L’insu

Installation et exposition, Turbulence, Marseille, 2022
Film génératif 4K sonore, écran LCD 24 pouces de récupération, plaque de leds 60 x 40 cm, impressions sur transparents, papier, calque, adhésif, câbles, ordinateur portable, haut-parleur bluetooth, tables, 500 x 70 x 80 cm, 2023. Voir également : The Unknown.

L’insu s’intéresse aux idéologies véhiculées sur la science et la recherche par les images de stock. Un programme génératif monte à l’infini des vidéos de stock qui évoquent la science : laboratoires, chercheurs·euses, etc. Leur esthétique lisse et interchangeable, techniciste et faussement inclusive pourrait s’appliquer tout aussi bien à des entreprises ou à des startups. Ces images débarrassées du réel et de toute conflictualité véhiculent une idéologie de progrès, d’efficacité et de performance. À ces vidéos, le film superpose des phrases qui les questionnent.

L’installation présente ce film sur une très longue table, sur un laptop, un écran démonté et 75 impressions sur transparents d’images du film et de phrases. Elle forme comme un flux sans cesse renouvelé qui serait toujours identique. Quelle est l’incidence de ces images ? En quoi contribuent-elles à un imaginaire collectif de la science et aux attentes de la société ?

Création en résidence à Turbulence, espace d’art d’Aix-Marseille Université (site Saint-Charles), à l’invitation de l’artiste et chercheur Damien Beyrouthy, dans le cadre du projet de recherche Épistémologies pour médium. Ce projet a été développé sous une première forme en mai 2022 dans l’exposition Supplementary Elements à l’Université de Strasbourg, curaté par Emeline Dufrennoy.

Ecotonalia

Exposition personnelle, Aperto, Montpellier, 2020
Ajournée dand le cadre du deuxième confinement de 2020

Télécharger le dossier de presse

Aperto présente Ecotonalia, exposition personnelle de Thierry Fournier qui réunit un ensemble de pièces récentes. Elle se déroule en proximité avec deux autres expositions de l’artiste à Montpellier : Órganon sur le campus de l’Université Paul Valéry (du 18 septembre au 23 octobre) et Selphish dont il a été co-commissaire avec Pau Waelder, à Mécènes du sud Montpellier-Sète (du 20 mai au 23 août). Ces trois expositions étaient initialement prévues au printemps et ont été reportées.

Ecotonalia réunit des situations où l’altérité se redéfinit dans la relation avec des entités non humaines. Le terme d’écotone – titre de l’une des œuvres de l’exposition – vient de l’écologie, où il désigne une zone de transition entre deux systèmes, un milieu entre deux milieux : une berge, une plage, une lisière… Cette notion qui est géographique et spatiale pourrait aussi être temporelle et qualifier ce moment historique où notre relation à ce qui n’est pas humain traverse une crise profonde. Elle pourrait aussi désigner notre relation à tout ce qui n’est pas humain, à travers les interfaces, les réseaux, l’ensemble des entités programmées voire considérées comme intelligentes, qui “s’adressent à nous”.

Créé pour l’exposition, le mot-valise Ecotonalia évoque alors une paraphernalia, un attirail, un ensemble de situations qui ont toutes en commun d’évoquer ces relations avec des entités au bord de l’humain, qu’elles soient organiques ou numériques. Les sujets et les corps qui composent cette exposition traversent ainsi des statuts multiples. Des désirs exprimés par les usagers de Twitter sont captés en temps réel et lus par des voix de synthèse qui génèrent un paysage infini (Ecotone). Des photographies de systèmes pileux ambigus évoquent aussi bien des humains que des formes mutantes (Hairies). Un programme s’interroge inlassablement sur la nature humaine de ses spectateurs (Just in case), des smartphones produisent des poèmes absurdes issus du langage de ceux qui les utilisent (Oracles). Un néon affiche le souhait d’être caché (Hide me), une main est figée dans un geste sur une interface (Futur instant)…

En prise avec des systèmes dans lesquels l’imitation ou le remplacement de l’humain n’a jamais constitué un enjeu aussi fort, le vivant côtoie ses ombres, ses simulacres ou ses extensions.

Órganon

Solo show 2020

Exposition personnelle, Campus de l’Université Paul Valéry, Montpellier, 2020
Série de 32 dessins sur iPad, impressions fine art sur vinyle 500g, dimensions de 20×15 à 200×300 cm.

Voir également le catalogue de l’exposition paru en 2021, comprenant un entretien avec Nathalie Moureau et un texte critique de Juliette Fontaine, 146 pages couleur, Université Paul-Valéry Montpellier 3.

L’exposition Órganon investit l’ensemble du campus de l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 avec une série de 32 dessins créés sur iPad, imprimés sur des surfaces souples en vinyle. Il propose ainsi dans le même temps un ensemble d’œuvres et un protocole d’exposition, qui s’empare des qualités spécifiques d’un campus avec ses multiples espaces intérieurs et extérieurs. Réalisés à des échelles allant de quelques centimètres à plusieurs mètres, parfois suspendus dans les espaces publics, dans les arbres, parfois posés au sol, sur des parois ou des objets, ces dessins explorent un vocabulaire de fragments corporels d’origines inconnues.

