Grave

Écran 65 pouces, clé USB, vidéo générée par un programme (1080p, 14h), 145 x 80 x 8 cm, 2021

Posé au sol, un très grand écran diffuse l’image d’une pierre tombale dont les inscriptions ne cessent de se réécrire, comme si elle était restée vivante. Son prénom, ses dates et son épitaphe s’effacent et se réécrivent constamment, souvent très vite.

Alors que les morts sont ceux qui, par définition, ne répondent plus jamais, Grave instaure la fiction d’une mort zombie, dont la technologie aurait perverti jusqu’au principe même et qui continuerait à bugger ad vitam æternam, s’interrogeant sans cesse sur son existence et la meilleure manière de la résumer. Le projet évoque ironiquement l’idéologie transhumaniste d’une réécriture illimitée de la vie, où tout serait toujours possible, y compris après la mort. C’est aussi une vision de l’enfer, là où traditionnellement les âmes continuent d’errer et d’agir, sans jamais en finir ni trouver la paix.

Le nom qui figure sur la pierre tombale est alternativement John ou Jane Doe, terme utilisé dans les pays anglophones pour les personnes inhumées inconnues. Ici, la date du décès varie constamment, mais la date de naissance est toujours 2020, évoquant une personne qui serait en quelque sorte déjà promise à un « devenir-programme », au sens deleuzien du terme.

Production avec le soutien de la Biennale Chroniques, 2020

La Sonde

Projecteur lumineux, caméra, écran, diffusion sonore, ordinateur, programme, câbles
Création dans le cadre de L’Art dans les chapelles, chapelle Notre-Dame du Moustoir, Malguénac, 18 juillet – 22 septembre 2020.

Un dispositif robotisé semblable à un projecteur tourne sur lui-même, lentement, explorant l’espace autour de lui. Il projette un rectangle très intense de lumière blanche qu’il déplace sur toutes les parois et les objets. Il porte aussi une caméra, qui filme exactement ce qu’il éclaire. Son image est retransmise sur un grand écran, posé à proximité contre un mur, comme une peinture : on voit ce qu’il voit.

Il parle, d’une voix de synthèse, comme pensant à voix haute et tentant de décrire ce qui l’entoure. Il cherche, s’arrête sur les détails, essaie de comprendre l’espace et les objets, s’interroge sur ce lieu et sa signification mais aussi sur son propre statut et sa perception. Parfois, il semble réagir à la présence des humains.

La Sonde installe ainsi dans un espace la fiction d’une entité non humaine et vivante qui l’habiterait, comme une force artificielle et panoptique. Le dispositif peut aussi évoquer l’attente d’ordre religieux que nous entretenons à l’égard des technologies, et notamment de l’intelligence artificielle, dont le motif récurrent est le dépassement des capacités humaines.

Le langage de l’œuvre convoque plusieurs registres, des dispositifs de surveillance aux images d’apparitions miraculeuses dans la peinture classique, où l’irruption d’un rai de lumière représente souvent le surgissement du divin ou une révélation. Ici, la direction de la lumière est inversée : au lieu de venir de l’extérieur, elle surgit de l’intérieur, comme si l’espace s’était retourné pour devenir le théâtre d’une apparition et d’une interrogation sur le visible.

*
Production l’Art dans les chapelles
Avec la collaboration d’Etienne Landon, ingénierie et programmation informatique. Merci à Ben Kuperberg.

Entretien avec Camille Martel pour L’Art dans les chapelles

Pouvez-vous nous parler de votre pratique ?

Mon travail s’intéresse principalement à des questions d’altérité, au sens large. Je mets parfois en jeu des relations entre les personnes, mais surtout, nos relations avec le reste du vivant et au-delà : tout ce que nous percevons comme étant doté de conscience, voire d’intention. Cela comprend aussi les formes non-vivantes ou technologiques auxquelles nous sommes confrontés, et à qui nous pouvons parfois prêter aussi une intentionnalité. Je m’intéresse à l’ethnologie, à la pensée d’un environnement beaucoup plus large autour de nous, aux formes comme l’animisme qui prête une conscience à tous les êtres vivants, aux objets et aux éléments.

Mais je travaille toujours à partir de l’humain, et de sa perception. A partir de la relation que nous entretenons nous-mêmes avec ces choses. Cela veut dire que certaines de mes pièces sont dotées de comportements, et font appel pour cela à des programmes. Ces dispositifs peuvent être très simples comme l’installation Just in case qui est exposée en ce moment aux Bains-Douches à Pontivy, où un écran se demande en permanence si ceux qui le regardent sont humains (il les remercie lorsqu’il semble avoir vérifié), ou plus complexes, comme ici à Malguénac.

Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec la chapelle ?

Je travaille beaucoup in situ. Je suis architecte de formation, j’ai une relation très forte avec cette question. Ma première visite à la chapelle, s’est passée lors de l’édition 2019 de l’Art dans les chapelles, car je savais que j’étais invité l’année suivante, mais sans savoir où. J’avais été plutôt intéressé par les chapelles ayant des espaces assez dénudés, dont la présence spatiale est très forte. C’est le cas de Malguénac, avec ses grandes voûtes blanches qui forment comme une coque.

Ensuite, dès le mois d’octobre, j’ai conçu l’idée principale du projet, qui s’est imposée comme une évidence. J’ai tout de suite pensé à l’idée d’une entité, qui occuperait le centre de la chapelle, et qui l’explorerait pour tenter de la comprendre – un peu comme je l’aurais fait moi-même. Ensuite l’installation a trouvé son langage et sa forme, au fur et à mesure du travail, toujours à partir de cette idée initiale.

Pouvez-vous décrire l’installation ?

La Sonde se présente sous la forme de dispositifs posés sur des socles noirs, au sol, comme un appareil scientifique qui aurait atterri là, ou que l’on aurait posé pour faire des mesures. Elle comprend trois éléments principaux : un projecteur lumineux qui scrute l’espace, avec un rectangle de lumière très forte, et une caméra ; un écran qui diffuse l’image captée par la caméra ; et enfin une voix, diffusée sur une enceinte.

Le projecteur robotisé tourne sur lui-même, lentement. Il projette un rectangle de lumière blanche très intense qu’il déplace tout autour de lui, sur les parois, les voûtes, les objets, comme s’il essayait de comprendre le lieu, mais aussi de comprendre qui il est, et ce qu’il fait.

Il est accompagné d’une caméra, qui filme exactement ce qu’il éclaire, et dont l’image est retransmise sur un grand écran, posé contre le mur, juste à côté. Donc, on voit sur l’écran exactement ce que voient le projecteur et la caméra. Cet écran a un rôle assez particulier. Du fait qu’il est détaché ainsi, posée contre le mur, son image prend déjà une autonomie. Et comme elle est extrêmement détaillée, qu’elle voit beaucoup plus que nous, elle évoque souvent une peinture, très figurative lorsqu’on passe sur les sculptures ou les décors, et parfois très minimale lorsqu’on parcourt les murs ou les voûtes. C’est une peinture, mais qui serait en quelque sorte surhumaine, qui verrait là où nous ne pouvons pas voir, et qui verrait, aussi, davantage que nous.

Il parle, aussi ?

