À propos de Conférences du dehors

Par Franck Bauchard, 2009

A propos de la série de performances Conférences du dehors

Thierry Fournier | Conférences du dehors 2

Rendre sensible les explorations du Centre National des Écritures du Spectacle sur les mutations de l’écriture et le théâtre, donner – notamment sur le territoire des bibliothèques concerné au premier chef par les mutations de l’écrit et de la lecture – l’idée d’une scène au milieu des arts et des technologies de son époque, tels étaient les objectifs que nous nous sommes fixés en programmant Conférences du Dehors dans les départements du Gard et du Vaucluse.

Dans une pratique croisée entre arts plastiques, création sonore et théâtre, Thierry Fournier, avec la complicité de différents artistes, explore de manière inhabituelle au théâtre la question de l’écriture : avec Conférences du Dehors, il propose une écriture de l’assemblage à partir de matériaux prélevés dans notre environnement politique, technologique et médiatique. Une forme légère et mobile conçue pour aller au devant des publics, adaptable à tous les types d’espaces que l’on rencontre en bibliothèque, et susceptible de provoquer la discussion et le débat.

Formées de matériaux composites et ordinaires – de la télévision au téléphone portable, de la circulaire ministérielle à la mangouste – mais en général oblitérés des scènes de théâtre, Conférences du Dehors relie à travers le jeu et la présence d’Emmanuelle Lafon différents dispositifs de captation de fragments de la réalité dans le même espace. L’unité des performances se tissait à partir d’un fil directeur portant sur la question de l’accès, ou plus précisément sur un éventail de situations de passage délimitant un dedans et un dehors.

La seule manière de rendre compte de notre environnement technologique – qui s’est pour ainsi dire substitué à la nature – est d’y prélever des fragments, de les juxtaposer et de faire en sorte qu’ils se commentent entre eux. Les matériaux existent en tant que tels, mais pris dans un nouvel amalgame qui à la fois les inclut et les dépasse, ils se réverbèrent entre eux créant de nouvelles constellations de sens. Tel est le mode opératoire de Conférences du Dehors : une saisie non-linéaire, acérée et parfois abrupte du monde par des dispositifs fonctionnant en direct ou préenregistrés, mais tous conçus pour prendre au piège des niveaux de réalité politique, médiatique, et technologique en général imperceptibles à force d’être quotidiens et ordinaires. Sous les promesses de l’accès, se fait jour une réalité d’exclusion, de surveillance, d’enfermement.

Cet art d’écriture pour la scène suscite son propre mode de lecture. Ou pour le dire autrement : cette démarche de création suscite une relation nouvelle entre le spectateur et l’œuvre. Elle est difficile à appréhender selon des critères habituels de jugement qu’elle entend d’ailleurs relativiser ou ignorer. Elle se présente comme une traversée, une expérience sensible, poétique et cognitive, qui demande au spectateur de procéder par libre association entre les matériaux qui lui sont proposés. Sur ce terrain, Conférences du Dehors a parfois intrigué voire déconcerté. Mais il a aussi provoqué ces moments de magie où l’on pouvait sentir une conscience du public se construire peu à peu au fil de leur déroulement, un précipité d’interrogations, de curiosité et de perceptions presque tangible dans l’espace.

Quand je me remémore Conférences du Dehors, je pense à une veillée autour de la nostalgie d’un feu qui pourrait à la fois nous réchauffer et nous éclairer : une petite assemblée de spectateurs se prêtant à une appréhension collective d’un monde opaque à force d’être visible, et où la participation de chacun est mise à l’épreuve dans la recherche d’un sens à partager.

Que l’ensemble des protagonistes de cette aventure soient ici remerciés : au premier chef les bibliothécaires qui ont joué avec enthousiasme le jeu de cette aventure, les Départements du Gard et du Vaucluse qui l’ont rendu possible et bien sûr Thierry Fournier et Emmanuelle Lafon qui ont sillonné deux départements en recréant dans chaque bibliothèque un espace pour faire entendre Conférences du Dehors.

Franck Bauchard
Directeur-Adjoint de la Chartreuse
Responsable du Centre National des Ecritures du Spectacle
Janvier 2009