Une approche musicale globale, de la voix au son et à la musique

Les Paravents sont construits à l’image d’une fugue, exposant et développant un entrelacs de situations, de plis et de motifs, jouant des temps et des espaces en les faisant se superposer, s’interrompre et parfois se contredire, sans jamais laisser s’installer un propos unique. Face à cette forme, l’exigence constante de Frédéric Fisbach en matière d’écoute, de prosodie et d’équilibre sonore des situations a suscité un travail d’élaboration sonore et musicale ne perdant jamais de vue sa relation au texte. De ce fait, la première singularité de notre approche a consisté à toujours travailler simultanément sur l’amplification et la spatialisation des voix des comédiens, sur le son de la pièce, et sur la composition d’une partition musicale. Ces trois domaines se croisent en permanence au cours du spectacle, ils sont joués en direct par Jean-Baptiste Droulers, qui joue à la fois le rôle d’interprète musical et de régisseur son. Cette notion de jeu et de direct est importante, le suivi des voix et le jeu des musiques se font en parallèle, en relation étroite avec les acteurs et la dynamique de leur jeu. Ce rôle s’apparente en quelque sorte au joueur de shamisen du bunraku – ici, un shamisen électronique.

Nous avons choisi d’amplifier et de spatialiser les voix pour plusieurs raisons. Frédéric Fisbach voulait éviter le plus possible la projection vocale typique du théâtre. L’amplification permet une grande proximité et une plus grande richesse d’intensités.
Mais elle permet également de différencier clairement des plans vocaux distincts, ce qui est le cas par exemple entre les acteurs et les vociférateurs – ou entre le monde des vivants et celui des morts. Ici intervient la spatialisation, qui va dans le sens de la dramaturgie : la pièce se déploie progressivement par un montage de situations alternées, dans lesquelles la différenciation des espaces vocaux prend tout son sens. Les images sonores se développent principalement autour de ce que l’on pourrait appeler “le monde extérieur” (les militaires, les colons, les combattants, les prostituées…), celui des situations et des conflits. Elles évoquent des espaces ou des sons de façon fragmentaire, interrompue – leur statut pourrait être comparé à celui des paravents: évoquer des situations, mais à distance et comme en modèle réduit.

La partition musicale, quant à elle, se déploie autour des deux autres mondes de la pièce que sont les Orties (Saïd, Leila et la Mère), et le monde des morts. Les Orties portent autour d’eux un univers de vibration électronique, une masse pulsatoire qui les accompagne et découpe l’espace autour d’eux, comme pour les isoler. Dans le monde des morts, plus de son, plus de bruits, seule une variation orchestrale de clarinettes, de frottements d’anches et de percussions (lames et gamelans), qui laisse percevoir la suspension du temps, et se déploie au cours des trois derniers tableaux.

Thierry Fournier
avril 2002

Sweetest Love

création musicale pour le cinéma, 2002

Série de pièces musicale pour trois voix et électronique, 2002

Sweetest Love est une série de sept pièces composée sur trois textes de John Donne, poète et philosophe du XVIe siècle, contemporain de Shakespeare (Song, Women’s constancy, A fever). Ecrite pour trois voix d’hommes (ténor, baryton, basse) et électronique, la pièce alterne solis et trios, parties a capella et ensembles avec ordinateur. Sur un registre principalement mélodique, elle explore la plus grande fragilité possible des voix et un rapprochement extrême des trois tessitures vocales, confrontées à une écriture électronique dense et saturée.

Extraits :



Sweetest Love a été créé pour le film de Anne Théron Ce qu’ils imaginent, avec Marie Trintignant, Marc Barbé, Aurélien Wik, Anne Cantineau, Julie Gayet. Interprètes : Jean-François Chiama (ténor), Jean-Christophe Jacques (baryton), Jean-Loup Pagésy (basse), Thierry Fournier (électronique)

L’architecture du paradis

création musicale, 2000

Création musicale pour quatre voix et électronique, 2000
Interprètes : Armelle Orieux (mezzo-soprano) Laura Gordiani (alto), Vanda Benes et Lyndee Mah (voix parlées).