Oui, il parle, avec une voix de synthèse. Il pense à voix haute, comme si il essayait de décrire ce qu’il est, et ce qui l’entoure. Ce sont plutôt des interrogations, comme s’il était équipé pour tout voir et tout examiner, mais que cela ne fonctionnait jamais complètement. Comme un être vivant et pensant, il a sa part de dysfonctionnement, d’incompréhension, qui lui donne elle-même à réfléchir.

Il s’interroge beaucoup sur les figures, les sculptures humaines qu’il voit tout autour de lui. Il a compris qu’elles représentent davantage que des humains, mais il ne sait pas exactement quoi. Il a souvent l’impression qu’elles le regardent. Un peu comme s’il percevait lui-même qu’il y avait une autre présence dans la chapelle, ou que ces sculptures s’adressaient à la fois aux visiteurs et à une autre entité que lui.

Donc c’est aussi une interrogation sur le visible, sur ce qui peut exister derrière ce que l’on voit, et qu’une technologie, même très sophistiquée, ne verrait pas. Cela évoque aussi des questions de surveillance, qui serait exercée par une machine autonome. Parfois, elle donne l’impression de sentir que des humains sont entrés dans la chapelle, mais là aussi elle n’en est pas sûre.

L’installation renvoie aussi aux images d’apparitions miraculeuses dans la peinture classique, dans lesquelles c’est souvent l’irruption d’une lumière qui représente le surgissement du divin, ou une révélation. Ici, la direction de la lumière est inversée : au lieu de venir de l’extérieur, elle surgit de l’intérieur. Comme si l’image classique que l’on avait du divin, comme une force panoptique, omnisciente, qui voit tout, s’était tout à coup retournée comme un gant, et devenait une sorte d’alien, installé au cœur de la chapelle, qui regardait tout, qui surveillait tout, et qui pense devant nous. Cela peut aussi évoquer l’attente quasi religieuse que l’on nourrit vis-à-vis des technologies et notamment de l’intelligence artificielle, dont la perspective est toujours le dépassement de l’humain.

Pouvez-vous décrire le processus de création du projet ?

J’ai travaillé avec un ingénieur et développeur qui s’appelle Etienne Landon, avec qui j’ai réalisé la majeure partie de l’installation, et qui a adapté un logiciel. On est allés chercher un projecteur de spectacle qui tourne sur lui-même à 360 degrés. On a ajouté un cadre rectangulaire sur son objectif, au format de la caméra et de l’écran, un 16/9e vertical. On lui a greffé une caméra sur le front, comme un troisième œil, que l’on a enveloppé d’une coque noire que l’on a dessinée, et qu’Etienne a imprimée en 3D.

Les autres éléments visuels sont plutôt des « objets trouvés » : un ampli, et une enceinte sphérique noire, qui peut elle aussi faire penser à un oeil, un ordinateur, tous les câbles qui sont laissés à vue, en assumant leur caractère organique. C’est vraiment un corps.

Tous les éléments sont posés sur des socles noirs très bas, qui les protègent de l’humidité de la chapelle et qui en même temps leur confèrent cet aspect de dispositif technique, un peu comme ce que l’on ferait atterrir sur une autre planète pour effectuer des mesures, filmer, etc. Ensuite on a un logiciel adapté là aussi par Etienne, qui m’a permis d’enregistrer les mouvements du projecteur dans l’espace au fur et à mesure, en travaillant in situ, et en écrivant le texte, pendant ma semaine de résidence. J’étais seul, dans cette chapelle, et j’écrivais le comportement de cette entité, ce qu’elle disait, c’était une expérience assez incroyable.

Pourriez-vous nous parler aussi des références qui vous auraient accompagnées pendant votre démarche, ou même en amont ?

Je pense souvent à des réalisateurs comme Jonathan Glazer, David Cronenberg, Andrei Tarkovski. Au moment de travailler sur La Sonde je relisais Le Gai Savoir de Nietzsche. Je découvrais Les Métamorphoses d’Emanuele Coccia, et aussi Représenter la vision de Guillaume Cassegrain, qui traite justement de la manière dont on a figuré les apparitions miraculeuses dans la peinture italienne de la Renaissance.

Pour revenir à ce dernier point, c’est vraiment la question de la vision qui est au centre de ce projet, aux deux sens du terme, propre, et figuré. Qu’est-ce que le visible, qu’est-ce que l’on voit avec nos yeux humains, ou que pourrait-on voir avec d’autres yeux, que serait un umwelt radicalement différent du nôtre. Comment peut surgir une altérité fondamentale, qui me semble être une question centrale en art.

I quit

installation, 2017

Installation (2017)
vidéos trouvées sur Youtube (32’, sonore, en boucle), lecteur vidéo et projecteur, miroir de salle de bains, casque audio, dimensions variables.

L’installation projette dans l’espace d’exposition une série de témoignages vidéos de personnes aux USA qui ont quitté les réseaux sociaux… et qui paradoxalement le publient tous sur Youtube. L’abandon d’une expérience décrite comme superficielle, mais aussi d’une reconnaissance sociale et l’inquiétude qui en résulte provoquent un discours prosélyte de « vie retrouvée », qui évoque aussi bien les born again que les alcooliques anonymes, soulevant les dimensions quasi religieuses de ces attachements.

Le dispositif est constitué d’un vidéoprojecteur et d’un miroir de salle de bains qui projette l’image en hauteur dans l’espace, comme si leur parole provenait de l’extérieur de notre environnement – de l’extérieur de la caverne en quelque sorte. Les vidéos sont en anglais non sous-titré. Un casque audio invite à les écouter individuellement.

Liste des vidéos :

Amy M – Why I quit Social Media – https://www.youtube.com/watch?v=TgdCdd6ShLA
BrookeAlexia – Deleting my social media https://www.youtube.com/watch?v=O3Ed9vwhsRU
Cora Handley – Why I Deleted Most of My Social Media And Cut Off Most of My Friends – https://www.youtube.com/watch?v=-l0ZAd8D4Ao
D-Span – Why I quit social media and what it did! – https://www.youtube.com/watch?v=ljsxyN_rzok
Elessa O’Neil – Why I Really Quit Social Media – https://www.youtube.com/watch?v=gmAbwTQvWX8
Hans Jordan P – Why I quit Social Media – https://www.youtube.com/watch?v=80SVzi7BEnI
Haters Keep Up – Jay Junior – The Time I quit Social Media: Experiment – https://www.youtube.com/watch?v=P1wlWT_2DNI
Iggy Azalea – Just Quit Social Media! – https://www.youtube.com/watch?v=DmN3_1n0ZKw
Infinite Stars – Why I Quit Social Media – https://www.youtube.com/watch?v=iHNhDE8NVvI
Ismael Millan – Why I quit Social Media!!! – https://www.youtube.com/watch?v=tCACOqaWZJ0
Koi Fresco – I’m Leaving Social Media… (Why You Should Too) – https://www.youtube.com/watch?v=hTbN68qvjwI
Lexi Dacrel – I Quit Social Media – https://www.youtube.com/watch?v=jEIy-Z6pqsA
Mischa Janiec – Why I Quit Social Media – https://www.youtube.com/watch?v=Rr6qaThFx4Y
Nikki Sharp – Why I’m Quitting Social Media – https://www.youtube.com/watch?v=n7YXOJo-78o
Paullikespasta – Why I Quit Social Media Response – https://www.youtube.com/watch?v=o2_JbfRKXdo
Set Sail – Why I’m quitting Social Media For A Month – https://www.youtube.com/watch?v=IRbGesLcTMU
Sleeping Is For Losers – I quit Social Media – https://www.youtube.com/watch?v=5XukglIWwNk