Leur création sur tablette utilise des outils dérivés de médiums analogiques (formes de crayon, d’aérographe, d’huile ou de lavis) transformés et hybridés par des processus numériques : le médium et le support choisi rejoignent les enjeux même du projet. En grec ancien, le mot Órganon désigne un organe, un outil, un instrument ou une somme logique, comme celle d’Aristote. Il évoque ici un ensemble d’entités aux corporéités ambigües et multiples, corps humain ou artificiel, animal ou alien, des descriptions ou des traces qui amorceraient une prolifération sur le campus.

La Sonde

Installation et exposition, L’Art dans les Chapelles, 2020
projecteur lumineux, caméra, écran, diffusion sonore, ordinateur, programme, câbles, bois
Exposition L’Art dans les Chapelles, Chapelle Notre-Dame du Moustoir, Malguénac (56), 2020

La Sonde est une œuvre in situ qui est adaptée chaque fois en fonction du lieu où elle est exposée. Un robot semblable à un projecteur explore l’espace tout autour de lui, par un rectangle très intense de lumière qu’il filme. Son image est transmise sur un grand écran posé contre un mur, comme une peinture : on voit ce qu’il voit. Il parle aussi, calmement, comme pensant à voix haute, tentant de décrire ce qu’il regarde. Il s’interroge sur le lieu et sa signification.

La Sonde propose ainsi dans une architecture la fiction d’une entité non humaine et vivante qui l’habiterait. Le dispositif peut évoquer l’attente d’ordre religieux que nous entretenons à l’égard des technologies, et notamment de l’intelligence artificielle, dont le motif récurrent est le dépassement des capacités humaines.

Le langage de la pièce convoque plusieurs registres, des dispositifs de surveillance aux images d’apparitions miraculeuses dans la peinture classique, où l’irruption d’un rai de lumière représente souvent le surgissement du divin. Ici, au lieu de venir de l’extérieur, la lumière surgit de l’intérieur, comme pour susciter une interrogation sur la vision, à tous les sens du terme.

*
Production L’Art dans les chapelles et Thierry Fournier. Avec la collaboration d’Etienne Landon, ingénierie et programmation informatique.

Entretien avec Camille Martel pour L’Art dans les chapelles

Pouvez-vous nous parler de votre pratique ?

Mon travail s’intéresse principalement à des questions d’altérité, au sens large. Je mets parfois en jeu des relations entre les personnes, mais surtout, nos relations avec le reste du vivant et au-delà : tout ce que nous percevons comme étant doté de conscience, voire d’intention. Cela comprend aussi les formes non-vivantes ou technologiques auxquelles nous sommes confrontés, et à qui nous pouvons parfois prêter aussi une intentionnalité. Je m’intéresse à l’ethnologie, à la pensée d’un environnement beaucoup plus large autour de nous, aux formes comme l’animisme qui prête une conscience à tous les êtres vivants, aux objets et aux éléments.

Mais je travaille toujours à partir de l’humain, et de sa perception. A partir de la relation que nous entretenons nous-mêmes avec ces choses. Cela veut dire que certaines de mes pièces sont dotées de comportements, et font appel pour cela à des programmes. Ces dispositifs peuvent être très simples comme l’installation Just in case qui est exposée en ce moment aux Bains-Douches à Pontivy, où un écran se demande en permanence si ceux qui le regardent sont humains (il les remercie lorsqu’il semble avoir vérifié), ou plus complexes, comme ici à Malguénac.

Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec la chapelle ?

Je travaille beaucoup in situ. Je suis architecte de formation, j’ai une relation très forte avec cette question. Ma première visite à la chapelle, s’est passée lors de l’édition 2019 de l’Art dans les chapelles, car je savais que j’étais invité l’année suivante, mais sans savoir où. J’avais été plutôt intéressé par les chapelles ayant des espaces assez dénudés, dont la présence spatiale est très forte. C’est le cas de Malguénac, avec ses grandes voûtes blanches qui forment comme une coque.

Ensuite, dès le mois d’octobre, j’ai conçu l’idée principale du projet, qui s’est imposée comme une évidence. J’ai tout de suite pensé à l’idée d’une entité, qui occuperait le centre de la chapelle, et qui l’explorerait pour tenter de la comprendre – un peu comme je l’aurais fait moi-même. Ensuite l’installation a trouvé son langage et sa forme, au fur et à mesure du travail, toujours à partir de cette idée initiale.

Pouvez-vous décrire l’installation ?

La Sonde se présente sous la forme de dispositifs posés sur des socles noirs, au sol, comme un appareil scientifique qui aurait atterri là, ou que l’on aurait posé pour faire des mesures. Elle comprend trois éléments principaux : un projecteur lumineux qui scrute l’espace, avec un rectangle de lumière très forte, et une caméra ; un écran qui diffuse l’image captée par la caméra ; et enfin une voix, diffusée sur une enceinte.