L’Architecture du Paradis est une pièce musicale en cinq sections créée pour l’installation éponyme de Marie Sester au SFMOMA en 2000. Ecrite pour quatre solistes vocaux et électronique temps réel, elle est fondée sur les extraits du Timée-Critias de Platon décrivant l’histoire et le rôle de l’Atlantide. Le texte est chanté dans sa version anglaise; il est dit par les deux comédiennes, en français et en anglais. Extrait de de son contexte historique spécifique, il évoque des réflexions sur la notion de société idéale, et ses contreparties en matière de domination politique. La pièce se construit dans une tension entre un duo alto et soprano, une lecture du texte par les deux comédiennes, l’écriture électronique et les transformations vocales en temps réel.

Extraits :


Photographie © Marie Sester 2000.

Le Trésor des Nibelungen

installation interactive, avec O. Auber & E. Berriet, 2000

Installation interactive, 2000
Olivier Auber, Emmanuel Berriet, Thierry Fournier
Interprètes : Armelle Orieux (soprano), Laura Gordiani (alto), Jean-François Chiama (ténor), Eric Guillermin (basse).

L’installation interactive Le Trésor des Nibelungen est un des tous premiers exemples d’œuvres reposant intégralement sur l’expérience d’un espace virtuel. Elle a été conçue autour de la Chanson du Nibelungen (XXIIe s.) et du mythe auquel elle a donné naissance, qui constitue un monument invisible de l’histoire allemande et notamment de la ville de Worms où il se déroule. Conçue et réalisée par Olivier Auber, Emmanuel Mâa Berriet et Thierry Fournier, elle faisait partie intégrante du Musée du Nibelungen de Worms en Allemagne (conçu par Olivier Auber et Bernd Hoge) dont elle concluait la visite, et où elle a été exposée de manière permanente entre 2000 et 2008. 

L’installation postule que le trésor des Nibelungen, au-delà de son hypothétique existence matérielle, est plus certainement composé par l’ensemble des représentations auxquelles il a donné lieu pendant l’Histoire : de la littérature à la peinture en passant par la Tétralogie de Wagner. Les visiteurs voient la ville de Worms d’en dessous, comme si le sol était devenu transparent. Cet espace ouvert sous la terre est habité par l’ensemble des images suscitées par la légende et par une représentation des trois talismans principaux du trésor : l’anneau, l’épée et le sceptre – qui renvoient à la tripartition symbolique classique mise en évidence par Georges Dumézil.

L’espace virtuel se déploie par une projection à 360° autour des spectateurs, qui naviguent dans cet espace par l’intermédiaire d’une interface individuelle située au centre de la salle. L’ensemble des images, des sons et des musiques sont dotés de comportements qui réagissent en temps réel à la navigation du spectateur. C’est notamment le cas de la musique créée pour quatre solistes (soprano, alto, ténor, basse), électronique et programme temps réel, dont l’ensemble de la composition se crée intégralement en direct au fil des parcours dans l’espace. Intégralement processuel, le dispositif compose aussi bien l’électronique et la spatialisation des sons que les partitions vocales, à partir de micro-fragments enregistrés avec les musiciens.

À travers ce parcours dans l’espace qui appelle ainsi à un geste instrumental de la part du visiteur, se construit une expérience temporelle et individuelle de circulation continue dans le temps, l’écriture, les images et la musique – et par là même une remise en jeu et en perspective de ces représentations.

Extraits de captations musicales :

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Photographies © Oivier Auber, Emmanuel Mâa Beriet & Thierry Fournier, 2000

Core

Création musicale, 1999

Création musicale, 1999
Avec la voix d’Alyson Wishnousky

Core a été composée à partir d’une série de conversations enregistrées à Montréal avec Alyson Wishnousky (danseuse et performeuse) qui parle de la sensation qu’elle éprouve dans le mouvement. Une écriture s’est élaborée à partir de sa voix et d’un ensemble d’oscillations saturées, filtrées, autour d’une pure notion de mise en vibration et en déplacement, du passage de l’immobilité au mouvement. Core est jouée en concert sur ordinateur et sherman.

(…) it’s all about time and movement and space they all form the same patterns together at the same time so it makes the heart beat faster and the breath speed up and the body warm up and it generates heat like fire so thats where the movement and gestures relate (…) its all about air and breath and breath generates life and allows more space opens up more space in the body in the pores enters air and water and fire they mingle a continuous spiralling of the spine spiral waves waves continuous waves (…)

Extraits


Photographie : performance avec Emmanuel Berriet, ISEA / Divan du monde, 2000