Nude

installation, 2017

Installation (2017)
Moulages en silicone, cuir, composants électroniques d’écran, vidéo (3’09”), réglettes à leds, plexiglas, acier, 180 x 60 x 80 cm

Nude déploie un corps hybride fait de cuirs anthropomorphes destinés à la ganterie, de peaux artificielles en silicone et d’un écran entièrement dénudé, comme un organisme de câbles et de parois translucides. Nude est aussi cette teinte chair créée par le monde de la mode, visant une apparence « naturelle » des peaux – mais des peaux blanches. La vidéo est la première main mappée (et donc la première peau) en 3D créée en 1972 par Ed Catmull, futur fondateur de Pixar. De la transformation des animaux à celle des corps, l’installation convoque des images d’un humain chaque fois recréé ou émulé par la technologie.

Oracles

série d’impressions UV sur plexiglas, 2017

Impressions UV sur plexiglas, mousse acoustique, leds, 200 x 66 x 18 cm (2017)

Trois SMS sont générés sur un smartphone en écrivant un premier mot au hasard, suivi exclusivement des suggestions automatiques de l’appareil. Bien que ce principe vise à éliminer toute décision, on constate que l’algorithme intègre aussi des expressions personnelles, sans savoir à quel point, générant un texte d’une inquiétante étrangeté. Au même titre que sur le web, ce qui pourrait sembler produit exclusivement par des machines est déjà le résultat d’une hybridation produite par un programme constamment nourri par la capture du comportement humain.

Oracles existe en deux éditions : anglais et français.

Vues d’exposition, Thierry Fournier, Axolotl, duo show avec Laura Gozlan, 2018

Exhibition view : Thierry Fournier, Heterotopia, solo show, 2017

Just in case

gif animé et écran, 2016

Version installation : vidéo (1080p, format 16/9e, muet, 12h), clé usb, écran LCD sur pied, 170 x 75 x 75 cm, 2017. Voir également la version NFT en ligne.

Un écran se demande si la personne qui l’observe est humaine (« Checking that you are human…. »). Il hésite, calcule, une roue tourne. Finalement, il s’arrête et remercie. Puis il recommence, à l’infini.

Prenant acte de l’hégémonie culturelle des captchas (1), l’œuvre instaure une situation fictive où nous pourrions considérer comme légitime qu’un appareil détecte qui serait humain ou non. Pendant un très bref instant, nous pouvons penser que ce dispositif nous observe vraiment – d’ailleurs, calcule-t-il lorsque nous ne sommes pas là ? C’est seulement le fait que cette entité répète indéfiniment son processus qui nous permet rapidement de comprendre qu’il est autonome.

(1) Un captcha (Completely Automated Public Turing test to tell Computers and Humans Apart) est le dispositif répandu aujourd’hui sur un très grand nombre de sites, visant à différencier un utilisateur humain d’un ordinateur, en lui demandant de recopier une phrase, de reconnaître des éléments dans une photographie, etc.

La Promesse

installation, 2016

Série d’impressions numériques (2016)
Version installation : impressions sur toile, projecteurs asservis, 1500 x 370 x 250 cm

En affichant sous une forme statique des messages typiques de la publicité et du web, La Promesse met en évidence l’attente qu’ils suscitent d’une maîtrise sur soi et sur le monde, et la suspension de l’attention qui en résulte. Ici, l’installation affiche trois textes géants dans trois vitrines, éclairés par des pulsations lumineuses, leur grande échelle s’adressant aux piétons et à la circulation automobile.

[metaslider id=15956]

Exposition Données à voir, La Terrasse espace d’art de Nanterre, 7 octobre – 23 décembre 2016.

Fenêtre augmentée 05 – Montpellier

commissariat d’exposition, installation in situ et édition, 2015

Exposition collective, installation in situ et édition, 2015
Conception et commissariat d’exposition Thierry Fournier
La Panacée (Montpellier), du 5 au 29 mars 2015
Opéra de Montpellier (version ipad) du 5 avril au 30 décembre 2015
Edition sur iPad à télécharger sur App Store.

Œuvres de Luce Moreau, Marine Pagès, Antoine Schmitt et Thierry Fournier.

La cinquième et dernière exposition Fenêtre augmentée cadre le paysage de la Place de la Comédie à Montpellier. Les trois artistes – Luce Moreau, Marine Pagès et Antoine Schmitt – étaient déjà invités de l’édition 04 à Collioure en 2014. Luce Moreau questionne principalement la représentation du paysage, par une pratique qui associe la photographie, la vidéo et des installations in situ, en interrogeant le rôle des instruments de vision. Marine Pagès aborde par le dessin et des installations in situ les questions relatives à l’occupation de l’espace par l’homme et ses temporalités spécifiques. Développant une pratique exclusivement numérique constituées d’œuvres programmées, Antoine Schmitt crée des figures de comportements et de mouvements qui questionnent les relations entre vivant et machine.

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Montpellier-01

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Montpellier-02

Œuvres

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Montpellier-Moreau
Luce Moreau, L’Horizon des évènements 2 : Gauche-droite, 2014

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Montpellier-Fournier
Thierry Fournier, Plus un geste, 2011-2014

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Montpellier-Pages
Marine Pagès, Come di, 2014

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Montpellier-Schmitt
Antoine Schmitt, City of gold, 2014

Crédits

Conception du projet et commissariat d’exposition Thierry Fournier / programmation IOS Olivier Guillerminet / lecteur vidéo IOS Olivier Guillerminet et Jonathan Tanant / conseil technique et programmation Max-MSP Mathieu Chamagne / programmation Mac Os et Max-MSP Guillaume Evrard / streaming des caméras Thomas Lucas / ingénierie Jean-Baptiste Droulers / régie générale Grégory Jacquin / traductions Clémence Homer et Anna Lopez Luna / production déléguée, diffusion et communication : Bipolar – illusion et macadam, Mathieu Argaud et Marielle Rossignol.

Le projet Fenêtre augmentée (installation in situ et édition sur tablettes) est produit par illusion & macadam / Bipolar et cofinancé par l’Union européenne (« L’Europe s’engage en Languedoc-Roussillon avec le Fonds européen de développement régional »). Le projet est lauréat de l’appel Cultures numériques et TIC de la Région Languedoc-Roussillon. Il reçoit le soutien de la Ville de Montpellier et du Conseil Général des Pyrénées Orientales. Coproduction et accueil par la Panacée, Centre de création contemporaine de la Ville de Montpellier. Edition réalisée dans le cadre d’un partenariat entre l’Opéra Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon et La Panacée. Avec le soutien de ZINC, Marseille.