Le projecteur robotisé tourne sur lui-même, lentement. Il projette un rectangle de lumière blanche très intense qu’il déplace tout autour de lui, sur les parois, les voûtes, les objets, comme s’il essayait de comprendre le lieu, mais aussi de comprendre qui il est, et ce qu’il fait.

Il est accompagné d’une caméra, qui filme exactement ce qu’il éclaire, et dont l’image est retransmise sur un grand écran, posé contre le mur, juste à côté. Donc, on voit sur l’écran exactement ce que voient le projecteur et la caméra. Cet écran a un rôle assez particulier. Du fait qu’il est détaché ainsi, posée contre le mur, son image prend déjà une autonomie. Et comme elle est extrêmement détaillée, qu’elle voit beaucoup plus que nous, elle évoque souvent une peinture, très figurative lorsqu’on passe sur les sculptures ou les décors, et parfois très minimale lorsqu’on parcourt les murs ou les voûtes. C’est une peinture, mais qui serait en quelque sorte surhumaine, qui verrait là où nous ne pouvons pas voir, et qui verrait, aussi, davantage que nous.

Il parle, aussi ?

Oui, il parle, avec une voix de synthèse. Il pense à voix haute, comme si il essayait de décrire ce qu’il est, et ce qui l’entoure. Ce sont plutôt des interrogations, comme s’il était équipé pour tout voir et tout examiner, mais que cela ne fonctionnait jamais complètement. Comme un être vivant et pensant, il a sa part de dysfonctionnement, d’incompréhension, qui lui donne elle-même à réfléchir.

Il s’interroge beaucoup sur les figures, les sculptures humaines qu’il voit tout autour de lui. Il a compris qu’elles représentent davantage que des humains, mais il ne sait pas exactement quoi. Il a souvent l’impression qu’elles le regardent. Un peu comme s’il percevait lui-même qu’il y avait une autre présence dans la chapelle, ou que ces sculptures s’adressaient à la fois aux visiteurs et à une autre entité que lui.

Donc c’est aussi une interrogation sur le visible, sur ce qui peut exister derrière ce que l’on voit, et qu’une technologie, même très sophistiquée, ne verrait pas. Cela évoque aussi des questions de surveillance, qui serait exercée par une machine autonome. Parfois, elle donne l’impression de sentir que des humains sont entrés dans la chapelle, mais là aussi elle n’en est pas sûre.

L’installation renvoie aussi aux images d’apparitions miraculeuses dans la peinture classique, dans lesquelles c’est souvent l’irruption d’une lumière qui représente le surgissement du divin, ou une révélation. Ici, la direction de la lumière est inversée : au lieu de venir de l’extérieur, elle surgit de l’intérieur. Comme si l’image classique que l’on avait du divin, comme une force panoptique, omnisciente, qui voit tout, s’était tout à coup retournée comme un gant, et devenait une sorte d’alien, installé au cœur de la chapelle, qui regardait tout, qui surveillait tout, et qui pense devant nous. Cela peut aussi évoquer l’attente quasi religieuse que l’on nourrit vis-à-vis des technologies et notamment de l’intelligence artificielle, dont la perspective est toujours le dépassement de l’humain.

Pouvez-vous décrire le processus de création du projet ?

J’ai travaillé avec un ingénieur et développeur qui s’appelle Etienne Landon, avec qui j’ai réalisé la majeure partie de l’installation, et qui a adapté un logiciel. On est allés chercher un projecteur de spectacle qui tourne sur lui-même à 360 degrés. On a ajouté un cadre rectangulaire sur son objectif, au format de la caméra et de l’écran, un 16/9e vertical. On lui a greffé une caméra sur le front, comme un troisième œil, que l’on a enveloppé d’une coque noire que l’on a dessinée, et qu’Etienne a imprimée en 3D.

Les autres éléments visuels sont plutôt des « objets trouvés » : un ampli, et une enceinte sphérique noire, qui peut elle aussi faire penser à un oeil, un ordinateur, tous les câbles qui sont laissés à vue, en assumant leur caractère organique. C’est vraiment un corps.

Tous les éléments sont posés sur des socles noirs très bas, qui les protègent de l’humidité de la chapelle et qui en même temps leur confèrent cet aspect de dispositif technique, un peu comme ce que l’on ferait atterrir sur une autre planète pour effectuer des mesures, filmer, etc. Ensuite on a un logiciel adapté là aussi par Etienne, qui m’a permis d’enregistrer les mouvements du projecteur dans l’espace au fur et à mesure, en travaillant in situ, et en écrivant le texte, pendant ma semaine de résidence. J’étais seul, dans cette chapelle, et j’écrivais le comportement de cette entité, ce qu’elle disait, c’était une expérience assez incroyable.

Pourriez-vous nous parler aussi des références qui vous auraient accompagnées pendant votre démarche, ou même en amont ?