Ecotone

installation en réseau (2015)

Installation en réseau (2015)
Ordinateur et programme, vidéoprojection sonore ou écran HD

Ecotone est un paysage artificiel habité par des voix de synthèse qui lisent en direct tous les messages que les internautes postent sur Twitter à propos de leurs désirs.

Un programme télécharge au fur et à mesure tous les messages écrits sur Twitter qui expriment des désirs, en recherchant des expressions comme « je désire », « j’aimerais tellement », « je rêve de », « j’ai trop envie », etc. Il les fait lire par des voix de synthèse, qui génèrent des sortes de vagues ou de montagnes dans le paysage. Une caméra se déplace à l’infini dans ce paradis artificiel, comme une addiction qui ne s’arrêterait jamais.

Extraits du contexte des réseaux sociaux, ces pensées personnelles et parfois très intimes expriment aussi bien des désirs amoureux ou des rêves de vie que ceux plus banaux d’une paire de baskets. À travers ces mots jetés comme des bouteilles à la mer, la pièce aborde la manière dont des vies s’exposent sur internet, questionnant les limites fluctuantes entre intimité et vie publique.

Ecotone, vue d’exposition, Criatec, Église des carmélites, Aveiro, Portugal, 2019

Ecotone, vue d’une exposition personnelle, Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, 2017

Programmation informatique Olivier Guillerminet. Coproduction Thierry Fournier et Lux scène nationale de Valence, avec le soutien du DICRéAM, du Fonds Scan Rhône-Alpes, de la DRAC Île-de-France et de Synesthésie.

Fenêtre augmentée 04 – Collioure

commissariat d’exposition, installation in situ et édition, 2014

Exposition collective, installation in situ et édition, 2014
Commissariat d’exposition Thierry Fournier
Château royal de Collioure (Pyrénées orientales), du 24 juillet au 15 octobre 2014.

Oeuvres de Luce Moreau, Marine Pagès, Antoine Schmitt et Thierry Fournier. Publication de l’exposition sur iPad, Fenêtre augmentée 04 – Collioure, à télécharger sur App Store.

Le projet Fenêtre augmentée propose une fenêtre interactive sur un paysage comme exposition collective. Une caméra filme en direct un point de vue sur un paysage choisi. Les artistes invités proposent des pièces prenant cette vue pour point de départ : vidéos, œuvres interactives, dessins… Les œuvres sont ensuite positionnées sur la vidéo du paysage, diffusée en direct sur un écran tactile. Le paysage constitue donc à la fois le point de départ et l’espace d’exposition des œuvres. La démarche du projet réside simultanément dans son protocole de travail avec un site, des artistes et un dispositif spécifique, ainsi que dans l’installation qui constitue l’exposition. Fenêtre augmentée est une série itinérante : chaque paysage donne lieu à de nouvelles invitations et créations. Cinq expositions ont eu lieu : Centre Pompidou (Paris) en 2011 ; Fort Lagarde / Prats de Mollo en 2012 ; Friche La Belle de Mai (Marseille) en 2013, Château royal de Collioure en 2014 et La Panacée (Montpellier) en mars 2015 dans le cadre du festival Tropisme, avec Luce Moreau, Marine Pagès, Antoine Schmitt et Thierry Fournier.

La quatrième exposition à Collioure s’installe face à un paysage radical qui présente néanmoins des variations infinies de mouvement, de couleur, de profondeur et d’activité. Les quatre artistes Luce Moreau, Marine Pagès, Antoine Schmitt et Thierry Fournier explorent et interrogent le paradoxe de ce point de vue et ce qu’il implique pour son spectateur. Le projet est déployé à la fois sous forme d’installation in situ, et sur tablettes.

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Collioure-01

Oeuvres

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Collioure-Moreau
Luce Moreau, L’Horizon des évènements, Ciel / mer

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Collioure-Pages

Marine Pagès, Les Corps flottants

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Collioure-Schmitt
Antoine Schmitt, No Disc

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Collioure-Fournier
Thierry Fournier, En vigie

Crédits

Programmation IOS iPad : Olivier Guillerminet, lecteur vidéo IOS : Olivier Guillerminet, Jonathan Tanant, conseil technique et programmation Max-MSP : Mathieu Chamagne, programmation Mac Os : Guillaume Evrard, programmation Android : Henry Bernard, Jonathan Tanant, streaming : Thomas Lucas, ingénierie : Jean-Baptiste Droulers, régie : Grégory Jacquin, traductions : Clémence Homer et Anna Lopez Luna. Administration, production, diffusion, communication : Illusion & Macadam – Bipolar (Mathieu Argaud, Grégory Diguet, Lise Mullot, Marielle Rossignol)

Le projet Fenêtre augmentée (installation in situ et édition sur tablettes) est produit par illusion & macadam / Bipolar et cofinancé par l’Union européenne. L’Europe s’engage en Languedoc-Roussillon avec le Fonds européen de développement régional. Le projet est lauréat de l’appel Cultures numériques et TIC de la Région Languedoc-Roussillon, il reçoit le soutien de la Ville de Montpellier et du Conseil Général des Pyrénées Orientales. Coproduction et accueil par la Panacée, Centre de création contemporaine de la Ville de Montpellier, Le Château Royal de Collioure – Conseil Général des Pyrénées-Orientales. Avec le soutien de Zinc et La Friche Belle de Mai, Marseille.

Fenêtre augmentée 03 – Marseille

commissariat d’exposition, installation in situ et édition, 2013

Exposition collective, installation in situ et édition, 2013
Conception et commissariat d’exposition Thierry Fournier
Panorama, Friche La Belle de Mai, Marseille, 5 mai – 30 décembre 2013
Edition sur ipad Fenêtre augmentée 03 – Marseille, disponible sur App Store.

Œuvres de Benjamin Laurent Aman, Marie-Julie Bourgeois, Grégory Chatonsky et un collectif formé par Christine Breton, Jean Cristofol, Thierry Fournier et Jean-François Robardet.

Fenêtre augmentée est un projet curatorial consistant à prendre un paysage à la fois comme point de départ et lieu d’une exposition numérique. Sa troisième édition a eu lieu à Marseille, à la Friche de la Belle de Mai / Panorama. Les œuvres sont créées en prenant pour point de départ le paysage des quartiers Nord de Marseille : fixée sur le Silo d’Arenc, la caméra vise le Nord-Est de la ville et se tourne vers un paysage sans monument, en complète transformation.

L’exposition présente 17 oeuvres de 4 artistes ou collectifs : Benjamin Laurent Aman s’approprie le paysage par l’enfouissement d’objets personnels ; Marie-Julie Bourgeois questionne les limites de l’horizon en le remplaçant par des webcams de villes distantes ; Grégory Chatonsky construit une narration fictive à partir du flux des événements survenant dans l’image ; le collectif formé par Christine Breton, Jean Cristofol, Thierry Fournier et Jean-François Robardet propose de rejoindre par le toucher des parcours filmés dans les quartiers Nord de Marseille.