Je pense souvent à des réalisateurs comme Jonathan Glazer, David Cronenberg, Andrei Tarkovski. Au moment de travailler sur La Sonde je relisais Le Gai Savoir de Nietzsche. Je découvrais Les Métamorphoses d’Emanuele Coccia, et aussi Représenter la vision de Guillaume Cassegrain, qui traite justement de la manière dont on a figuré les apparitions miraculeuses dans la peinture italienne de la Renaissance.

Pour revenir à ce dernier point, c’est vraiment la question de la vision qui est au centre de ce projet, aux deux sens du terme, propre, et figuré. Qu’est-ce que le visible, qu’est-ce que l’on voit avec nos yeux humains, ou que pourrait-on voir avec d’autres yeux, que serait un umwelt radicalement différent du nôtre. Comment peut surgir une altérité fondamentale, qui me semble être une question centrale en art.

Axolotl

Exposition en duo, Thierry Fournier et Laura Gozlan, CAPA Aubervilliers, 2018

Le CAPA – Centre d’Arts Plastiques d’Aubervilliers invite Thierry Fournier et Laura Gozlan pour Axolotl, exposition en duo dans un appartement de la Maladrerie à Aubervilliers, après une résidence en avril 2018. Le projet Axolotl prend pour point de départ une convergence entre les démarches des deux artistes : un principe de transformation du vivant et d’expérimentation de ses limites.

À travers une pratique d’objets, d’installations, de prints, pièces en réseau et vidéos, la démarche de Thierry Fournier forme quant à elle l’hypothèse d’une vie propre des choses, pour questionner la manière dont elles suscitent une reconfiguration de l’identité et de l’altérité. La pratique de Laura Gozlan s’articule autour de films expérimentaux, de sculptures, vidéos et installations visuelles. Elle s’intéresse notamment aux utopies scientifiques et à leurs communautés, explorant les liens entre contre-culture et posthumanisme, new-age, cybernétique, et leurs dystopies. Les deux artistes se connaissent bien. Ils ont collaboré une première fois en 2013, lorsque Thierry Fournier a invité Laura Gozlan dans le cadre de Ce qui manque, résidence de recherche et exposition dont il était commissaire à La Panacée (Montpellier) : Laura Gozlan y a créé l’installation Remote Viewing. Cette expérience a initié ensuite un dialogue constant sur leurs travaux, nourri par de nombreux champs d’intérêt communs.

Axolotl réunit à la fois des pièces existantes et des créations développées par les artistes pendant une résidence dans l’appartement qui accueille l’exposition. Celle-ci est générée par les relations et croisements entre leurs deux pratiques, animée par le désir d’expérimenter un temps de travail commun.

Elle se déroule dans un appartement du quartier de la Maladrerie à Aubervilliers, où le CAPA est implanté depuis de nombreuses années, menant une activité de centre d’art tout en déployant des activités à l’attention des amateurs et des structures locales. Sa recherche d’espaces pour ses expositions l’a conduit à proposer un partenariat à l’OPH d’Aubervilliers qui lui met à disposition des logements sociaux entre deux locations, transformés en lieux d’exposition éphémères – et aussi, dans ce cas, en résidence.

Thierry Fournier & Laura Gozlan - Axolotl

Thierry Fournier & Laura Gozlan - Axolotl

Thierry Fournier & Laura Gozlan - Axolotl

Thierry Fournier & Laura Gozlan - Axolotl

Thierry Fournier & Laura Gozlan - Axolotl

Photographies © Thierry Fournier et Laura Gozlan 2018

Machinal

Exposition personnelle, Villa Henry, Nice, 2018
Curatrice Isabelle Pellegrini

Isabelle Pellegrini présente Machinal à la Villa Henry, une exposition personnelle de Thierry Fournier qui fait suite à son accueil en résidence pour la création de En Vigie, associée ici à trois autres œuvres.

Aujourd’hui, de nombreuses images ne sont plus produites en relation immédiate avec l’œil humain, mais réalisées de manière autonome par des machines et des programmes. La plupart de ces « visions assistées » se déploient dans le domaine militaire ou sur le web (Google, Apple, Facebook…), la détection et l’anticipation du comportement employant souvent des moyens similaires à des fins sécuritaires ou mercantiles. Ces « machines intelligentes » analysent les images mais peuvent aussi réaliser des actions autonomes, comme dans le cas des drones. Dans ce contexte, comment se définit encore notre propre regard et où se place notre responsabilité ? Quel est notre rôle lorsque nous avons affaire à des systèmes qui ne prolongent plus seulement notre propre visée mais l’anticipent, voire s’y substituent ? Attendons-nous des machines qu’elles regardent à notre place – voire qu’elles nous regardent et nous définissent ? Que cherche-t-on à voir (ou à ne pas voir) à travers elles ?

La démarche de Thierry Fournier pose fréquemment l’hypothèse fictionnelle que les choses (objets, paysage, réseau, machines…) seraient dotées d’une vie propre, en instaurant des situations de déplacement ou de confrontation avec elles. Avec l’exposition Machinal, il fait dialoguer quatre œuvres où notre regard est indissociable de celui de ces appareils. Le terme de machinal désigne ici aussi bien une pensée qui ne prêterait plus attention à son objet (ou dont l’attention serait absorbée et captée par des dispositifs, comme sur internet) – que le regard produit par les machines elles-mêmes, de manière autonome : machinal comme on dirait animal. Les cadres classiques du regard comme la perspective et l’horizon se redéfinissent alors comme un territoire partagé, voire négocié, entre notre propre vision et celle que des dispositifs déploient sur le monde et sur nous-mêmes.

En Vigie / Nice (2018) est une vidéo générative où un programme scrute un paysage d’horizon, en déployant un suspens cinématographique qui nous invite à épouser sa propre logique. L’installation Just in Case (2017) imagine ironiquement qu’un programme serait légitime pour détecter si nous sommes bien humains, nous rivant au spectacle de son calcul et à l’attente de son verdict. Avec Penser voir (2018), une caméra de surveillance visant une plage à Nice témoigne par une voix de synthèse de son incapacité à détecter quoi que ce soit. La série d’images numériques Non-Lieu (2016) utilise des photographies de bombardements trouvées sur le web et remplace tout ce qui permet d’en identifier le lieu par un motif de fond d’écran. À travers cet ensemble de quatre pièces, l’exposition propose une réflexion plus générale sur les liens et les limites entre l’humain et les machines, notre responsabilité et notre regard.

Rencontre avec Fabienne Grasser-Fulchéri

Rencontre organisée le 24 mars avec Thierry Fournier, Isabelle Pellegrini et Fabienne Grasser-Fulchéri, commissaire d’exposition et critique d’art, directrice de l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux. Enregistrement intégral :

Catalogue

Pandore Édition publie un catalogue en édition limitée, comprenant un texte de la critique et philosophe Céline Flécheux (L’horizon, Klincksieck, 2014 ; L’horizon, des traités de perspective au Land Art, P. U. de Rennes, 2009), un entretien avec Isabelle Pellegrini et une documentation sur les œuvres.

Photographies de l’exposition

En Vigie : extrait vidéo

En Vigie / Nice, vidéo générative, sonore, en boucle, 31′, 2018 (extrait)

Heterotopia

Exposition personnelle, 16 juin – 07 août 2017

Exposition personnelle, Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis x Synesthésie, 2017

Voir également le Catalogue d’exposition avec un texte de Ingrid Luquet-Gad, un entretien avec J. Emil Sennewald et une série de photographies.

Synesthésie présente une exposition personnelle de Thierry Fournier au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis. Avec Heterotopia, Thierry Fournier investit l’ensemble de la chapelle du musée avec une installation en réseau et un ensemble de nouvelles œuvres.

Notre expérience de l’identité et de l’altérité – au sens large – sont profondément redéfinies par notre exposition permanente sur le web et la cohabitation avec des entités aux limites du vivant. Thierry Fournier explore ici ces enjeux de manière spéculative, par un ensemble de fictions qui dialoguent entre elles.

Les sujets, les corps et les objets qui composent cette exposition traversent des statuts multiples : des désirs exprimés sur internet sont captés en temps réel et lus par des voix de synthèse qui génèrent un paysage infini (Ecotone), un dispositif projette dans l’espace les témoignages de transfuges des réseaux sociaux (I quit), un programme s’interroge sur la nature humaine de ses spectateurs (Just in case), des smartphones produisent des textes autonomes (Oracles), un néon affiche le souhait d’être caché (Hide me), une installation forme un organe hybride (Nude), des mains sont transformées par leurs gestes (Futur instant)…

À travers cette série d’œuvres, l’exposition évoque un espace parallèle, à la fois utopique et dystopique, auquel nous sommes confrontés en permanence et dont les règles ont déjà modifié la réalité. En prise avec des systèmes dans lesquels l’imitation ou le remplacement de l’humain n’a jamais constitué un enjeu aussi fort, le vivant côtoie en permanence ses traces sur le réseau, ses simulacres ou ses extensions.

Au sein de ce lieu qui a été un couvent puis un tribunal, l’écho de Michel Foucault dans le titre suggère que les « contre-espaces » juxtaposant plusieurs réalités et expériences ne se déploient plus aujourd’hui seulement dans l’architecture, mais traversent aussi le réseau, les individus et les corps.

Overflow

solo show, 2015

Exposition personnelle, Lux Scène nationale de Valence, 2015
Voir le catalogue en ligne.

L’exposition Overflow réunit une série d’œuvres récentes qui ont en commun d’aborder les relations entre l’humain et des flux de données. Des réseaux sociaux aux fils d’informations en direct, elles déploient des confrontations entre les données et nos limites physiques, suspendant et décodant ces flux et mettant en évidence des enjeux aussi bien sensibles que politiques : paysage en 3D créé en direct par des tweets exprimant des désirs (Ecotone), mise en fiction du réel par des flux d’information et des musiques de blockbusters (Précursion), implosion du langage face à la télévision (Circuit fermé), intrusion d’un contrôle dans l’espace de l’exposition (Set-up), etc.