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Marseille-4441

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Marseille-P1150638

Œuvres

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Marseille-Aman
Benjamin Laurent Aman, Dead Drops, 2013

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Marseille-Bourgeois
Marie-Julie Bourgeois, Points de fuite, 2013

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Marseille-Chatonsky
Grégory Chatonsky, À l’image, 2013

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Marseille-Collectif
Jean Cristofol, Thierry Fournier et Jean-François Robardet, Ultima Thulé, 2013

Edition sur tablettes

En 2013, les expositions Fenêtre augmentée (Prats et Marseille) sont éditées sur iPad. Elles sont alors consultables à distance, leur paysage étant vu en streaming.

Production : Zinc, Marseille Provence Capitale de la Culture 2013, Le Silo Ville de Marseille, avec le soutien de Höfn et de Hôtel du Nord.

A+

installation, 2008 – 2012

Installation, 2008-2012

Dans un espace urbain, une grande stèle d’acier comporte un écran qui diffuse exactement l’image vue derrière lui, comme une fenêtre – mais retardée constamment de 24 heures. Le public est tour à tour acteur et regardeur d’une même scène, entre ceux qui passent dans l’image et ceux qui les observent. Un futur et un passé se font face, à travers un écran.

Thierry-Fournier_A+_7746

Production : Lille3000 et Pandore Production, production exécutive Bipolar. Avec le soutien du Cube.

Fenêtre augmentée 02 – Prats-de-Mollo

commissariat d’exposition, installation in situ et édition, 2012

Exposition collective, installation in situ et édition sur tablettes, 2012
Conception et commissariat d’exposition Thierry Fournier
Fort Lagarde, Prats de Mollo (Pyrénées orientales), 2012-2016
Edition sur ipad disponible sur App Store

Œuvres de Christelle Bakhache et Clément Feger, Jean Cristofol et François Parra, Juliette Fontaine, Thierry Fournier, Simon Hitziger, Tomek Jarolim et Jean-François Robardet.

L’exposition Fenêtre augmentée 02 s’est ouverte en juillet 2012 au Fort Lagarde (Prats-de-Mollo, Pyrénées-Orientales) : elle est visible d’avril à octobre inclus, jusqu’au 30-10-2016 et cadre le paysage de montagne en face du Fort Lagarde.

Christelle Bakhache et Clément Feger abordent avec Gypaetus Politicus le paradoxe de la représentation des dimensions politiques d’un paysage à travers le cas de figure de la protection d’un oiseau. Jean Cristofol et François Parra ont parcouru l’ensemble du paysage vu de la Fenêtre pour réaliser la série d’enregistrements La Borne 514, qui évoque la question de la frontière et la façon dont elle contribue à organiser l’espace. En créant Ós et Sisyphe, deux pièces dont l’une interactive qui associent le dessin et la transparence sur l’environnement, Juliette Fontaine met en relation les temporalités du paysage, de la peinture et du spectateur. Simon Hitziger réalise Hike in Crystals, une série de vidéos à partir d’éléments collectés lors d’une ascension en solitaire du Costabonne, travaillant sur les différences d’échelle, les fragilités et les changements d’état du milieu naturel. Avec Abcisses et Exergues, deux séries de vidéos génératives ou interactives, Tomek Jarolim met en relation la couleur dans le paysage, le dispositif numérique de la fenêtre et le geste du spectateur. Jean-François Robardet travaille autour des notions de défense et de sang contenu dans le paysage, avec la série The Night Shift qui associe six dessins interactifs et une vidéo. Thierry Fournier réalise deux séries de vidéos et photographies, Anachrones et I’m not there, abordant toutes deux les relations paradoxales de projection, de fantasmes et de volonté de maîtrise que nous pouvons entretenir avec la nature.

Œuvres

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Prats-Bakhache-Feger
Christelle Bakhache et Clément Feger, Gypaetus politicus

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Prats-Cristofol-Parra
Jean Cristofol et François Parra, La Borne 514

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Prats-Fontaine
Juliette Fontaine, Sisyphe

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Prats-Fournier
Thierry Fournier, Anachrones

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Prats-Hitziger
Simon Hitziger, Hike in crystals

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Prats-Jarolim
Tomek Jarolim, Abcisses

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Prats-Robardet
Jean-François Robardet, The Night Shift

Edition sur tablettes

Fenêtre augmentée 02 à Prats-de-Mollo est éditée sur iPad et téléchargeable sur App Store. L’application permet de faire l’expérience des œuvres sur la vidéo même du paysage qu’elles ont investi, transmis en temps réel par streaming.

Production Région Languedoc Roussillon et Pandore. Production déléguée Pandore et / Bipolar

Fenêtre augmentée 01 – Paris

commissariat d’exposition et installation in situ, 2011

Exposition collective et installation in situ, 2011
Commissariat d’exposition Thierry Fournier
Centre Pompidou, Paris (2011)

Œuvres et interventions de Christelle Bakhache et Clément Feger (Sciences Po Medialab), Céline Flécheux (philosophe et critique), David Beytelmann (historien politique et philosophe), Pierre Carniaux (réalisateur), Benjamin Laurent Aman, Félicia Atkinson, Ivan Argote, Marie-Julie Bourgeois, Juliette Fontaine, Thierry Fournier, Marie Husson, Tomek Jarolim, Jean-François Robardet, Marcos Serrano, Antoine Schmitt (artistes).

La première exposition Fenêtre augmentée s’est déroulée au Centre Pompidou (Paris) en juin 2011. Au sixième étage du Centre, la Fenêtre pointait vers le quartier des Halles, positionnée dans un espace délibérément non muséographique du Centre : le belvédère en haut des escalators. Cette première édition a permis d’expérimenter toutes les dimensions du projet : d’une part en termes de protocole curatorial, de travail avec les artistes, de types d’œuvres proposées et d’autre part en termes de conception de l’objet lui-même (dispositif, interface, comportement, design, etc.). Ces derniers aspects ont donné lieu à une recherche coordonnée par Thierry Fournier qui a réuni un groupe de concepteurs, designers et développeurs, en collaboration avec le laboratoire EnsadLab de l’Ensad (programme Diip / Surfaces sensibles) et le Medialab de Sciences Po.

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris_3309

Œuvres

Benjamin Laurent Aman, Football Season is Over,

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Argote
Ivan Argote : Sans titre, 2010 (réédition) / Jobs

Felicia Atkinson, Ardents Abris

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Bakhache-Feger
Christelle Bakhache et Clément Feger, Flux, prix et surveillance

David Beytelmann, Interview

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Bourgeois

Marie-Julie Bourgeois : Points chauds

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Carniaux
Pierre Carniaux : Vous êtes ici

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Flecheux
Céline Flécheux : Fenêtre et horizon (interview péripatéticienne)

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Fontaine
Juliette Fontaine : Les Invisibles / J’ai rêvé la nuit verte / Nuages flottants,

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Fournier
Thierry Fournier : Panopticons, Fictionnalismes, Usual Suspects

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Husson
Marie Husson, Vertigo

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Jarolim
Tomek Jarolim, Monochromes

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Robardet
Jean-François Robardet : The Belly Dancer

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Serrano
Marcos Serrano, Direction home

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris-Schmitt
Antoine Schmitt, No-control Tower

Recherche

L’ensemble du projet a donné lieu à une recherche pluridisciplinaire dirigée par Thierry Fournier avec un groupe de travail comprenant Jean-François Robardet, l’équipe technique (ingénieurs, développeurs), les producteurs, des personnes extérieures et des artistes faisant partie en 2011 de l’atelier de recherche Surfaces Sensibles à l’Ensad : Marie-Julie Bourgeois, Tomek Jarolim, Marcos Serrano. Tomek Jarolim et Marie-Julie Bourgeois ont ensuite été invités à participer dans le cadre du projet, respectivement pour les expositions de Prats-de-Mollo en 2012 et Marseille en 2013.