Le terme overflow désigne un débordement, voire une submersion, qui peut être celle de la perception face à des données qui la dépassent. C’est dans notre distance vis-à-vis du monde que se forment nos représentations, alors même que l’image se substitue progressivement au réel. Le réseau est présent partout et se nourrit des individus, à travers des dispositifs de suivi et de capture toujours plus présents, dans une économie dont l’attention est devenue la matière première. Cependant, les résistances à ces logiques se font jour : la distance se déplace, une extériorité est toujours possible.

Les œuvres présentées dans Overflow se placent à l’écoute de ces paradoxes, en provoquant des relations entre ces environnements et des corps, entre la perception et le langage. Le débordement qu’évoque le titre n’est pas seulement celui du flux et du réseau, mais aussi celui de l’humain qui leur est confronté.

Catalogue

L’exposition est accompagnée d’un catalogue en édition limitée et numérotée, publié par Pandore, présentant des textes critiques de J. Emil Sennewald et Pau Waelder, un texte inédit de Jean Cristofol, ainsi qu’une large iconographie sur les œuvres et documents de travail. Voir la version en ligne, publiée en 2016.

Œuvres

Ecotone, installation en réseau (2015)

Un paysage en 3D est généré par des messages captés en direct sur Twitter, lus par des voix de synthèse et qui ont tous en commun d’exprimer des désirs : « j’aimerais tellement », « je rêve de »… Une caméra se déplace à l’infini dans ce paradis artificiel. Extraits du contexte et des codes d’un réseau social, ces pensées personnelles et parfois intimes apparaissent comme un récit collectif involontaire, où le désir de l’être aimé côtoie celui d’une paire de baskets. A travers les enjeux de ces mots jetés comme des bouteilles à la mer et déjà déshumanisés par les voix des machines, l’œuvre aborde la visibilité permanente et la trace de vies exposées sur le réseau.

IMG_1396

Précursion, installation en réseau (2014)

Un programme crée un film de durée infinie, en associant aléatoirement des fils d’actualités lus en temps réel, des plans vidéos (chaque fois tournés in situ près du lieu de l’exposition) et des musiques de blockbusters. Il génère leur montage en temps réel, en les superposant au hasard. En brouillant les frontières entre fiction et réalité, les associations de sens – parfois burlesques ou tragiques – qui en résultent évoquent un storytelling commun à Hollywood et aux journaux télévisés, dont la perspective est toujours l’imminence de l’événement ou de la catastrophe.

IMG_1264

Circuit fermé, vidéo d’une performance (2007). Extrait du cycle de performances Conférences du dehors créé par Thierry Fournier en 2008, avec Emmanuelle Lafon.

Placée avec un casque devant une télévision à l’heure des publicités et du journal, la performeuse doit respecter un protocole consistant à répéter exhaustivement tout ce qu’elle entend et décrire tout ce qu’elle voit, ce qui est physiquement impossible. Le flux de parole et les bégaiements qui en résultent expriment directement la tension entre la masse d’informations délivrées et un « cerveau disponible » en saturation permanente : l’économie de l’attention au travail.

IMG_1297

Ex / if, série de vidéos (2014)

Filmés au Japon et restitués sans aucun montage, ces trois instantanés vidéos relatent des situations où l’environnement humain et urbain s’assimile lui-même à un organisme ou à une machine : flux urbain abstrait de Tokyo filmé la nuit depuis le haut d’une tour (Mori) ; entraînement de tennis par une foule où chaque joueur vocifère la description de son action (Service) ; dispositif panoptique sur un toit d’immeuble où l’accumulation de capteurs de surveillance se veut compensée par une musique d’ambiance (Cool).

Thierry-Fournier-Veilles-02

Setup, installation sonore, (2011)

L’installation délivre des ordres aux visiteurs par l’intermédiaire d’une voix semblable à celle d’une compagnie aérienne : « tout va bien se passer, merci », « tous à terre, merci », etc. En jouant sur l’ambiguïté entre œuvre, médiation inutile et message de service, l’œuvre évoque ironiquement le fantasme d’un contrôle des spectateurs.




Crédits

Ecotone
Programmation et collaboration artistique Olivier Guillerminet. Coproduction Lux Scène nationale de Valence et Synesthésie dans le cadre de la résidence de Thierry Fournier en 2014. Avec le soutien du DICRéAM, du Fonds SCAN Rhône-Alpes et de la Région Ile-de-France.

Précursion
Œuvre créée dans le cadre d’une résidence à la Maison Populaire de Montreuil en 2014, avec le soutien du département de Seine Saint-Denis.

Circuit fermé
Avec Emmanuelle Lafon. Performance issue du cycle Conférence du dehors conçu et dirigé par Thierry Fournier, créé et produit dans le cadre de sa résidence à La Chartreuse – Centre national des écritures du spectacle en 2008. Production déléguée Pandore Production.

Ex / if
Remerciements à l’Institut Français du Japon, Samson Sylvain et Isabelle Olivier.

Set-up
Avec la collaboration de Jean-François Robardet et Juliette Fontaine. Voix Juliette Fontaine.