Crédits

Production : Région Ile de France / Cap Digital, Région Languedoc Roussillon, Pandore Production. Production déléguée Pandore Production (projet général), Aquilon (Futur en Seine).

Fenêtre augmentée

cycle d’expositions, 2011-2015

Cycle d’expositions collectives et installations in situ, 2011-2015 et 2019
Commissariat d’exposition Thierry Fournier
Voir également : The Watchers

Le projet Fenêtre augmentée propose une fenêtre sur un paysage comme dispositif d’exposition collective. Une caméra filme en direct un point de vue sur un paysage choisi. Les artistes invités proposent des pièces prenant cette vue pour point de départ : vidéos, œuvres interactives, dessins… Les œuvres sont ensuite positionnées sur la vidéo du paysage, diffusée en direct sur un écran tactile. Le paysage constitue donc à la fois le point de départ et l’espace d’exposition des œuvres. La démarche du projet réside simultanément dans son protocole de travail avec un site, des artistes et un dispositif spécifique, ainsi que dans l’installation qui constitue l’exposition.

Fenêtre augmentée est une série, chaque paysage ayant donné lieu à de nouvelles invitations et créations. Six expositions ont eu lieu : Centre Pompidou (Paris) en 2011 ; Fort Lagarde / Prats de Mollo en 2012 ; Friche La Belle de Mai (Marseille) en 2013, Château royal de Collioure en 2014 et La Panacée (Montpellier) en mars 2015. Enfin, les œuvres de Fenêtre augmentée Collioure ont été remises en jeu à Tokyo en 2019, avec l’exposition The Watchers – mais avec un dispositif par œuvre, au lieu d’un seul pour toutes.

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris_3309

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Marseille-4441

Artistes et auteurs

L’objectif du projet a d’emblée été d’inviter simultanément des auteurs (philosophes, critiques, chercheurs) et des artistes. Depuis 2011, 22 artistes et auteurs ont créé des œuvres dans le cadre de ce projet : Christelle Bakhache et Clément Feger (chercheurs en sciences sociales), David Beytelmann (historien et philosophe), Christine Breton (conservatrice du patrimoine), Pierre Carniaux (réalisateur), Jean Cristofol (philosophe), Céline Flécheux (philosophe et historienne de l’art), Benjamin Laurent Aman, Ivan Argote, Marie-Julie Bourgeois, Grégory Chatonsky, Juliette Fontaine, Thierry Fournier, Simon Hitziger, Marie Husson, Tomek Jarolim, Luce Moreau, Marine Pagès, François Parra, Jean-François Robardet, Marcos Serrano et Antoine Schmitt (artistes). Ces derniers présentent des pratiques extrêmement diverses (œuvres numériques, dessin, photographie, vidéo…) mais tous présentent au cœur de leur travail une adresse aux enjeux qui se tissent entre individu, espace et communauté. La co-présence de leurs démarches s’exerce dès les résidences : quelques jours partagés sur place qui ouvrent à une rencontre du lieu, des autres invités, de l’équipe du projet (aussi bien artistique que technique) et des interlocuteurs locaux du projet.

Il ne s’agit donc pas en premier lieu d’aborder le paysage – et avec lui la suprématie du regard que ce terme évoque – mais d’éprouver physiquement un territoire et ses situations.

Chacun propose ensuite non seulement une lecture et une interprétation de ce lieu à travers l’image de la fenêtre –  mais aussi son propre positionnement et le degré de distance qu’il choisira d’instaurer entre le spectateur, l’écran, le paysage et le territoire lui-même. La diversité des pratiques des artistes et auteurs accompagne concrètement ces choix : certaines œuvres travaillent strictement à la surface, d’autres dans une relation active avec le geste ou la position du spectateur, d’autres interrogent le support lui-même (écran – caméra) ou son positionnement vis-à-vis de l’espace, d’autres encore approchent le lieu à travers une démarche plus documentaire.

Édition sur tablettes

Depuis 2013, les expositions Fenêtre augmentée sont simultanément publiées sur iPad. Elles deviennent consultables à distance, leur paysage étant vu en streaming. Dans la version en installation (à laquelle la tablette ne se substitue pas), une tension est instaurée entre le paysage réel et l’écran, qui s’exerce selon des degrés divers en fontion des lieux : à Paris, l’écran était installé à l’endroit de la vue elle-même ; à Prats-de-Mollo, caméra et écran sont distants mais partagent le même environnement proche ; à Marseille, l’écran est réellement dissocié de la caméra et propose une vision à distance, qui convoque davantage une dimension de webcam.

La version sur tablettes accentue cette tension de par le temps réel de l’image ; elle la déploie et la renouvelle, en situation de mobilité. Le paysage qui constitue le support des œuvres est perçu à très grande distance mais en direct ; elles se retrouvent localisées selon une nouvelle modalité. La tablette introduit une dimension temporelle dans ce rapport de représentation entre caméra et écran, territoire et œuvres, spectateur et paysage. Elle propose, à distance, une réactualisation permanente de leurs enjeux.

Télécharger les éditions sur iPad : Fenêtre augmentée Collioure, Marseille et Fort Lagarde

Catalogue : Flatland

Flatland, catalogue du projet sur iPad, co-dirigé par Thierry Fournier et J. Emil Sennewald, éditions Pandore 2014.

Hotspot

installation, 2011

installation, 2011

Sous les pas des visiteurs, des débris de verre jonchant l’ensemble de l’espace d’exposition craquent sur le sol. Amplifié et déformé, leur son est retraité par un programme qui les associe à des de bandes-son de films- catastrophe, choisis au hasard dans une banque de données. L’installation forme un « théâtre d’opérations » dérisoire, dans un environnement porteur de menaces dont les spectateurs sont à la fois observateurs et protagonistes actifs : un storytelling en expérimentation. Associant matériaux bruts, vidéo, son, interactivité et cinéma, elle engage le corps et le spectateur et prolonge une réflexion sur les relations entre art et politique, fiction et documentaire, déployée ici dans une pratique in situ.

Thierry-Fournier-Hotspot_2954

Thierry-Fournier-Hotspot_3028

Hotspot a été créé en 2011 à Contexts, en collaboration avec l’atelier de recherche et création Electroshop (Ensa Nancy) et Jean-François Robardet. Réunissant trois professionnels de la médiation (Pierre Marsaa, Anastassia Makridou – Bretonneau, Mari Linnman), Contexts propose dans un même lieu un bureau d’études, une agence de production / diffusion et un espace d’exposition.