Fenêtre augmentée

cycle d’expositions, 2011-2015

Cycle d’expositions collectives et installations interactives in situ, 2011-2015
Curateur Thierry Fournier
Voir également : The Watchers

Le projet Fenêtre augmentée propose une fenêtre interactive sur un paysage comme dispositif d’exposition collective. Une caméra filme en direct un point de vue sur un paysage choisi. Les artistes invités proposent des pièces prenant cette vue pour point de départ : vidéos, œuvres interactives, dessins… Les œuvres sont ensuite positionnées sur la vidéo du paysage, diffusée en direct sur un écran tactile. Le paysage constitue donc à la fois le point de départ et l’espace d’exposition des œuvres. La démarche du projet réside simultanément dans son protocole de travail avec un site, des artistes et un dispositif spécifique, ainsi que dans l’installation qui constitue l’exposition.

Fenêtre augmentée est une série, chaque paysage ayant donné lieu à de nouvelles invitations et créations. Six expositions ont eu lieu : Centre Pompidou (Paris) en 2011 ; Fort Lagarde / Prats de Mollo en 2012 ; Friche La Belle de Mai (Marseille) en 2013, Château royal de Collioure en 2014 et La Panacée (Montpellier) en mars 2015. Enfin, les œuvres de Fenêtre augmentée Collioure ont été remises en jeu à Tokyo en 2019, avec l’exposition The Watchers – mais avec un dispositif par œuvre, au lieu d’un seul pour toutes.

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Paris_3309

Thierry-Fournier-Fenetre-augmentee-Marseille-4441

Artistes et auteurs

L’objectif du projet a d’emblée été d’inviter simultanément des auteurs (philosophes, critiques, chercheurs) et des artistes. Depuis 2011, 22 artistes et auteurs ont créé des œuvres dans le cadre de ce projet : Christelle Bakhache et Clément Feger (chercheurs en sciences sociales), David Beytelmann (historien et philosophe), Christine Breton (conservatrice du patrimoine), Pierre Carniaux (réalisateur), Jean Cristofol (philosophe), Céline Flécheux (philosophe et historienne de l’art), Benjamin Laurent Aman, Ivan Argote, Marie-Julie Bourgeois, Grégory Chatonsky, Juliette Fontaine, Thierry Fournier, Simon Hitziger, Marie Husson, Tomek Jarolim, Luce Moreau, Marine Pagès, François Parra, Jean-François Robardet, Marcos Serrano et Antoine Schmitt (artistes). Ces derniers présentent des pratiques extrêmement diverses (œuvres numériques, dessin, photographie, vidéo…) mais tous présentent au cœur de leur travail une adresse aux enjeux qui se tissent entre individu, espace et communauté. La co-présence de leurs démarches s’exerce dès les résidences : quelques jours partagés sur place qui ouvrent à une rencontre du lieu, des autres invités, de l’équipe du projet (aussi bien artistique que technique) et des interlocuteurs locaux du projet.

Il ne s’agit donc pas en premier lieu d’aborder le paysage – et avec lui la suprématie du regard que ce terme évoque – mais d’éprouver physiquement un territoire et ses situations.

Chacun propose ensuite non seulement une lecture et une interprétation de ce lieu à travers l’image de la fenêtre –  mais aussi son propre positionnement et le degré de distance qu’il choisira d’instaurer entre le spectateur, l’écran, le paysage et le territoire lui-même. La diversité des pratiques des artistes et auteurs accompagne concrètement ces choix : certaines œuvres travaillent strictement à la surface, d’autres dans une relation active avec le geste ou la position du spectateur, d’autres interrogent le support lui-même (écran – caméra) ou son positionnement vis-à-vis de l’espace, d’autres encore approchent le lieu à travers une démarche plus documentaire.

Édition sur tablettes

Depuis 2013, les expositions Fenêtre augmentée sont simultanément publiées sur iPad. Elles deviennent consultables à distance, leur paysage étant vu en streaming. Dans la version en installation (à laquelle la tablette ne se substitue pas), une tension est instaurée entre le paysage réel et l’écran, qui s’exerce selon des degrés divers en fontion des lieux : à Paris, l’écran était installé à l’endroit de la vue elle-même ; à Prats-de-Mollo, caméra et écran sont distants mais partagent le même environnement proche ; à Marseille, l’écran est réellement dissocié de la caméra et propose une vision à distance, qui convoque davantage une dimension de webcam.

La version sur tablettes accentue cette tension de par le temps réel de l’image ; elle la déploie et la renouvelle, en situation de mobilité. Le paysage qui constitue le support des œuvres est perçu à très grande distance mais en direct ; elles se retrouvent localisées selon une nouvelle modalité. La tablette introduit une dimension temporelle dans ce rapport de représentation entre caméra et écran, territoire et œuvres, spectateur et paysage. Elle propose, à distance, une réactualisation permanente de leurs enjeux.

Télécharger les éditions sur iPad : Fenêtre augmentée Collioure, Marseille et Fort Lagarde

Catalogue : Flatland

Flatland, catalogue du projet sur iPad, co-dirigé par Thierry Fournier et J. Emil Sennewald, éditions Pandore 2014.