Avec la collaboration de Vanessa Hérault (student at the École nationale supérieure des Mines de Nancy), Florent Camus, Léa Chambe, Thibault Dumontet, Elsa Gauthier, Laure Goujard, Marie Laurent, Benoît Le Quan, Maxime Pellerin, Deborah Ruffinoni, Pauline Soudier, Lucile Villeneuve (ICN Business School), et les étudiants de l’atelier de recherche et création Electrohop. Coproduction: Artem, École nationale supérieure d’art de Nancy, Contexts, Pandore Production.

Set-up

installation sonore, 2011

Installation sonore, 2010-2014

L’installation délivre des ordres aux visiteurs par l’intermédiaire d’une voix semblable à celle d’une compagnie aérienne : « tout va bien se passer, merci », « tous à terre, merci », etc. En jouant sur l’ambiguïté entre œuvre, médiation inutile et message de service, l’œuvre évoque ironiquement le fantasme d’un contrôle des spectateurs.




Les textes comprennent de citations proposées par Jean-François Robardet.
voix : Juliette Fontaine.

Sentinelle

texte de Juliette Fontaine, 2009

Juliette Fontaine, 2009

A propos de la performance Sentinelle, série Conférences du dehors, 2008

conferences-du-dehors_31

« Nous n’aimons guère considérer les animaux que nous avons transformés en esclaves comme nos égaux »
(Charles Darwin)

Notre relation à l’animal a changé profondément, et inéluctablement. Cette modification questionne notre rapport au monde, lui aussi modifié. Les traces de cette modification vont bien au-delà de la domestication de l’animal par l’homme et de toutes autres exploitations violentes du monde animal. Par ailleurs, poser la question de l’animal engage une pensée de ce que veut dire vivre, parler, mourir, être au monde, c’est un profond questionnement de ce que Derrida appelle successivement « être-dans-le-monde, être-au-monde, être-avec, être-après, être-suivi et être-suivant ». Penser la question de l’animal élargit la pensée que nous pouvons avoir du monde, et de notre rapport avec lui.

Le mot sentinelle a une étymologie latine éloquente, au-delà de son sens militaire. Le mot vient du verbe sentire qui signifie « percevoir par les sens ». Le titre convoque un des éléments importants du projet, la notion d’Umwelt, un environnement perceptif, ce monde vécu par l’animal étudié par Jacob Von Uexhüll, car dans l’immense diversité de la nature, chaque animal a son propre monde plus restreint. Ce monde est un monde de signaux, signaux que l’animal capte avec son système sensoriel particulier, signaux auxquels il réagit. De plus, le mot est au singulier alors que le film met en présence deux bêtes. Par là, il devient la qualification d’un symptôme ou d’un état : l’être-sentinelle. Il souligne un comportement stigmatisé par l’enfermement, la captivité d’un zoo, rendant à peu près identiques les deux animaux du couple, deux clones muselés, qui, pour cette fois-là, nous révèlent une première version, 1.0, de cette charge que l’on donne communément aux soldats, de faire le guet. Ce sens suggéré est bien sûr symbolique, une sorte d’allégorie d’un état de guerre possible, plus largement d’une menace, d’une situation périlleuse, inquiétante. De même, la formulation 1.0 met en évidence que le couple des deux carnivores constitue lui-même un dispositif qui produit une protection mais aussi une surveillance. Tout comme deux soldats en faction qui, pour reprendre l’étymologie militaire du terme sentinelle, protègent un territoire et peuvent être amener à le défendre par une stratégie offensive.

Le choix de l’animal est important : ce n’est pas un singe ou un primate, le symbole aurait été trop fort et aurait réduit le sens de la proposition. Mais la mangouste se dresse sur ses pattes, elle sait la station debout, elle est en devenir-bipède. Elle peut regarder plus loin, observer à l’horizon l’apparition inattendue d’un danger, ou celle de sa nourriture. Cette question du regard rehaussé, élargi, nous rappelle aussi le « partage du visible entre les créatures du monde » (Jean-Christophe Bailly) qui est un des points de départ de ce travail. Le monde est regardé par d’autres êtres que les hommes, qui ne sont qu’un fragment d’une vaste unicité du vivant.

Sentinelle est le plan fixe d’un couple de mangoustes mis en boucle cinq fois. Il s’agissait tout d’abord de filmer l’animal comme le définit Gilles Deleuze : « l’être aux aguets », l’être qui émet des signes et qui réagit à des signes. L’animal est sauvage mais, même si volontairement aucun indice d’enfermement n’est visible à l’image, il est dans un zoo. Les mangoustes réagissent donc à des signes sonores qui ne sont pas issus de leur environnement naturel : le grondement sourd et lointain du métro parisien, le murmure urbain, le gloussement étrange d’un autre animal du zoo, les ricanements stridents de corneilles qui se disputent le territoire d’un arbre à proximité, les piaillements beaucoup plus discrets de moineaux. L’animal nerveux à l’affût, intranquille, se dresse, regarde de tous côtés, s’assoie gardant relevée une de ses pattes avant frémissante. Elle semble vouloir fuir ou se protéger à tout moment d’un prédateur potentiel. Puis la deuxième mangouste entre dans l’image. Elle rejoint l’autre, tourne sur elle-même pour s’asseoir à son tour, touche de sa queue touffue la queue de l’autre bête, tourne sur elle-même une seconde fois en repoussant doucement son compagnon qui quitte l’image. Elle a pris la relève de la garde du territoire. Le territoire est un sol de pierres et de sable blanc, une métaphore visuelle de la neige en pleine nature. Cette part de désert a été circonscrit et imposé par l’homme, même si le mammifère semble dans son comportement manifester tout son être réactif, instinctif. Un seul signe pourtant de déviance : tourner sur soi-même avant de s’asseoir, tourner en rond comme le fauve dans sa cage, comme l’homme dit fou répétant un geste compulsif, ruminant inlassablement une ritournelle. Le plan mis en boucle cinq fois vient souligner ce trouble.

J’ai longuement observé le déplacement de ces deux viverridés dans leur territoire contraint pour choisir le cadre de l’image, lui conférant un sens précis : entrer et sortir d’une image comme d’un territoire. Au cours de mon observation, j’ai d’abord été stupéfaite par leur « chorégraphie » écrite, presque ritualisée comme on ritualise dans un espace dans lequel on n’est pas chez soi, pour inscrire ses repères, même si cette image reste anthropocentriste. Puis, à un moment, ce que je regardais m’a mise mal à l’aise. La répétition obsédante de cette « danse » élégante dans les mouvements et les déplacements m’a paru désolante. Elle m’évoque clairement aujourd’hui quelque chose de la survie, et de la survivance.

De la survivance d’un instinct malgré la perte du territoire natif, la délocalisation forcée. Si toutefois, ce comportement est peut-être le vestige d’un langage, ou d’un code gestuel entre les deux bêtes, que reste-t-il vraiment de l’instinct à un animal sauvage enfermé dans un zoo, dans un constant contact avec l’animal politique qu’est l’homme ? Et dans cette réclusion, lorsqu’il arrive que l’animal croise le regard de l’homme, comment perçoit-il ce dernier ? Comme un prédateur possible ? Un être étrange, imprévisible, déréglé ? Quel regard porte-t-il sur ce dernier ? Car je crois, comme l’écrit Jacques Derrida, que l’animal qui me regarde a un point de vue sur moi.