Conférences du dehors

série de performances et commissariat, 2008

Série de 7 performances, 2008, curateur et metteur en scène Thierry Fournier
Auteurices invité·es : David Beytelmann, Juliette Fontaine, Noëlle Renaude, Jean-François Robardet, Esther Salmona. Actrice : Emmanuelle Lafon
Création en résidence et produit par La Chartreuse, Centre National des Ecritures du spectacle.

Conférences du dehors comprend les performances : Circuit fermé, Ministère de l’extérieur (auteur invité David Beytelmann), La Bonne Distance (auteure invitée Noëlle Renaude), Ready mix (artiste invitée Esther Salmona), A Domicile, Frost (artiste invité Jean-François Robardet), Sentinelle 1.0 (artiste invitée Juliette Fontaine).

La notion d’accès (aux richesses, aux frontières, au travail, à l´éducation, à l’image…) traverse toutes les situations contemporaines, intimes et collectives. Le libéralisme généralisé ne permet plus de se tenir hors de son champ, et l’une des conséquences paradoxales de ce “monde sans dehors” est que la notion même de dehors est devenue omniprésente. Réunissant plusieurs artistes et auteurs invités pour une seule interprète aux statuts multiples, la série de performances Conférences du dehors explore cette notion en modèle réduit, dans une proposition à la fois noire, électrique et burlesque. Ce “théâtre d’opérations” s’inscrit dans une démarche générale d’interrogation sur les rapports entre écriture, arts plastiques et formes performatives : notion de dispositif, mise en jeu du spectateur, choix critique des espaces de représentation.

Circuit fermé, performance, avec Emmanuelle Lafon, Lelabo, Paris, 2007

Thierry Fournier | Circuit Fermé 2

Thierry Fournier | Circuit Fermé 1

Thierry Fournier | Conférences du dehors 4

Thierry Fournier | A domicile 3

Thierry Fournier | A domicile 2

Thierry Fournier | A domicile 1

Thierry Fournier | La Bonne Distance 2

Thierry Fournier | Sentinelle 4

Thierry Fournier | Ministère de l'extérieur 2

Thierry Fournier | Sentinelle 1

Thierry Fournier | Ready mix 1

Thierry Fournier | Ready mix 2

Photographies par Frédéric Nauczyciel et Alexandre Nollet.

L’Ombre d’un doute

installation, 2003

Installation interactive et exposition, Museum d’histoire naturelle de Lyon, 2003
Commissaire d’exposition et responsable de projet Hervé Groscarret
Tournage vidéo Pascal Nottoli, recherche documentaire et collaboration aux interviews Anne-Laure Stérin, ingénierie Jean-Baptiste Droulers

Personnes interviewé·es : activistes et membres d’associations (François Desriaux, Christophe Gérard, Anne-Laure Morin, Christophe Noisette), philosophes et sociologues (Marc Augé, Bernard-Marie Dupont, François Ewald, Pierre Lascoumes, Isabelle Stengers), un fermier (Hervé Touraquet), fonctionnaires et personnalités politiques (Bernard Bachelier, Alain Claëys, Martin Hirsch), chercheurs (Olivier Godard, Pierre-Henri Gouyon, Guy Riba, Jacques Testart). 

L’installation L’ombre d’un doute constitue un “espace de controverses” : un ensemble de points de vue sur la science, la politique et les médias, mis en confrontation par la présence et les parcours des visiteurs. Le dispositif est constitué par une paroi circulaire sur laquelle sont projetées un grand nombre de phrases, et devant laquelle se déplacent les visiteurs. Ceux-ci apparaissent au mur sous la forme de « fantômes » blancs, qui font apparaître des séquences vidéos : 17 interviews de personnalités ou d’anonymes, une série d’achives TV, et un ensemble de lectures de textes par des comédiens autour des relations entre politique, science et médias. Chacun est confronté à deux formes simultanées de collectivité : celle qui se dessine à travers le contenu des séquences, et celle qui se construit en temps réel dans l’espace même de l’oeuvre.

Thierry-Fournier-Ombre-dun-doute_02-large

Extraits des textes : Giorgio Agamben (Moyens sans fins), Gilles Châtelet (Vivre et penser comme des porcs), Gilles Deleuze et Félix Guattari (Qu’est-ce que la philosophie ?), Georges Didi-Huberman (Ce que nous voyons, ce qui nous regarde), Bernard Kourilsky et Geneviève Viney (Rapport au premier ministre sur le principe de précaution), Bruno Latour (Du principe de précaution au principe de bon gouvernement), Maurice Merleau-Ponty (L’oeil et l’esprit), Francis Ponge (Le Parti pris des choses), Armand Robin (La Fausse Parole), Clément Rosset (Principes de sagesse et de folie), Isabelle Stengers (Sciences et pouvoirs – la démocratie face à la technoscience), Paul Watzlawick (La Réalité de la réalité : confusion, désinformation, communication), Ludwig Wittgenstein (De la certitude).

Photographies Patrick Ageneau 2003.