L’animal a été sur terre avant l’homme, il s’en souvient. Il me semble que l’on peut percevoir cet avant quand on rencontre le regard d’une bête, ce qui crée un trouble étrange, difficile à expliquer, comme si devant cette sorte mémoire archaïque, la bête nous « rappelait » que nous descendions d’elle, que ce qui nous différencie d’elle n’est qu’une question de degré. En filmant avec attention les deux mammifères, même s’il n’y a pas eu vraiment d’échange de regard, j’ai ressenti très fortement être en face de cet avant, de cette précession. C’est pour cette raison que j’ai filmé volontairement sans pied. De cette manière, mon corps qui portait la caméra était le prolongement de mon propre regard, avec les ondulations ténues des mouvements de ma respiration. Autrement dit, ce fut un face à face, paisiblement déroutant, augurant, naïvement peut-être, la possibilité d’une rencontre. Le cadre de l’image, qui est aussi un regard, a été pensé à l’amont, de manière à ce que lorsque l’une des deux mangoustes se dresse, elle apparaisse au milieu de l’image, et qu’elle sorte de l’image lors de la relève de l’autre sentinelle. Mais l’image a été recadrée par la suite pour le bouclage, pour que la « soudure » soit quasiment invisible, en d’autres termes, pour que la relève de la deuxième bête se fasse au même endroit que l’apparition de la première au début du rush. Cet aspect du travail est important. Si dès le départ, j’ai voulu ne pas montrer à l’image des signes de la captivité (barreaux, encadrement délimité de l’espace…), le bouclage recrée un enferment et une mise à distance. Ceci pour éviter tout d’abord l’empathie et sa contagion, pour objectiver ce qui se joue à l’image, mais aussi, en manipulant la répétitivité de l’animal, en l’instrumentalisant comme une machine, un mécanisme, la vidéo devient un dispositif de jeu de pouvoir, comme les autres dispositifs de Conférences du dehors. Le public qui regarde, espérant peut-être un croisement de regard avec les animaux, devient également l’humain qui a enfermé la bête.

L’homme a perdu une intimité avec le monde animal comme la perte d’une provenance, d’une souche. Malgré cette rupture, il demeure un côtoiement possible. Ce côtoiement est l’expérience d’un seuil, d’un lien ténu mais survivant. « L’intimité perdue est indiquée par un seuil où la perte s’inaugure ». Ce seuil est évoqué par la projection du film en boucle sur un mur de l’espace. C’est une fenêtre sur un dehors mais c’est aussi un espace autre, inaccessible, dans lequel on ne peut pas rentrer physiquement. Durant la projection, la comédienne se déplace dans la salle au milieu des spectateurs, comme cherchant son propre territoire ou un refuge dans cet intérieur qu’elle partage avec eux. Deux espaces se frôlent à distance. Car s’il y a encore côtoiement, il y a une fracture, une limite abyssale entre l’homme et l’animal. Cette frontière n’est pas une et indivisible, mais elle est multiforme. Elle ne peut être dessinée, tracée. Elle ne peut donc être objectivée. L’ignorance de la vidéo par la comédienne est une nouvelle fois importante car regarder les mangoustes projetées dans l’espace aurait annulé la complexité de la frontière entre les deux territoires.

Cette tension entre les deux espaces (la vidéo et la salle de représentation) met en évidence la survivance de ce côtoiement avec l’animal, voisinage complexe fait d’évitements, de dissimulation et de méfiance réciproques, et non plus de continuité homogène. Par ailleurs, s’il n’y a pas d’échange de regard entre l’animal filmé et la comédienne, c’est aussi pour une autre raison. Si comme l’écrivait Nietzsche, l’homme est un animal indéterminé, l’animal devient l’Autre absolu, allogène, inconsolé d’un monde sauvage perdu et autrefois partagé paisiblement avec l’homme. Lorsque Derrida parle du regard de l’animal sur l’être humain, il écrit que son point de vue sur l’homme est celui de l’Autre absolu. Cet Autre absolu est peut-être une rencontre impossible, même s’il éveille justement le désir d’aller à sa rencontre – le désir n’est-il pas en soi ce qui tend vers tout autre chose, vers l’absolument autre, nous mettant en rapport avec l’invisible, c’est à dire avec ce dont on n’a pas idée ?

La posture choisie selon laquelle la comédienne ne tourne jamais son regard vers les animaux filmés, ignorant totalement la projection durant ses déplacements, soulève cette question de l’altérité. Elle se déplace parmi les autres, pose sa tête sur l’épaule d’autrui, s’appuie sur celle ou celui qui lui est étranger. De plus, l’autre est celui avec lequel on partage, on agence un territoire, dans lequel on dessine des limites. Les déplacements dans le public de la comédienne sont ambivalents, car si elle recherche un refuge dans l’espace, elle le contrôle aussi, tout comme elle choisit de s’allonger près d’une personne en imposant la proximité de sa présence, de son corps. On retrouve cette ambiguïté dans la projection du film Sentinelle 1.0, car l’ignorance des regards est réciproque, les animaux ne regardent pas la caméra, et par extension ne regardent ni la comédienne manifestant son indifférence à leur égard, ni le public qui les regarde. Ce dehors qu’ils surveillent, qu’ils traquent est une partie du zoo, mais c’est aussi l’espace de la représentation.

Parce qu’il tend à disparaître de la surface de la terre, « par rapport à cette direction qui semble inéluctable, tout animal est un commencement, un enclenchement, un point d’animation et d’intensité, une résistance ». Autour de la question centrale de l’accès, le projet de Conférences du dehors parle également de résistance. Celle autant d’un positionnement politique (Ministère de l’intérieur de David Beytelmann, A domicile de Thierry Fournier), que celle purement physique d’une performance dans laquelle le corps éprouve ses limites, se met en risque. L’espace de la représentation, un espace physique, devient un espace politique, ce dans quoi la question du pouvoir autoritaire se pose et se joue.

Notre monde est un enchevêtrement à la fois de plus en plus complexe et de plus en plus cloisonné, compartimenté ; comme l’évoque David Beytelmann dans ses entretiens, il faut pouvoir rentrer dans un des tiroirs fabriqués par la société capitaliste. Dans cet entrelacement, de plus en plus d’hommes luttent pour survivre et deviennent invisibles. Il y a cette nudité cruelle dans La Bonne Distance de Noëlle Renaude, jusqu’à l’abandon des forces (Frost de Thierry Fournier et Jean-François Robardet) où l’homme se suicide en se rendant à la puissance de la nature. Dans cette continuité, Sentinelle 1.0 réintroduit l’animal dans tous ces mondes humains, résistant et luttant lui aussi contre sa propre disparition.

Infocus

installation, 2009

Installation, 2009

Douze photographies de corps sont réalisées avec une profondeur de champ très réduite et sans mise au point, en faisant seulement varier la distance de l’observateur vis-à-vis du sujet. L’installation les diffuse avec un vidéoprojecteur bloqué en autofocus : face à ces images totalement floues, la machine recherche en permanence une mise au point impossible. L’ajustement du regard qu’effectue le spectateur se confronte à celui de la machine.

Thierry-Fournier-Infocus_6788

Thierry-Fournier-Infocus_1571